A l’occasion d’une réunion de la presse internationale à son siège d’Offenbach (Allemagne), Hyundai présentait son engagement dans le Championnat WRC à partir de 2014.

Comme vous en parlait récemment Romain, Hyundai s’engage cette année en WRC, devenant ainsi le troisième team constructeur face à Volkswagen et Citroën Racing, tandis que Ford délègue à M-Sport et Mini à Motorsport Italia leurs présences en rallye. Le programme d’engagement de Hyundai en WRC a été annoncé au Mondial de Paris, en 2012. S’est ensuivie la création de la structure Hyundai Motor GMBh à Alzenau (Allemagne) le 19 décembre 2012, afin de mettre au point la machine qui serait engagée à partir de 2014 en rallye : l’i20 WRC. Après un an de tests et de sélection de pilotes, voici le « Hyundai Shell World Rally Team », de son titre complet, prêt à descendre dans l’arène ! Cet engagement est concomitant avec la création du label « N », initiale du mot coréen « namyan » qui signifie « performance », qui rassemblera les véhicules sportifs du constructeur sud-coréen.

Pour Stéphane Prévot, copilote de Chris Atkinson, « tout y est : les sensations sont bonnes, l’équipe, l’infrastructure, la voiture est bien née et nous paraît dans le coup même s’il faudra confirmer face à VW et à Mini surtout ». Pour autant l’avenir de cette paire se joue face à deux autres duos : « nous sommes trois équipages à nous partager la seconde voiture : chacun aura trois courses sur les 10 que compte le championnat, et le choix de chaque team se fera au cas par cas selon la surface ou le pays du rallye. Avec Chris, nous sommes sûrs d’être engagés pour le rallye d’Australie. » Pour le reste, Messieurs Prévot et Atkinson cherchent encore un contrat de plus long terme, même s’ils reconnaissent que cet engagement sur Hyundai est « une opportunité unique » : depuis que tout deux ont quitté le WRC en 2008, avoir été contacté par les coréens est « ce qui nous arrive de mieux, pour garder l’entrainement ».

Pour Thierry Neuville, pilote n°1 avec son copilote Nicolas Gilsoul, il y a chez cette jeune équipe une « bonne philosophie : motivation, engagement, rigueur, tout y est, et c’est satisfaisant ». Pour autant, il ne s’attend pas à faire des miracles dès les premières épreuves. Selon lui, « on ne peut pas comparer Hyundai à Volkswagen » : l’un est Champion du monde pilote et constructeur, l’autre a bien moins d’expérience ; 2014 sera pour l’un la saison de la confirmation, quand pour l’autre ce sera l’année de parachèvement du développement de la voiture. M. Neuville est cependant « convaincu qu’en 2015 nous serons en course pour le titre ». En effet, pour 2014 s’ajoute un autre souci pour l’équipage n°1 : « il faudra s’adapter à une voiture que nous n’avons pas développée », puisque ce sont Chris Atkinson, Juho Hänninen et Bryan Bouffier qui effectuèrent les essais en 2013. Ces essais ont eu lieu pendant 15 jours en juillet, mais aussi 2 jours en janvier et encore 3 jours en décembre 2013 En provenance de Ford, M. Neuville assure ne pas avoir de frictions avec son ex-Directeur, Malcolm Wilson : « il comprend » le départ de son pilote, que M. Nandan (son nouveau Directeur) considère comme « le pilote montant de sa discipline ».

Le pilote n°1 de l’i20 WRC est donc à la fois confiant et conscient de ses chances. L’objectif pour 2014 est d’un point de vue communication de « montrer la marque, de faire connaître Hyundai », tandis qu’il ne nie pas que son recrutement comme leader driver malgré son âge plutôt jeune (il est né en 1988) permettra aussi à Hyundai de rafraichir son image en s’identifiant à lui, à l’image de Citroën avec S. Loeb. Plus largement, la question de la motivation de M. Neuville à avoir rejoint Hyundai est limpide : « après cinq ou 6 ans de rallye, j’ai comme plan de carrière d’essayer de devenir Champion du Monde. Hyundai a le même objectif. Alors même si nous ne partons de rien, de zéro, nous sommes en accord pour écrire une belle histoire ». On apprendra aussi que le rallye préféré de M. Neuville est celui de Finlande, où il fut par deux fois très compétitif, même s’il apprécie aussi celui de Nouvelle Zélande.

Après avoir échangé avec un copilote d’un des trois équipages de la seconde voiture, et le pilote de l’équipage n°1, nous avons pu nous entretenir avec le Directeur de cette nouvelle équipe Hyundai Shell World Rally Team, Michel Nandan. Il dirige depuis un an cette nouvelle structure, sous les ordres du Président de Hyundai MotorSport GMBh, M. G.H. Choi. La carrière de M. Nandan avant son arrivée à la tête de l’équipe coréenne est riche : il fut responsable du développement de Toyota en rallye dans les années 1990, puis il rejoignit Opel pour le développement châssis de ses prototypes de DTM; il passa ensuite à la tête du développement technique de la Peugeot 206 WRC, qu’il quitta en 2005, année où il prit la tête du team Suzuki WRC pour la saison et demie durant laquelle le japonais fut engagé. Depuis, proche des instances de la FFSA, c’est Hyundai qui l’a contacté en 2012 pour qu’il s’occupe de la mise en place de l’équipe.

