Le Geneva International Motor Show GIMS 2019 ferme ses portes ce dimanche 17 mars. Une excellente occasion pour faire part de ce qui m’a marqué, interpellé, chagriné lors du Maître des salons.

Je commence par les 2 stars des marques classiques de ce salon : la toute nouvelle Ferrari F8 Tributo, évolution finalement assez sage de la 488 GTB et le concept 508 Peugeot Sport Engineered, version hybride un peu délurée de la sage mais belle berline du constructeur français. 

Pourquoi ces 2 autos sont qualifiées de stars ? La première est un produit de la marque la plus remarquable du monde (c’est pas moi qui le dit, c’est le cours de bourse et la valorisation du nom) et à ce titre, elle ne peut faire que l’événement. J’aime vraiment l’évolution de la poupe même si je regrette qu’il ne s’agisse encore que d’une évolution. Après la 488, évolution de la 458, il était peut être temps de changer de paradigme pour le V8 italien. le V6 hybride tant attendu ne devrait plus tarder ceci dit (Francfort ?)

Quant à la Peugeot, c’est une nouvelle fois un concept qui ose, dans le milieu aseptisé de l’automobile française et c’est encore à Peugeot qu’on le doit après e-Legend. Il a de nouveau marqué les esprits mais sera-t-il produit en l’état ou presque ? Après l’abandon de la 308 hybride pourtant bien développée et la fin de non recevoir pour e-Legend, on peut douter quand bien même Peugeot assure le contraire. Dans un contexte concurrentiel fort, elle pourrait pourtant servir à la fois de porte-drapeau et d’alternative intéressante aux berlines allemandes avec un placement produit un peu moins cher et pas forcément un peu moins bien. Affaire à suivre.

Bon, en vrai, dans le monde des passionnés, c’est bien évidemment la nouvelle voiture de Bugatti qui était attendue. 45 minutes avant le lever de rideau, le premier rang de la conférence de presse était déjà fort bien fourni de youtubers, influenceurs, intragramers (et aussi de vrais journalistes). Pour finalement un résultat décevant : après un teasing qui insistait lourdement sur la Type 57 SC Atlantic, je m’attendais à une voiture légère et aérienne, d’une grande élégance. A la place, j’ai une immense GT assez lourde qui, si les détails stylistiques intéressants ne manquent pas, surtout à l’arrière, ne fait pas franchement battre mon coeur. Bonne nouvelle ceci-dit puisque cette maquette (encore, snif…) semble annoncer un programme de type SP de Ferrari pour la marque alsacienne. Sur ce point, c’est du tout bon pour la production à venir.

Deux autres relatives déceptions avec la Porsche 992 et la Koenigsegg Jesko. La première pour sa trop timide mise à jour stylistique (c’est probablement la meilleure sportive actuelle, entendons-nous bien mais j’attendais plus), la seconde pour n’avoir pas encore choisi la sobriété. Je m’explique : l’Agera originelle est tellement jolie, équilibrée que cette nouvelle débauche d’ailerons et de spoilers m’indispose un peu. Ce n’est pas de la révulsion, loin s’en faut – la Jesko est sacrément badass – mais elle n’innove pas trop en dehors. En dedans, c’est autre chose vu la boîte de vitesse présentée avec ses 7 embrayages et son poids réduit de 50 kg par rapport aux double embrayages classiques.

Un point fort de ce salon aura été la présence de 2 supercars vintage : la Pagani Zonda C12, châssis numéro 1 et une flamboyante Koenigsegg CCR, celle venue avant la CCX et l’Agera. La Pagani est dans les faits une totale reconstruction d’un châssis ayant servi à tout dont des crash tests mais il est toujours plaisant de revoir une Zonda dans sa pureté originelle, loin des versions massacrées par des clients aux goûts discutables. 

J’y ajoute la David Brown Speedback GT, une interprétation moderne de la DB5 par un homme dont le patronyme sonne de façon particulière à tous les amateurs d’Aston Martin, même s’il s’est diversifié depuis dans la Mini. Chacun se fera son opinion sur la voiture mais la mienne évolue sur ce sujet. Auparavant plutôt hostile au principe, la Speedback GT vaut le coup d’oeil en vrai. Elle ne singe pas mais rend hommage et ce n’est finalement pas si mal.

