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La mode est aux SUV et aux moteurs downsizés. Affichez donc votre rébellion avec cette V60 surélévée et son gros 5 cylindres 2.5 !

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C’est vrai, quoi, sortez du troupeau ! Vous, faire comme tout le monde, c’est pas votre truc. Tous vos voisins dans votre beau quartier ont des SUV, et toi, ami automobiliste, tu trouves ça nul, de suivre le troupeau. Alors le SUV, pourquoi pas quand il faut aller à Courchevel, mais le reste de l’année, ça sert juste à pousser de l’air. Et ça, ça sert à rien. Tandis que des protections de bas de caisse et une transmission à 4 roues motrices, ça, oui, ça peut servir. D’ailleurs, si tu avais pu, tu serais encore plus sorti du troupeau avec, non pas cette V60 Cross Country, mais une S60 Cross Country, une auto encore plus singulière puisqu’elle répond à ce type d’usage sans en rajouter dans l’apparence et l’extravagance. Mais si elle est disponible dans certains pays (Belgique, Suisse, USA, Ukraine et bien d’autres…), l’importateur français ne l’a pas retenue. Dommage, car le concept de berline gentiment off-roadisée est assez sympa, non ?

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Autre mode gavante : le downsizing. Surtout provenant de Volvo, dont le caractère et la sonorité des 5 cylindres était à lui seul une motivation d’achat. Et bien là, c’est fini, comme vous le savez, et il va falloir faire avec des blocs modulaires de 4 cylindres et 2 litres sur tous les modèles, comme il vous l’a déjà été démontré sur ce mirifique blog avec les essais des S 90 D5 par l’excellentissime Régis, ici, du XC 90 T8 par le sémillant JB, là, ou encore du XC 90 T6 par votre humble serviteur, ici

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Sauf que pour les amateurs de sensualité mécanique, le 4 cylindres n’est pas encore une fatalité et Volvo continue, encore un peu, merci !, de proposer des 5 cylindres : dans sa version D4, la V60 Cross Country conserve le 2.5 de 190 ch, et c’est bien cool, car elle vous permet d’adopter une posture de rebelle (on peut être un rebelle avec une veste en tweed et des vieilles chaussures Paraboot patinées).

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D’ailleurs, j’en profite pour pousser un cri d’alerte :

Le charme discret de la bourgeoise est en voie de disparition !

Les 5 sens, les 5 continents, les 5 doigts de la main, le club des 5, la 5ème république, le 5ème élément et le 5 cylindres Volvo (et le 5 O’Clock Tea, NDLR). Comme Volvo va nous amputer ce charmant moteur d’un cylindre bientôt, il est temps de se rappeler les vertus de ce chiffre mythique.

La V60 Cross Country D4 est un animal encore en vie mais promis à une extinction certaine. Elle est en effet la dernière de sa famille à recevoir le 5 cylindres diesel qui avait donné à ses prédécesseurs ce petit je-ne-sais-quoi de différent. Ce petit « supplément d’âme », ce doux bruit de montée en régime et cette poussée franche et copieuse, sans toutefois être violente… Ha, j’vous jure, c’était mieux avant !

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Petit rappel : pour celles et ceux qui ne sont pas familier avec l’univers Volvo, il faut savoir que ce dernier fait preuve d’une rare constance depuis de nombreuses années. Tenez, moi qui roule au quotidien (ou presque) en Volvo 480 Turbo de 1987, je retrouve dans cette V60 de 2016 la même philosophie, avec les excellents sièges, les petites attentions (ma 480 a des éclairages à l’intérieur des boîtiers de ceinture de sécurité ainsi que de la serrure de porte extérieure, quand on la quitte), le tableau de bord simple et parfaitement lisible. Certes, la V60 s’enflamme un peu avec sa console façon guerre des boutons, mais les univers sont parfaitement agencés et hiérarchisés et en fait, simples à manipuler. Bref : les suédois ont érigé le confort et la sécurité au rang de religion depuis belle lurette et ça se voit toujours. De l’évolution dans le conformisme en somme.

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Sans en rajouter, la V60 Cross Country semble prête à tout : surélevée de 65 mm par rapport à la V60 de base et perchée sur ses jantes de 19 pouces (en option), des protections avant et arrière et au niveau des roues pour aller taquiner le chemin qui vous sépare de votre tante Hortense (dont on parlera plus loin) et ce avec la bravoure, la présence rassurante et la volonté de notre fameux 5 pattes turbo diesel.

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Côté intérieur, la finition Cross Country voit apparaître quelques particularités au niveau des choix des matériaux et outre le cuir et les chromes assez présents, nous avons une belle planche de Plastiwood® (faux mais assez qualitatif) au centre et sur les contre-portes. Le reste, tout en étant agréable, est tout de même un peu 2015 (je sais c’est pas gentil mais ça va tellement vite en ce moment), car l’environnement des dernières générations de Volvo a quand même fait un bond en avant sans pervertir la philosophie initiale.

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Etre ou paraître ?

Voilà une belle question de philo et figurez vous que j’y répondis le nez rougi par le froid et les pieds baignant dans une flaque de gasoil, dans la périphérie sordide d’une triste ville du bassin parisien. Comme quoi le confort n’est pas toujours propice à la réflexion.