Au total, la nouvelle structure Hyundai Motorsport installée à Alzenau compte 91 personnes, de tous horizons, de 18 nationalités différentes. L’objectif à terme est de rassembler 110 à 120 personnes pour être « au complet ». A l’image de M. Nandan, des français travaillent à cette aventure: S. Girard est à la tête du département moteur (il officia par le passé chez Citroën en Rallye-raid et chez Prodrive) ; B. Vallat est le chef designer du projet i20 WRC, et est un ex-Peugeot Sport. A Alzenau, on ne fait pour l’heure que l’assemblage des prototypes de compétition, conçus sur plans. Des laboratoires de suspension, transmission, et spécialisés dans les matériaux composites sont installés ; en revanche, toutes les pièces dessinées sont usinées par des fournisseurs externes avant d’être acheminées chez Hyundai Motorsport GMBh. Par ailleurs, Hyundai ne disposant pas de banc pressurisé, les essais des réglages moteur se font en altitude.

« Pour 2014, dans la mesure où la réglementation est figée, notre objectif n’est pas de gagner mais d’emmagasiner de l’expérience. C’est pourquoi nous avons fait le choix de pilotes spécialisés sur chaque type de surfaces, pour que l’on récupère le plus d’information possible à chaque rallye« . Ainsi, Dani Sordo sera le pilote de la seconde i20 WRC au Monte Carlo pour son efficacité sur l’asphalte ; Juho Hänninen le remplacera en Suède ; et Chris Atkinson sera bien au volant de la voiture n°2 en Australie comme le confiait son copilote Stéphane Prévot. « Pour l’heure, beaucoup de choses sont à améliorer mais nous disposons déjà d’une fiabilité satisfaisante sur les pièces importantes (moteur, transmissions, trains roulants NDLA). Nous devons maintenant travailler sur les performances, à tous les niveaux : liaisons au sol, ainsi que motricité, puissance du moteur et répartition du régime. A partir du rallye du Portugal nous saurons vraiment où nous en sommes face à la concurrence parce que le Monte Carlo et la Suède sont des rallyes où le choix de pneus influe bien trop sur les performances globales. Mon avis, c’est que nous sommes bien derrière. La question, c’est : de combien ? »

Face à cette prudence toute normale lorsque l’on débute (pour Hyundai) ou que l’on recommence (pour M. Nandan et ses équipes) dans la « catégorie reine », on se permet cependant de brosser le tableau des forces en présence : « il y a peu d’équipes. Ford a une très bonne voiture et de l’expérience, mais ils ne peuvent pas développer leur voiture comme les grands constructeurs. Citroën, qui reste constructeur quand même malgré des économies, a une très bonne voiture aussi, et probablement le meilleur moteur. Volkswagen est au-dessus du lot, avec le meilleur pilote bien-sûr et un travail remarquable de développement dès leur première saison complète pour décrocher les titres. Avec Hyundai, cela fait un championnat avec 3 constructeurs et demi. »

A ce niveau de compétition, la question du budget, secrète, est aussi tabou. Ce ne sont jamais les plus opulents qui remportent tout ; avoir une enveloppe réduite promet sur le long terme un développement plutôt chiche des véhicules. A cette question, M. Nandan répond qu’il fait « en fonction de ce qu’on a, mais c’est suffisant pour développer la voiture et la faire courir sur le long terme. C’est un budget conséquent et surtout acceptable pour faire du WRC, bien qu’il soit forcément limité : à nous de bien l’utiliser ! » On l’aura compris, les objectifs pour 2014 ne sont pas fixés, et ce n’est qu’en 2015 que ce nouveau team se battra franchement pour la gagne : « on n’en est pas encore là » insiste M. Nandan. Réaliste, il l’est aussi face à la passion : « je n’ai pas de rallye préféré… Sauf celui où nous décrocherons le premier temps scratch ! Là oui, ça deviendra mon préféré ! »

L’i20 WRC ne courra qu’en 2014. En 2015 suivra un autre modèle, dont les ingénieurs d’Alzenau ont d’ores et déjà « toutes les données : c’est un nouveau modèle, mais on ne sait pas comment il va s’appeler. Ses dimensions sont bonnes pour la réglementation : ce sont celles d’un véhicule un peu plus gros qu’un segment B ». Gageons donc que cela se situe autour de 4m10, une dimension qui nous rappelle que le même jour à la conférence de presse d’Offenbach était annoncé le concept-car Intrado, dont Peter Shreyer ne cachait pas qu’il annonçait un futur SUV de segment B…

Lors de la présentation de l’i20 WRC, Hyundai exposait aussi deux « anciennes » compétitrices : la Coupé Kit Car et l’Accent WRC. Elles sont les représentantes du précédent engagement de Hyundai en rallye, d’abord en 1998 et 1999 avec la Coupé Kit Car Evo2 qui lors de sa seconde saison finit deuxième au classement général avec les pilotes K. Eriksson et A. Mc Rae. De 2000 à 2003, Hyundai fut inscrit au départ du WRC, au moyen de sa compacte de l’époque, l’Accent WRC. Jusqu’en 2002, la progression fut linéaire, passant de la 7ème à la 4ème place au classement du Championnat, aux mains notamment de Juha Kankkunen. Mais après des restrictions de budget, la saison 2003 voit une rechute à la 6ème place et la fin de l’aventure de Hyundai en WRC. Espérons une carrière plus longue et plus victorieuse pour le Hyundai Shell World Rally Team : l’i20 sera leur voiture au moins pour 2014, les saisons suivantes profiteront de l’expérience engrangée et d’un changement de modèle permettant de décrocher peut-être des premiers podiums et des premières victoires.

Crédit photographique : François Mortier pour BlogAutomobile.fr ; Hyundai (photos des pilotes, dirigeants, et des prototypes de tests)
Entretiens recueillis à Offenbach lors de la conférence de presse de Hyundai en décembre 2013.