Dans sa dernière version, l’Audi TT RS fait 400 chevaux. Outre le fait que c’est un niveau de puissance sécurisant (un dépassement ? Action, réaction !), ça la fait entrer dans une autre catégorie. Essai (carrément !) enthousiaste !

C’est difficile de résumer une voiture à un seul aspect, mais pour moi, l’Audi TT RS, c’est un bruit. Voilà, c’est ça : un bruit.

Bon, ok, ce n’est pas que ça : c’est aussi une gueule, trapue, agressive, méchante même, avec son bouclier avant spécifique et ses larges entrées d’air qui ne demandent qu’à vous dévorer (et qui permettent malgré tout de conserver un bon Cx, à 0,32). C’est une gueule qui fait tourner les têtes, surtout dans ce coloris particulier façon béton ciré.

Ce n’est pas qu’une gueule, c’est aussi une ambiance. Cet intérieur dépouillé, privé de l’écran d’iPad que l’on voit fleurir de plus en plus sur les autos : ici, c’est sobre, mais bien agencé. Mention particulière aux commandes d’aérateurs, mais aussi aux sièges baquet, aux surpiqûres rouges, aux rétroviseurs façon carbone, au tableau de bord et son Virtual Cockpit, qui affiche les « G » et autres gâteries.

Donc, la TT RS c’est aussi tout ça et en faisant le bilan, ça fait quand même pas mal de choses.

Il n’empêche : quand je descendais, le matin (et aussi le soir, car on a envie d’en reprendre, de ce genre de dessert), dans mon garage situé au quatrième sous-sol, je ne pensais qu’à une chose : le sourire béat voire un peu niais qui allait s’afficher sur mon visage d’adolescent attardé, rien qu’à entendre le bruit de l’engin au démarrage, son ralenti à 2000 tr/mn à froid, l’écho sur les parois de béton.

Un bruit ? Non, quelque chose entre un cri primal et une symphonie (ok, le spectre est large). Presser le bouton « start » sur le volant, c’est déclencher l’aboiement d’un fauve. Les crépitements de l’échappement, les battements syncopés de l’embiellage, tout ceci vous pénètre et fait naître en vous un sentiment de plus en plus rare : celui du plaisir automobile.

5 cylindres, 2,5 l, 400 ch

Voici une fiche technique comme je les aime !

Présenté en 2009 lors du restylage de sa seconde génération (code 8J), la TT RS est arrivée, posée sur ses roues de 18 pouces, elle sortait déjà 340 chevaux ; voire 360 en version Plus, lancée en avril 2012, qui permettait de se faire sauter la bride pour avoir une vitesse de pointe passant de 250 à 280 km/h.

J’ai toujours eu un rapport ambivalent avec la TT. Lancée en 1998 (code 8N), je la trouvais assez jolie avec sa forme arrondie et épurée, il y avait des détails qui me plaisaient (les sièges en cuir des premières versions, avec les grosses coutures façon ballon de rugby). Il n’empêche, j’avais du mal à la considérer comme autre chose qu’une Golf (habilement, il faut le reconnaître) redessinée et la fiche technique avait du mal à m’émouvoir.

Tenez, durant mon adolescence, assez solitaire, plutôt acnéique et très provinciale, les murs de ma chambre étaient tapissés de voitures de rêve. Il y avait une Lamborghini Countach (qui faisait alors 375 ch, soit moins que ma TT RS) et quelques nanars, puisque j’ai toujours eu un goût aigu pour les autos décalées, genre cette 928 Targa de chez B&B.

Ca, ça faisait à peine plus de 300 chevaux et c’était un monstre absolu. Ben là, c’est simple, cette Audi TT RS, elle les dépose. Et tranquille, en plus.

Eh oui, la TT RS envoie plus qu’une Testarossa ou tous les monstres sacrés de mon adolescence.

Le moteur a été revu sur cette dernière génération : il intègre des éléments en aluminium et son poids a été baissé de 26 kilos. Le turbo souffle à 1,35 bar, ce qui permet à ce 2480 cm3 de développer 400 chevaux à 5850 tr/mn et 48,9 m/kg de couple à un régime aussi bas que 1700 tr/mn. Entre les deux : une belle élasticité et surtout un grosse vigueur, malgré les 1440 kilos à déplacer.

Certes, des esprits chagrins seront toujours là pour rétorquer que Mercedes sort 381 ch d’un 4 cylindres de 2 litres (essai de la CLA 45 AMG, ici), alors ne faire marginalement mieux (1 cylindre, 500 cm3 de mieux et 19 ch de plus, bof), Audi n’a pas de quoi frimer.