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Lors d’un arrêt ravitaillement et alors que, la pompe à la main, je laissais mon imagination divaguer vers des horizons lointains faits de routes à virages et sans limitation de vitesse, je me rends compte (véridique) que je suis entre deux XC60. Amusant. Finalement quelle différence entre mon break surélevé et ces deux SUV ? Petite analyse comparée : la V60 mesure 4,637 m de long contre 4,644 pour le SUV, la V60 est de haute de 1,545 m contre 1,713 pour la XC60 et la V60 est large de 1,866 contre 1,891 pour le SUV. Outre tous ces centimètres, il y a une question de stature. Oui les deux conducteurs me toisent un peu. Mais il faut savoir que la majorité des XC60 vendus de nos jours sont des tractions. Moi j’ai un vrai 4×4, un AWD plus précisément. Et oui, moi je peux, aisément et sans arrière-pensée, aller faire le zazou dans les chemins sans risquer de me tanker.

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Et puis surtout, je me rachète une bonne conscience. Car en ces temps où l’automobiliste est coupable, on n’a cependant pas à ressentir ce regard parfois désapprobateur des usagers de la route qui considèrent qu’un 4×4 n’a rien à faire là, que vous encouragez le réchauffement climatique, que vous surconsommez des énergies fossiles, que vous êtes un égocentrique pollueur, que leurs enfants mourront d’atroces souffrances dans des nuages de particules fines et tout ça rien qu’à cause de vous (si si, je vous jure que parfois il y a tout ça dans le regard des autres quand on a une grosse voiture en ville). Mais là non ! On passe pour un honnête père de famille, un peu austère mais serviable, qui a besoin de place pour emmener la petite dernière faire du cheval pendant que le grand a son cours de golf et qui se dépêche de rentrer pour pouvoir faire la vaisselle et le repas, après s’être tapé les courses. A ce sujet on note un coffre généreux (1241 litres en ouvrant le faux plancher).

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Pour le reste, la V60 Cross Country présente donc bien (mais ne fait jamais too much dans le paysage urbain) et arbore ce petit supplément de sportivité qui fait défaut à un break classique. Encore que, entendons-nous bien : par sportivité, pas question d’imaginer enquiller des tours du Castellet, mais disons plutôt qu’entre un homme en costume et un homme habillé chez The North Face, la sportivité, au sens où Volvo l’entend, a choisi son camp ! D’autant que si le 5 cylindres allonge bien la foulée dans un râle aigu caractéristique, il doit compter sur une BV6 assez longue à la détente et pas beaucoup plus réactive lorsqu’on la force au levier.

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Une pure routière

Mais hors de ce cas de figure, la V60 D4 Cross Country étale sa polyvalence avec brio. Elle vous encourage à sortir de chez vous, à aller à la mer, à la montagne ou chez votre tante Hortense qui habite une vieille demeure familiale au bout d’un chemin qui rappelle les grandes heures du Camel Trophy dès qu’il pleut. Plutôt douce en ville (merci à la BVA et à la direction, qui offre une bonne consistance), la V60 se régale plus sur la route grâce aux 440 Nm disponibles entre 1500 et 2750 tr/mn, c’est à dire tout le temps ! On a donc la garantie d’une réponse adéquate en permanence, et la route défile dans le confort des excellents sièges, une petite fermeté en détente sur les petites bosses venant, et c’est une surprise, ponctuellement perturber la quiétude de l’ensemble sur le réseau secondaire.

Arrivé sur l’autoroute il ne se passe rien. Rien du tout. Enfin si. A un moment j’ai changé la musique. Pour le reste, le régulateur adaptatif est aux petits oignons et quand j’ai besoin, je double. Sous cette affirmation pourtant inoffensive se cache une réelle facilité à dépasser, là encore merci au couple, le tout accompagné par le souffle profond du 5 cylindres, car comme la BVA est toujours un peu niaise, on vit pleinement le sens du mot « allonge », dans un confort de haut niveau, surtout dans la finition Xénium de ce modèle d’essai.

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On le voit, la V60 Cross Country a tout de la voiture idéale du quadragénaire discret et dynamique. Sauf que la gamme V60 ne marche pas si bien que ça chez Volvo, car c’est bien la V40, le XC60 et le sculptural XC90 qui font le gras des ventes de la marque. Si la V60 Cross Country démarre à partir de 41 070 € (en D3 de 150 ch), ma D4 d’essai valait 50 910 € (hors 900 € de malus écologique), et elle se voit opposer des BMW Touring 320d xDrive (190 ch, à partir de 42 000 € mais moins bien équipée) et des Audi A4 AllRoad 2.0 TDI (190 ch, à partir de 49 500 €) et elle doit compter sur le charme de son 5 cylindres. Et ceux qui veulent du velouté mécanique trouveront alors la V60 bien placée : une BMW 330d xDrive commence à 53 650 € et une Audi A4 Allroad V6 TDI (218 ch) à 52 950 €.

Et le 5 cylindres ne justifie pas tant que cela le downsizing, car il n’est pas si glouton que ça : s’il est donné pour 5,7 l/100 de conso officielle mixte (et 149 grammes de CO2), j’ai enregistré du 8 l/100 sur nationale et du 8,5 l/100 sur autoroute et en urbain / péri-urbain.

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Mais peut-on aller contre le sens de l’Histoire ? Alors oui, on downsize, on réduit, on ampute, on rapetisse, on compresse, on comprime et au final on lisse un peu les courbes. Je ne dis pas que le 5 cylindres diesel Volvo est la 5ème merveille du monde, je dis juste que c’est un allié agréable dans le combat quotidien et que son caractère séduit ceux qui aiment les autos avec de la personnalité. Cette architecture atypique qui a accompagné beaucoup de modèles de la marque permettait de se sentir à part, d’avoir autre chose qu’un énième 4 cylindres dCi. Mais la tendance est là et malheureusement, on nous expliquera bientôt que 5 cylindres, c’est 2 ou 3 de trop ! Putain, c’était mieux avant.

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Photos : Benoît Meulin (© Blue Door Prod)