Je commencerai cet article en paraphrasant ce bon vieux Ernest Hemingway, qui aurait pu dire : la Mazda MX-5 est la seule vraie voiture, toutes les autres ne  sont que des véhicules.

Il s’agit ici de la Mazda MX-5 2,0 160 en finition ST, l’équivalent de la Black Edition pour la NC : comprenez  qu’elle est livrée avec des amortisseurs Bilstein, des barres anti-rapprochement et des sièges baquet Recaro. Ce bleu lui va à ravir ; malheureusement, Mazda le retire de son catalogue pour le remplacer par…un autre bleu.

Le projet est simple : traverser la France pour rejoindre Genève et son salon puis la région du Léman, tel un pèlerinage pour un véhicule qui s’épanouit pleinement sur les routes de montagne.

Première étape : Saint-Germain en Laye – Angers. 300 km d’autoroute, de quoi se familiariser avec le gabarit du petit roadster, et la vision des 35T qui deviennent des super tankers à côté d’un dériveur. Le ruban d’asphalte défile, le panneau Le Mans me rappelle que 2018 sera sûrement la dernière année où Mazda sera le seul constructeur nippon au palmarès des 24h du Mans sauf catastrophe industrielle ou réelle poisse. Mais je me rappelle surtout que l’autoroute c’est chiant, je décide donc de terminer le trajet par la nationale.

Avant les vraies, j’emprunte les Alpes Mancelles et leur départementale sinueuse, une dernière fois avant leur passage à 80 km/h qui sauveront la démographie de notre pays. Même si le MX-5 a un avantage : vous continuerez à vous faire plaisir sur le réseau secondaire même à 70 km/h, pour peu que la route soit un brin tortueuse ou que le paysage soit agréable. Cruise or flat out, that is the question ? Elle vous laissera le choix, vu que les deux sont largement dans ses cordes.

Les routes nationales sont quand même moins monotones que l’autoroute, et les ronds-points deviennent presque amusants… Enfin, on brise l’ennuie comme on peut. Arrivé sur Angers et fin de la première étape ; demain, direction Genève. Les plus fortiches en géographie l’auront compris, on part sur 700 km à travers la France d’ouest en est. Et l’occasion de répondre à une question qui taraude toutes les personnes achetant un minivan 9 places à l’arrivée du premier bambin : peut-on réellement partir en week-end à deux dans un petit roadster biplace ? Je laisserai planer le suspense jusqu’au bout.

Le jour du grand départ, deux sacs de sport, deux manteaux et une sacoche photo rentrent sans bourrage dans les 130 litres indiqués sur la fiche technique. On pourrait même partir une petite semaine avec un brin d’optimisation. Un plein, un pipi, un café, et c’est parti pour plusieurs heures d’autoroute, du moins jusqu’à Moulins, vu que le réseau autoroutier disparaît en Auvergne pour réapparaître non loin de Mâcon. Cette même autoroute que je trouvais nulle hier me rassure aujourd’hui, dans une nuit noire et obscure et sous un déluge comme seul le mois de mars en propose.

Sous ces conditions extrêmes, on remerciera le système Bose 9 haut-parleurs qui compense parfaitement le bruit des giboulées sur la capote en toile. Les feux LED adaptatifs, eux, sont particulièrement efficaces à travers les nappes brumeuses auvergnates. Régulateur bloqué sur 130, la conso affiche un flatteur 7.1l/100 sur une autoroute vallonnée. Afin de tuer le temps, on essaie de prendre à défaut le système de lecture vocal des SMS. Mis à part un accent perfectible sur quelques anglicismes, le système est assez bluffant.

Les kilomètres défilent, les grandes plaines se transforment en collines puis en montagne. Le petit roadster nippon me surprend par ses qualités routières. Les innovations ainsi que les assistances qu’on a tendance à snober sur ce genre de véhicule, rendent ce modèle beaucoup plus confortable qu’une NC durant de longs trajets… Alors on est loin d’un vaisseau amiral allemand, mais le compromis est juste parfait sans faire d’énormes sacrifices.

Arrivée sur Genève. Après un passage dans les allées de Palexpo, l’appel de la route est quand même plus fort que l’empilement de toutes ces supercars et leurs surenchères de puissance. Il est vrai qu’avec « seulement » 160 ch et 31 000 € demandé, le MX-5 n’impressionne pas le visiteur de passage, encore moins en Suisse. Ce que j’aime avec ce petit roadster, c’est son mélange de discrétion dans le flux de la circulation, et la personnalité marquée qui manquait aux modèles précédents.

Nous sommes encore englués dans l’hiver, et les importantes chutes de neige des dernières semaines limitent le choix des cols. Moi qui rêvais de parcourir les célèbre spéciale de Joux plan et Joux verte, ce ne sera pas pour cette fois ! Nous nous focalisons donc sur celui du Salève, et une fois dépassé le plafond de nuage, la machine à sensation est en route. La position de conduite est parfaite, tout comme le levier de vitesse tombe toujours très facilement sous la main. Le moteur Skyactiv semble plus souple que l’ancien 2.0, mais toujours très rageur dans les hauts régimes. Le train arrière enroule parfaitement les épingles, avec un autobloquant très progressif au tarage très équilibré, le train arrière raccroche sans surprendre. Le châssis est toujours aussi extraordinaire : on voudrait que le col ne se termine jamais. Mazda réussit le subtil ratio confort de conduite/plaisir de pilotage. Peu importe votre niveau dans le domaine, elle s’adaptera et vous y trouverez du plaisir sans avoir besoin de prendre des risques inconsidérés.

Pour être honnête, j’ai du mal à trouver des choses à redire, cette caisse remplit quasiment tous les critères que je me fais de la voiture parfaite et peut répondre à toutes les contraintes avec plus ou moins de mauvaise foi. Il y a même un système Isofix sur le siège passager ! Au terme de quasiment 2000 km effectués en à peu près trois jours, je ne ressens pas plus de fatigue qu’avec un bon gros SUV.

Je finirai cet article en paraphrasant un autre grand philosophe : « la différence entre les enfants et les adultes, c’est le prix des jouets ».

Crédit photos: Damien Rondeau