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Malgré tous les efforts des marketeux et des multiples campagnes de pub, acheter un Scénic n’aura jamais été un acte impulsionnel et irréfléchi : c’est plutôt le symbole du passage à un état mature, responsable, qui marque l’abandon de la petite sportive de nos rêves au profit d’un véhicule (déplaçoir ?) dans lequel toute la famille s’y sentira à l’aise. C’est bien, mais pas très sexy. Ainsi, pour tenter de redonner un peu d’attrait à son monospace fétiche, Renault lance une déclinaison « tout-chemin », le Xmod. Concept marketing ou vrai baroudeur ?

« Papa, raconte-nous une histoire »

Il était une fois Renault, un vaillant chevalier constructeur automobile qui se décida un beau jour de l’an de grâce 1996 de commercialiser un petit frère à son Espace et ainsi de poursuivre dans la voie du monospace : le Scénic était né. Quatre ans plus tard, le RX4 était lancé. L’engin, malgré un physique que je trouvais attrayant et ses 4 roues motrices, n’a jamais réellement marché et fut retiré de la vente 3 ans seulement après sa mise sur le marché. Sur la deuxième génération du monospace, une deuxième version tout-chemin, le Conquest, fut proposée en 2007. Cette fois-ci, ce fut très léger : aucune modification technique, juste un pack extérieur avec sabots en alu et passages de roues en plastique. Il s’est tellement peu vendu que plus personne ne s’en rappelle aujourd’hui. Pour la troisième génération, voici donc le Xmod. Cette fois-ci, Renault a mixé un peu des deux anciennes déclinaisons : un look spécifique, mais aussi des nouveautés sous le capot.

Aurai-je le droit d’emmener mon adolescent au lycée avec ?

« Oh non steuplait c’est trop la honte, pitié me laisse pas là tout le monde va me voir ». Ritournelle connue des parents lorsqu’ils osent un peu trop s’approcher de l’entrée de l’école. Soyons clairs : certainement pas si votre Scénic sera vêtu de ce remarquable sonotone Jaune Automne. Remarquable… Dans le mauvais sens : ce subtil mélange de jaune bouton d’or et de vert prairie, tirant sur le caca d’oie, a toutes ses chances de figurer sur le podium de la couleur la plus laide de la production automobile. Mis à part ça, le Xmod a inauguré le troisième (!) restylage de la troisième génération du Scénic, qui est passé pour l’occasion à la sauce LVDA. On note ainsi une calandre spécifique au modèle, dans la continuité des Clio et Captur, mais cette fois-ci beaucoup plus ouverte. Au milieu de celle-ci trône un énorme losange (entre nous, ça fait du bien de voir que Renault est fier de son logo, les choses changent !). Les bas de caisse sont en plastique brut tandis qu’un sabot en alu vient protéger les pare-chocs avant et arrière. Un nouveau bloc anti-brouillard comprenant aussi les diodes (bien intégrées, ça nous change de la Clio) apparaît. L’ensemble est plutôt qualitatif et donne même presque envie, je dois bien le reconnaître. Dommage cependant que l’Extended Grip (nous y reviendrons) oblige à des jantes 16’’, qui font un peu roulettes sur la voiture. Ne pas cocher cette option vous permettra cependant d’avoir de bien plus jolies roues de 17’’. Sinon, on se retrouve avec un Scénic 5 places tout ce qu’il y a de plus normal, avec son profil monovolume, ses phares en amande et ses feux en virgule translucides (car oui, la déclinaison Xmod n’est pas disponible avec la carrosserie 7 places).

« C’est la crise, je n’arrive pas à trouver de logement pour notre grande fille qui part à l’université. Peut-elle vivre dedans ? »

