Le 5 novembre 1893 naissait Raymond Loewy à Paris. L’importance de ce graphiste et designer industriel est telle qu’en ce jour anniversaire, on ne peut que lui rendre un hommage. Ceci non pas en revenant sur les logos de Shell, de BP US  Mail ou de LU, sur ses locomotives ou sur les accessoires dessinés pour Coca Cola mais en parlant de Studebaker et plus particulièrement de l’Avanti qui fut un coupé produit entre 1962 et 1963. Le coupé Avanti fut la dernière auto produite par le constructeur qui mit la clef sous la porte juste avant Noël 1963.

studebaker avanti et raymond loewy

La collaboration de Raymond Loewy avec Studebaker débute en 1936. Durant les premières années, le designer franco-américain donne des coups de main, retouche, affine. Et c’est au sortir de la seconde guerre mondiale que la collaboration prend de l’ampleur. En 1947, elle donne naissance à la Studebaker Champion, puis à la Commander en 1953 et enfin au coupé Avanti. Ce coupé est dévoilé en interne et aux médias fin 1961 avant deux présentations publiques simultanées en 1962 à l’assemblée des actionnaires de Studebaker et au salon de New York.

Le constructeur de South Bend dans l’Indiana annonce la couleur au moment de la présentation du coupé et annonce  « America’s Only 4 Passenger High-Performance Personal Car« … La base esthétique de l’Avanti est, selon la légende, un croquis griffonné à la va vite par Sherwood Egbert durant un vol en avion alors qu’il vient d’être nommé directeur de la compagnie.

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En 40 jours, enfermé dans une maison louée dans les environs de Palm Springs afin de s’isoler et de travailler au calme, Raymond Loewy, assisté de 3 designers et ingénieurs (Tom Kellogg, Bob Andrews, John Ebstein), va concevoir ce nouveau coupé qui sera construit sur le chassis (renforcé) de la Studebaker Lark lancée en 1959. Le coupé 4 places « hype » du moment avance une longueur de 4.89 m, une largeur de 1.79 m, une hauteur de 1.37 m et repose sur un empattement long de 2.77 m.
Le design est singulier, la voiture propose une allure moderne et même presque futuriste pour l’époque avec une surface vitrée importante, des phares et une face avant en retrait des ailes. Le montant C inversé et la lunette arrière quasi panoramique participent à l’aspect particulier de l’auto. L’arrière se veut sobre et simple avec des petits feux. Le profil recèle un détail discret mais intéressant : la ceinture de caisse cintrée s’inspire du design des bouteilles de Coca-Cola. L’élégance de la voiture fait penser à un coupé européen plus qu’à une grosse américaine comme les Big Three en font à l’époque. L’Avanti dispose de deux vraies particularités pour l’époque, d’abord un arceau de sécurité qui est incorporé au toit et aux panneaux latéraux puis sa carrosserie est en fibre de verre renforcée et sous traitée aux USA à un fabricant qui causera la perte de la voiture !

Le coupé Avanti est propulsé par un moteur V8 Hawk qui cube 4.74 L et développe en version de base aux environs de 240 ch à 5000 trs/min, 450 Nm ce qui lui autorise de bonnes performances dès la version dite R1. Il y aura une version R2 à compresseur Paxton forte d’environ 290-300 ch qui frôle les 225 km/h. Une version sport est même prévue avec une puissance de 400 ch. En 62-63, l’élégante Avanti veut aller taquiner les premières « muscle car » qui font la loi lors des runs mais cette version ne sera produite qu’à quelques rares exemplaires.
Ces moteurs sont associés soit à une BVM3 Warner, soit à une BVM4 soit avec une BVA4 Borg&Warner avec convertisseur de couple. C’est cette dernière boite de vitesse qui sera la plus prisée. Bien sur ce coupé dispose d’une direction assistée. Par rapport au chassis de la Lark, l’Avanti dispose d’évolutions comme une barre anti-roulis plus rigide à l’avant et des nouveaux ressorts à lames semi-elliptiques à l’arrière associés à des jambes de force. Les freins avant sont à disques de type Dunlop, fabriqués sous licence par Bendix. C’est en 1962 une première pour une voiture américaine de série.

L’habitacle de l’Avanti présente une planche de bord associée à une longue console centrale dont les formes ont plus de 20 ans d’avance et que l’on retrouvera sur bon nombre de voitures européennes ou japonaises jusqu’au début des années 90. Loewy aime la technologie et notamment l’aviation et l’on retrouve dans l’auto des commandes inspirées de celles de l’aéronautique. L’aménagement intérieur se veut moderne, clair, sécurisant et luxueux. Parmi les détails innovants pour l’époque, on notera une ouverture sur la plage arrière qui permet d’accéder au coffre.
L’habitacle est fonctionnel, vaste et le conducteur dispose de place pour s’installer confortablement dans son siège baquet qui est prévu pour ménager le confort du dos. Avec 2.40 m2 de surface vitrée et teintée (en verre feuilleté pour le pare-brise et la lunette arrière), le coupé propose une excellente visibilité tant pour le conducteur que pour les passagers. L’intégralité de la planche de bord profite d’un rembourrage antichoc. Il enveloppe le tableau de bord au design aéronautique. L’instrumentation est abritée par une visière qui se prolonge au-delà du pare-brise par un bossage excentré sur le capot. Le monde de l’aéronautique est présent jusque dans les commandes de phares, du rhéostat d’éclairage du tableau de bord et du chauffage puisqu’elles sont en partie situées au plafond.

Entre avril 1961 et la fin de l’année 1963, le coupé évolue très peu, adoptant tout au plus, des entourages de phares rectangulaires et chromés en début d’été 1963 afin de marquer l’arrivée du nouveau millésime.

Pour découvrir l’Avanti en vidéo, c’est par là :

En souvenir de Raymond Loewy :

La voiture est appréciée, reconnue pour ses qualités dynamique et son design novateur et à l’européenne. Entre 1962 et 1963, 4647 exemplaires seront produits par le constructeur américain. Le détail ci dessous.

1966 voit la disparition totale de Studebaker et au milieu des sixties, on finit par oublier l’Avanti de Loewy. La voiture renaîtra dans la première partie des années 70 mais sans succès et on a même assisté à une résurrection dans les années 2000 d’une Avanti modernisée, relookée, « défigurée » et sans aucun charme et probablement sans succès. Peut être est elle encore produite par des gens qui se réclament de Studebaker et du fameux designer sans en avoir le savoir faire ou le génie industriel ! Un retour pas gagnant du tout qu’il vaut mieux oublier.

Et sachez enfin que l’Avanti avait aussi fait l’objet d’un essai par Starter, la rubrique automobile crée par Jacques Wauters et illustrée d’abord par Franquin puis Jidéhem (NDLA : entre 1957 et 1978, Starter essayera quelques 700 autos qui furent toutes illustrées par les dessinateurs !)

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Via Wikipédia, ConceptCarz, Fondation Loewy, Avanti.net, Youtube.