Rentrer chez soi et se vautrer dans un bon vieux fauteuil Chesterfield patiné, c’est toujours plus sympa que de s’asseoir sur un tabouret pliant Quechua. Mais en même temps, ça ne change pas la valeur de votre appart’. La métaphore est osée, mais on va tirer le fil en l’appliquant à la Mazda 6 et son nouveau niveau de finition, dénommé Takumi. Alors, du cuir et du bois, ça change tout ? 

D’ailleurs, cette auto, vous la connaissez déjà : mon excellent confrère le jeune – et brillantissime, car la valeur n’attend pas le nombre des années – Maurice en a déjà fait le tour, dans un essai tellement complet qu’il pourrait le revendre à Wikipedia et se faire de l’argent de poche, essai à relire ici, bien entendu. Du coup, pourquoi reprendre cette auto ? Eh bien : pourquoi pas. 

Et surtout, on va traiter cet essai comme une bonne dissert’ de troisième : thèse, antithèse, synthèse ! Vous avez deux heures, c’est parti. 

Thèse : le cuir et le bois, c’est bien ! 

Elégance. Dynamique. Sélection. Voici les trois niveaux de finition auxquels nous sommes habitués dès lors qu’il s’agit d’aller se balader sur le configurateur – ou en concession – des autos Mazda. Et on loue l’habilité des Japonais, non pas pour emprisonner Carlos Ghosn, mais pour limiter la liste des options et proposer plutôt un équipement complet en fonction de chaque niveau de finition. Niveau qui grimpe d’un cran avec cette Mazda 6 : la référence « Takumi » renvoie aux valeurs de l’artisanat japonais, autant dire que s’il y a des gens au monde qui n’alignent pas la rigueur sur le plan de la gaudriole, c’est bien eux ! Du coup, la Mazda 6 Takumi avance cet intérieur  avec les placages de bois véritable « Sen » et le cuir Nappa « Oriental Brown » et je dois reconnaître que tant au regard qu’au toucher (même en faisant le psychopathe qui va chercher, en vain, le loup dans la qualité des assemblages), il y a un vrai sentiment de bien-être, un « feel-good factor » comme le dirait Theresa May, qui ne se sent d’ailleurs pas très bien en ce moment, comme quoi…

Côté ergonomie, c’est neutre, efficace : moins clinquant que chez les Allemands, mais plus pratique que chez Renault (genre Talisman, essai de l’Estate TCe 200 ici et plus propre que dans une Kia (telle que la Stinger 2.2 CRDi, essai ici), la Mazda 6 offre une tablette d’infodivertissement (avec molette rotative, facile à appréhender) et, petite coquetterie, un nouveau tableau de bord dont la partie centrale, bien que conventionnelle, est à affichage digital. 

Bref : monter dans la Mazda 6 Takumi chaque matin pour aller au boulot, c’est déjà se dire que la vie n’est pas si cruelle ! D’autant qu’avant de monter dedans, vous avez eu l’occasion d’admirer une fois de plus ces jantes spécifiques, la peinture gunmetal, les feux redessinés, la calandre relookée. La Mazda 6, malgré tout, n’est pas ostentatoire : c’est l’élégance discrète. Bref, vous vous sentez bien, encore plus car vous savez que la Mazda 6 va aussi vous soigner par le confort de ses sièges, la qualité de ses suspensions et l’efficacité de son groupe motopropulseur. Mais ça, c’est pour le paragraphe d’après. 

Antithèse : La 6, c’est bien, mais c’est pas tout neuf non plus. 

Accès sans clé, pression sur le bouton de démarrage. Tiens, c’est un Diesel ? Bah oui. Il est quand même sonore, ce 2.2, malgré sa technologie SkyActiv qui tend à le rendre sobre et efficient. Il ne peut quand même pas masquer sa nature à froid (il y a aussi un 2.5 essence, que je n’ai pas essayé et qui propose 194 ch et 258 Nm). Ni en cas de forte accélération. Idem côté transmission : la boîte automatique à convertisseur et à 6 rapports présente un petit taux de patinage à l’accélération que l’on a un peu oublié avec les boîtes modernes, que ce soit les DCT ou même les automatiques plus récentes (je sortais d’un essai d’une Audi A6 Avant 50 TDI quattro, ceci explique cela). Donc, au début, on se dit : « ah ouais, quand même, c’est pas tout jeune, ce truc ». Et puis après quelques jours, on s’en fout. L’habitude prend le dessus. Et ces désagréments ne sont pas non plus rédhibitoires, tout simplement parce que la BVA est d’une grande douceur et qu’au quotidien, c’est appréciable, et qu’ensuite, sur la route, le confort de roulement et l’efficacité restent des valeurs sures de cette Mazda 6. Pour l’avoir essayé dans sa version 175 ch (sur la route des sports d’hiver, ici), je ne vais pas vous dire que le passage du bloc à 184 ch change tout, loin de là, mais malgré tout le couple passe aussi de 420 à 440 Nm (quelques concurrentes de cette 6 font 200 ch mais « seulement » 400 Nm) et les reprises sont du genre copieux, sans d’ailleurs que la BVA n’éprouve le besoin de rétrograder plus que cela, d’ailleurs. Quant à la tenue de route et au maintien de caisse, je les ai trouvés aussi neutres que sereins. On rappellera la panoplie des aides sécuritaires à la conduite : affichage tête haute, régulateur adaptatif, maintien de ligne actif, 4 caméras pour une vue à 360°, ça, c’est moderne… 

Bref, voici un parfait outil pour abattre des kilomètres. Et ce d’autant plus qu’avec la BVA, la 6 Takumi vient avec une transmission à quatre roues motrices (à partir de 44 350 €, quand la gamme 6 commence à 32 750 €) et que le break est dispo, c’est assez rare pour le signaler, au même prix que la berline. Et moi, j’ai tendance à le trouver encore plus stylé. 

Synthèse : du potentiel, vivement demain… 

On sait que la 6 est un peu en fin de carrière. Si la prochaine est plus silencieuse, tout aussi bien finie et équipée, avec une boîte de vitesse un peu plus moderne, nul doute que Mazda peut réussir à monter un peu en gamme. Et ce serait mérité… A propos, lors de vacances de Noël passées en Asie, j’ai vu pas mal de CX4 sur la route là-bas. Super stylé, ce SUV. Et pourquoi on ne l’a pas en France ? 

Photos : Gabriel Lecouvreur