C’est un peu ce que l’on peut penser depuis quelques jours car entre les annonces (dont nous nous sommes faits le relais) des hausses du prix des carburants, les coups de buzz sur des stations parisiennes hors de prix et une communication gouvernementale qui met en avant la seule régulation par le marché, il n’en faut pas beaucoup plus en cette année de crise et de récession pour nous faire croire à l’inéluctable litre d’essence à 2€ d’ici à la fin de l’année.

 

Les pétroliers y vont de leur pierre à l’édifice via une étude de l’UFIP (Union Française des Industries Pétrolières) qui proposent quelques anticipations qui vont encore mettre à mal nos budgets que ce soit celui lié à la voiture ou plus généralement celui qui nous permet à tous de vivre tant bien que mal tous les mois. L’UFIP nous fait comprendre dans son dossier qu’il suffirait d’un peu de spéculation,d’une petite augmentation de la demande et quasi « mécaniquement le baril de la Mer du Nord pourrait voir son prix prendre une hausse de l’ordre de 50%. Bien sur pour rassurer le « peuple », le président de l’UFIP fait savoir qu’il est tout de même dubitatif face à un tel scénario mais comme pour nous remettre la tête dans le réservoir, il ajoute qu’il existe un mouvement structurel de hausse du prix lié à l’augmentation de la demande dans les pays d’Asie. Et comme pour enfoncer le clou, Jean Louis Schilansky explique que le vrai problème pour le prix de notre pétrole ce n’est pas seulement l’Asie mais c’est surtout l’euro, encore lui, et sa parité avec le billet vert qui sert aux achats de pétrole.

Alors que c’est bon pour nos exportations hors d’Europe, la baisse de l’euro face au dollars pourrait faire flamber le coût de nos achats pétroliers mais aussi gaziers. Le dossier de l’UFIP explique qu’il y a quelques mois et quelques années, du temps de l’euro fort, quand le dollar baissait le baril montait (et vice versa) mais la puissance de notre monnaie lissait les effets et variations tout en permettant un prix raisonnable du carburant. Mais depuis ces derniers mois l’euro baisse, le baril augmente un peu et le dollar reprend du poil de la bête ce qui fait que notre facture pétrolière augmente sensiblement. Ainsi le risque d’accroissement de la crise dans la zone euro fait peser un gros risque sur les cours du pétrole surtout qu’il semble que les spéculateurs macro économiques soient de retour pour prendre un peu de monnaie sur le marché pétrolier.

Pour accroitre une sorte de pression psychologique, on nous sert des scénarios qui vont tous ou presque dans le même sens et c’est le journal Challenge qui détaille les scénarios :

– La crise ne s’accroit pas en Europe mais ne se résorbe pas, par contre les risques liés à la dette de pays comme le Portugal, l’Espagne sans compter l’Italie de Mario Monti qui n’est pas sortie d’affaire s’accroissent. Du coup l’euro s’affaiblit, le dollar se renforce sur les marchés et l’euro pourrait tomber selon les analystes dans une fourchette comprise entre 1.25$ au mieux et 1.20$ au pire ce qui fait que nos achats de pétrole vont augmenter en valeur (mais surement pas en volumes puisqu’ils baissent encore du fait de la conjoncture et de la baisse de la consommation liée aux déplacements).

– L’augmentation  pure et simple du prix du baril pourrait faire passer les 159 litres de Brent (on oublie le brut WTI pour nos prix en Europe) au delà des 175$. Mais pourquoi direz vous une telle augmentation, c’est simple puisque vous ajoutez peut être une demande un peu plus forte du coté de l’Asie, quelques spéculateurs, un climat géopolitique à risque notamment du coté de l’Iran et du détroit d’Ormuz, les tensions persistantes en Syrie, un risque réel d’embargo sur le pétrole iranien donc une baisse des stocks et vous avez les éléments favorables à une hausse du prix du baril.

– On prend ce dernier scénario, on ajoute pour nous européens, la baisse de la notation de certains pays de l’UE (je pense au Royaume Uni) et une décroissance réelle et là encore, mécaniquement, le prix du baril pour nos pays va augmenter pour approcher les 180-185$.

– Reste le meilleur scénario actuel, la Grèce se stabilise (??), la crise ne s’accroit pas, la situation en Europe se détend tant du point de vue économique que social et quelques signes de reprise de la consommation se manifestent au second semestre. Du coup l’Europe est mieux pour les milieux économiques et financiers, une sorte de confiance revient, l’euro se renforce et sa parité avec le dollar repart à la hausse d’où un coût moindre pour nos achats pétroliers.

Face à cette situation de hausse des prix du pétrole et des différentes incertitudes, l’Arabie Saoudite pourrait accroître sa production afin de stabiliser les prix, le marché car une envolée des prix du baril serait le vrai moyen non désiré de renforcer la crise qui si elle s’est stabilisée dans certains lieux du globe est encore bien présente dans d’autres et même naissante dans des pays qu’on pensait à l’abri. Reste qu’à la vue de tous ces éléments et à la lecture de l’histoire du prix du pétrole, on peut raisonnablement craindre une forte hausse des prix de l’or noir avec une fourchette haute qui se situe dans la zone des +50 à +65 % dans 9 à 12 mois.

Pour rappel, sachez qu’un litre de SP95 vendu en France voit son prix de 1.60€ se décomposer comme suit :

Pétrole : 0.60€ / Raffinage : 0.035€ / Distribution : 0.10€ / TICPE : 0.61€ / TVA sur TICPE : 0.115€ / TVA : 0.14€

Nous n’oublierons pas que les pétroliers ne sont pas des philanthropes, que l’état refuse de modifier sa fiscalité sur le carburant et nous arrivons ainsi bien préparés « intellectuellement » à accepter et à payer dans 10-12 mois un litre de SP95 à 2.0€ (combien alors le SP95 en centre ville à Paris ?)… Etat, pétroliers, spéculateurs, voilà un beau trio qui sait faire peser de manière importante le coût de l’énergie sur nos vies. Si rien ne s’arrange, en 2013 il faudra faire des arbitrages comme un peu de liberté de mouvement ou les portables pour toute la famille ? A suivre.

Via UFIP, Challenge, PrixduBaril.com.