Chez les artisans et petits constructeurs, la Chiron Sport des 110 ans m’a bien plu avec ses rappels à la France et sa relative sobriété extérieure. La Pagani Huayra Roadster, beaucoup moins sobre mais bien configurée est également fort intéressante. La supercar australienne Brabham BT62 ne manque pas de charme dans sa version track, les versions road legal pourraient bien me plaire. La voiture est plus compacte que ne le laissent croire les photos, en ces temps d’hypertrophie, c’est notable. Quant à la supercar électrique de Pininfarina, si rien ne nous permet d’assurer sa production, son dessin fera date, elle est véritablement magnifique, renouant avec les grandes heures de l’ex couturier attitré de Ferrari.

Enfin, Rimac continue de présenter des autos à Genève avec cette C-Two. Difficile de savoir si l’aventure croate sera pérenne mais c’est ce qu’on lui souhaite, le produit ne manque pas d’atouts, quand il n’est pas détruit par les journalistes.

Que du bon chez McLaren avec les versions spyder de la 720S et de la 600LT mais surtout la première présentation publique de la Speedtail, héritière putative de la mythique F1. C’est déroutant, innovant, impressionnant, séduisant et ce sera produit à 106 exemplaires. Seul gros regret pour les visiteurs : elle a disparu après les journées presse.

Chez les voisins d’Aston Martin, on joue le chaud et le froid. Le chaud avec la toute première vraie Valkyrie (après les maquettes qui ont fait le tour des salons), le prototype 001 qui va servir de voiture de développement. Je suis absolument fan de cette voiture de tous les superlatifs : dessin, bloc propulseur, définition, tout est extrême mais civil. Adrian Newey, le génial ingénieur (on ne compte plus les titres mondiaux de F1 qu’il a obtenus) semble pourtant dubitatif, on se demande pourquoi puisque c’est lui qui l’a conçue. La Valkyrie a aussi disparu après les journées presse. Incompréhensible et effet déceptif assuré pour les visiteurs.

La marque a également dévoilé deux concepts. AM-RB 003, la blanche, est une mini Valkyrie, destinée à être produite d’ici 2 ou 3 ans. Vanquish Concept, la bleue, montre comment la marque pourrait ouvrir un segment inédit pour elle, la sportive à moteur central pour aller chatouiller la F8 Tributo ou la Huracan EVO.

J’ai vraiment le dessin de la Vanquish, très moderne, très fluide avec les rappels nécessaires à la marque même si je le trouve toutefois peut-être trop éloigné de la marque justement. Si produire ponctuellement une hypercar comme la Valkyrie peut avoir du sens, aller défier Ferrari dans son jardin, avec une situation financière pas encore totalement brillante, ce n’est pas forcément très futé. L’avenir nous dira ce qu’il en sera. On souhaite  à Aston un autre destin que celui du plan Lotus qui avait fait rêver tout le monde à Paris il y a 10 ans pour finalement… rien du tout.

La Ruf CTR continue de faire saliver les amateurs de classiques revisitées avec son look de 964 qui cache une structure en carbone, hommage à la Yellow Bird. Probablement nettement plus excitant à conduire qu’à admirer.

Lamborghini décline ses voitures sans surprise avec la Huracan EVO Spyder  et l’Aventador SVJ Roadster. La couleur en revanche ne passe pas inaperçu, pourvu que cela donne de bonnes idées aux acquéreurs (sauf les jantes noires, merci).

Tout n’était pas parfait, loin de là… Genève, c’est aussi le temple des préparateurs, Mansory et sa légendaire discrétion en tête. On apprécie… ou pas. Ginetta a présenté sa supercar Akula. Bon, on va pas se mentir, elle est parfaitement laide. Si elle se vend un jour, espérons qu’elle soit très efficace sur circuit. Je n’ai pas pu profiter de la Carmen d’Hispano Suiza, ne l’ayant découvert qu’après mon retour en France mais je ne suis pas trop déçu, elle pourra faire office de curiosité dans les concours d’ici 30 ans. Pour le moment, elle me fait juste un peu peur.

J’ai mis ici également la Regera à la carrosserie carbone apparent. C’est sombre, trop sombre pour cette voiture qui préfère, je pense, les couleurs vives.

Genève 2019, ce fut également une mémorable après-midi de spotting (ou presque, tout était annoncé sur les réseaux, pas trop de surprise). Je vous mets ici quelques raretés : McLaren 720S fort élégante, Lamborghini Aventador SV et Murcielago, Bugatti EB110, Pagani Zonda C12S et Huyara, Lexus LFA Nürburgring edition, McLaren P1 by MSO, DB Speedback GT, les voitures drainées par le GIMS furent tout à fait exceptionnelles, un régal pour les yeux également.

Crédit photos : Pierre CLEMENCE