Mais bien sûr ! Elle y sera à l’aise, peut-être même plus que dans une chambre de bonne sous les toits d’un immeuble haussmanien (avec les 7 étages à monter sans ascenseur, sinon ce serait trop facile). Il faut dire que les différences avec un Scénic « normal » sont beaucoup plus ténues qu’à l’extérieur, le principal changement étant l’apparition d’une console centrale sur lequel vient trôner un frein à main…manuel (et non automatique comme les autres finitions). Elle prendra donc place dans un habitacle particulièrement vaste, avec une planche de bord au dessin agréable, épuré et reposant. Pour ranger ses affaires, pas de souci non plus puisqu’il y des rangements absolument partout : multiples aumônières au dos des sièges avant, trappes sous les pieds, tiroir sous le siège passager -que le surtapis empêchait d’ouvrir, mais passons-, boîte à gant gigantesque, contre-portes tout aussi immenses… En tout, 71 l de rangements supplémentaires !! Tout ceci est accompagné d’une modularité qui fait encore référence de nos jours. (Quand j’étais petit et lorsque le tout premier Scénic est arrivé, j’étais absolument ébahi par ces sièges arrières qui coulissaient, s’inclinaient, se rabattaient et –ô miracle- s’enlevaient. D’autant plus prodigieux que la XM familiale était bien moins lotie dans ce domaine.) Elle pourra donc laisser les 3 sièges arrière si elle reçoit, ou tout enlever pour dormir. Seul souci : les sièges de la deuxième rangée ne se rabattent pas dans le plancher, mais se sortent de la voiture. La manipulation est ultra simple et les fauteuils ne pèsent pas très lourd, mais reste à savoir où les mettre… C’est la rançon d’un plancher parfaitement plat et d’un seuil de chargement très bas.

Et pour s’occuper lors des longues soirées d’hiver, elle pourra toujours faire joujou avec le R-Link. Cette interface connectée, proposée en option pour (seulement) 650 € concurrence les SMEG (sur la 208) et SMEG+ (308 et Picasso) du groupe PSA. Philippe l’a déjà rencontré lors de ses essais des ZOE, Clio et Captur, mais c’était pour moi ma première rencontre. Et ce fut le coup de foudre : tout d’abord, la présentation est sympa, colorée, simple et intuitive. Il n’y a pas (ou si peu) de sous-menus, les fonctions principales sont accessibles immédiatement. Cependant, sur le Scénic, l’écran était trop loin du doigt du conducteur pour qu’il soit uniquement tactile. Renault a donc développé un désignateur spécifique, sur la console centrale, qui s’appréhende en 30 secondes et qui permet de naviguer dans les différents menus sans quitter la route des yeux. La navigation (TomTom Europe avec IQ Routes) est efficace et lisible, même la commande vocale est performante ! Et vous pourrez télécharger des applications via le R-Link Store. Par exemple, nous avions l’app Coyote, parfaitement intégrée au système. Que du tout bon donc, et de plus vraiment accessible : pas étonnant donc que le système ait été élu le meilleur de sa catégorie (devant BMW, Audi et loooooooin devant PSA). Les seuls reproches que je pourrais lui adresser seraient l’obligation de passer par un sous-menu pas forcément très intuitif pour connecter son téléphone par Bluetooth ainsi que la non-prise en charge de mon iPod Nano de 2° génération.

Un week-end prolongé à la mer en famille, c’est possible ?

Le propre du Scénic est de transporter toute une famille sur de longues distances : je ne me faisais donc pas trop de souci concernant le trajet Paris – Le Touquet planifié. Effectivement, je n’en n’avais pas à m’en faire… Nous avions le dCi 110 dans sa déclinaison Energy (comprenez avec un Stop&Start). Parlons-en, d’ailleurs : pourquoi le système refusait-il catégoriquement de couper le moteur sur des périodes allant jusqu’à 30 minutes après le démarrage ?? C’était cependant le seul souci rencontré. A part ça, le Scénic se débrouille fort bien en ville, avec un moteur vraiment doux, une direction très légère qui dessert bien un rayon de braquage assez remarquable (enfin, sortant d’un break Volvo, même un Hummer limo tourne dans un mouchoir de poche). Alors, bien sûr, le dCi 110 est très très loin d’être un foudre de guerre (même s’il reprend bien en seconde), bien sûr, la prise de roulis dans les virages est perceptible (malgré une direction devenue plus ferme et directe avec la vitesse), mais achète-t-on un Scénic pour ses performances dynamiques ? Bien sûr que non : il s’apprécie au régulateur sur l’autoroute, quand le moteur est inaudible, le confort excellent et la tenue de cap irréprochable. On peut ainsi prendre le temps de savourer la bonne qualité du système audio (même si notre finition d’essai Zen ne nous permettait pas d’accéder à la sono Bose). Les kilomètres défilent donc par magie et j’arrive au Touquet moins de 3h plus tard, frais et dispo, prêt à affronter le temps archi dégueu vivifiant.