Sauf qu’il y a l’art, et la manière. Et elles sont divines, les manières d’Audi avec ce 5 cylindres. Dans les faits, ça gronde à bas régime, ça vous chatouille le bas des reins vers 3000 tr/mn, quand l’action du turbo commence à se faire ressentir vraiment, et la cerise sur le gâteau, c’est que ça chante et que ça pousse jusque 7000 tr/mn. La boîte DSG7 assure des reprises canon et des accélérations sans rupture, et réjouit des déflagrations de l’échappement à chaque changement de rapport.

Oh, un avion !

Quant aux performances, on frôle l’exceptionnel. Avec le TT RS, Audi balance un bon coup de pied dans la porte d’entrée à l’univers des supercars. Non, ce n’est pas une formule de style d’un blogger enthousiasmé par le démarrage répété de la TT RS dans son parking, mais juste des faits.

Le 0 à 100 : 3,7 secondes. Le 400 DA : 12. Le 1000 DA : 22. La Vmax : 280. Ça cause, non ? Regardez les chiffres, on n’est pas très loin d’une Nissan GTR, essayée ici dans sa dernière version de 570 ch.

Pied dedans, jamais la TT RS ne semble à court de jus. Ca chante, ça hurle, on a le dos collé au siège, les rapport s’enchaînent. La première est assez courte, puisqu’elle monte à 60 km/h. Mais ensuite, ça continue, sans temps mort. Seconde à 100, troisième à 150, la quatrième vous envoie dans les sphères de la grande délinquance, à 210, et la cinquième vous fait remercier la guillotine d’être entrée au musée : 270 km/h. Et il reste deux rapports que je n’ai pas eu le temps d’aller explorer. Mes plus sincères excuses. Et heureusement, le freinage assure bien, avec des disques de 370 mm à l’avant, pincés par des étriers à 8 pistons. Une option carbone est possible.

La TT RS a gagné en maturité, en crédibilité. Elle affiche désormais le rapport poids / puissance (3,6 kilos / cheval) d’une Porsche Cayman S ou d’une Jaguar F-Type SVR. Excusez du peu.

Côté comportement, c’est évidemment collé par terre. Voire presque trop : mon modèle d’essai, qui n’avait pas les suspensions pilotées, est quand même très ferme, voire presque cassant, avec les roues de 20 pouces. Il n’empêche que la TT RS ne prend pas de roulis, compte sur une direction précise et une motricité sans faille. J’ai lu quelques articles à son égard, et quelques journalistes talibans lui reprochent, à l’occasion, de « n’être pas très drôle ». Chacun son univers et ses références, mais moi, une auto de 400 chevaux qui est prévisible, je trouve ça mieux qu’une qui vous fait prendre les rond-points en regardant le paysage par les fenêtres.

Auto-emoción

L’univers VW étant une grande famille, permettez-moi cet intertitre. Parce que, quand même, on a beau parler chiffres et comportement, la TT RS, ça reste du plaisir en barre.

Alors, évidemment, on est content de voir que la Bible (Sport Auto n° 668 de septembre 2017) l’a essayée sur le circuit du Mans et que le talentueux Christophe Tinseaux lui a fait claquer un 1’53.11, soit plus vite qu’une Audi R8 V10, chronométrée en 1’53.51. De fait, la TT RS devance, sur le même exercice, des engins tels que les Mercedes AMG SLS, Mercedes SL 63 AMG, BMW M4 DKG, Aston Martin Vanquish, Jaguar F-Type R… A ce niveau, chaque dixième vaut de l’or et pour la TT, qui fut au début de sa carrière, une auto de coiffeurs et de cagoles, c’est une sacrée revanche.

Néanmoins, ce que je retiendrai, c’est l’univers sensoriel unique de cette TT RS, et qui constitue sans aucun doute l’un de mes points forts de cette année d’essais pour le blog. Car là où même Porsche se met au downsizing pour ses Boxster et Cayman, Audi reste fidèle à ce moteur atypique, par son architecture, son ordre d’allumage (1/2/4/5/3), les crépitements, les râles et les déflagrations de son échappement vous rendent totalement accro.

Du coup, le tarif qui commence à 74 800 € et la conso moyenne de 11,8 l paraissent presque anecdotiques devant la qualité des émotions ressenties. Tiens, Audi fête en ce moment les 40 ans de son 5 cylindres. Puisse-t’il vivre encore longtemps : Broap !

Photos : Benoît Meulin (© www.bluedoorprod.fr)