Oh mon dieu, des ridules, des pattes d’oies et de la cellulite, mon mari va me tromper. Vite, un soin à la boue.

« Les boues de la mer Morte nettoient en éliminant toutes les impuretés de la surface de la peau. Elles sont mêmes utilisées pour combattre la cellulite. » – topsante.com.

Bon, aller jusqu’à la mer Morte pour l’essai d’un Scénic, faut pas trop pousser non plus. Contentons-nous des boues des Yvelines, c’est au moins aussi bien et un poil plus près. Il est donc temps de vous présenter ce qui différencie réellement ce Scénic Xmod d’un vulgaire Scénic de base (et même d’un Captur) : l’Extended Grip. Renault ayant jugé que l’option 4 roues motrices était trop coûteuse à développer et qu’elle ne séduirait qu’une frange infime de la population, la marque a préféré créer une sorte d’antipatinage évolué, un peu à la manière du Grip Control équipant les Peugeot 2008 & 3008, gage d’économies à l’achat (l’option coûte seulement 250 €) et à la pompe (la consommation reste identique par rapport à une simple traction). Ainsi, c’est juste un peu d’électronique (et des pneus spécifiques Mud & Snow de 16’’) qui sont sensés aider l’auto à se sortir de situations périlleuses. Pari tenu ? Oui ! Placez la molette sur le mode « Sol Meuble » (il existe un autre mode, baptisé « Expert » qui vous laisse maitre de l’accélérateur tandis que l’auto s’occupe des freins, mais c’est plutôt inutile), et, tant que vous ne dépasserez pas les 40 km/h, le système vous permettra de passer dans des chemins plutôt bien fournis en boue, sable, flaques et autres. Lors de la séance photo, les multiples redémarrages avec les pneus dans une boue gluante n’ont causé aucun souci : si on sentait les roues patiner durant les tout premiers instants où j’appuyais sur l’accélérateur, le voyant de l’ESP s’affichait de suite et la voiture repartait immédiatement, tout en douceur, sans aucun patinage. Pas sûr qu’on s’en soit tiré avec une traction classique. Ce système fait donc du Scénic un tout-chemin, mais certainement pas un aventurier à la manière d’un Range Rover, la faute à une garde au sol seulement augmentée d’un petit centimètre. Mais bon, si vous devez vous aventurer sur des chemins un peu limite 3 fois par an, cela devrait être largement suffisant !

Si j’achète un Xmod, est-ce que je devrai suspendre l’argent de poche de mes enfants ?

Si vous êtes en mesure de vous acheter un Scénic neuf, pas de problème, un Xmod à motorisation et équipements équivalents ne vous coûtera pas beaucoup plus. Il n’est de plus pas très gourmand (comptez ~6,5 l/100 km avec le dCi 110). Il Vous aurez le choix entre deux finitions : la première, Zen, débute à 25 650 € et offre déjà une belle panoplie de série (clim auto bizone, allumage automatique des phares et des essuie-glaces, vitres électriques, jantes alu 16’’). Dommage cependant que le toit ouvrant panoramique ne soit même pas proposé en option. Eric aurait fait un scandale. Quant à la version Bose (dès 29 000 €), elle n’ajoute que des détails extérieurs, la sono Bose (of course) et la navigation. Dans les deux cas, le R-Link sera facturée 650 € et l’Extended Grip 250 €.

Les atouts du Scénic avec un look plus sexy et de réelles capacités en conditions difficiles : le Scénic Xmod s’avère donc être une alternative tout à fait recommandable et sensée. A l’heure des voitures aux styles toujours plus agressifs (qui a dit vulgaire ?) et faisant l’apologie de l’individualisme et de la réussite personnelle, il est bon de passer quelques jours en compagnie d’une voiture qui ne dévoile vraiment son potentiel que lorsqu’elle est remplie de proches avec qui on aime passer du temps. Vous avez donc ma totale bénédiction si vous êtes intéressés pour l’acheter. Mais, par pitié, pas dans cette couleur !

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Crédit photos : Ugo Missana, Jean-Baptiste Passieux.

Merci à Dominique et Jérôme de Renault pour l’aimable prêt et leur disponibilité.