Il faut bien se l’avouer : le Peugeot 2008, premier du nom, était quand même assez pépère. On ne peut pas vraiment en dire autant de son successeur…

Un peu d’histoire pour commencer. Voyez-vous, à chaque voiture en cours de développement est associé un nom de code. Ainsi, le Peugeot 2008 fut d’abord connu sous le patronyme A92, le suffixe “2” regroupant l’ensemble des breaks de la marque. Mais du jour au lendemain, bam, le nom de code se mua en A94, avec un “4” désignant…les SUV. Né break, transformé en SUV. Gilles Vidal est peut-être très doué, mais les jeux étaient fait : le 2008 ressemblera à une 208 SW rehaussée.  Je le confesse : je le trouvais très beau lors de sa présentation. Seulement voilà, peu de temps après, j’ai le souvenir être allé à l’Atelier Renault sur les Champs-Elysées découvrir le Captur…qui ringardisa instantanément le SUV Peugeot à mes yeux. Le Renault était fun, avec des couleurs pétantes et de vraies capacités de personnalisation. Tout ce que n’avait pas le 2008, donc. Les clients ont a priori eu la même réflexion que moi et jamais les chiffres de vente du 2008 ne dépassèrent ceux du Captur. Mais nous sommes en 2019 et l’heure est au grand remplacement pour les deux opposants ; si le Captur suit la trajectoire de la Clio en n’évoluant que peu niveau design extérieur, Peugeot a choisi, comme pour la 208, de péter les moules des générations précédentes. Place à un style bien plus expressif :

Expressif, ça oui ; mais je crains que le dessin ne tombe quelque peu dans le domaine du “chargé”. Partout, on trouve des plis, des angles, du chrome, des lacérations. L’œil n’a pas vraiment de quoi se reposer… Reste que la filiation avec la 208 et le 3008 est indéniable. Est-ce que ça vous plaît ? Dites-le moi en commentaire. De mon côté, mon seul vrai regret concerne la calandre, à mon goût bien trop grande et verticale. En tout cas, on ne peut plus dire que le 2008 est effacé…

De nuit, ça claque sévère !

L’intérieur ? De même, archi modernisé et, de même, un peu chargé. L’ancien 2008 avait inauguré avec la 208 de l’époque le fameux concept du i-Cockpit – vous savez, cet ensemble “petit volant + compteurs en hauteur + écran tactile” qui a tant fait couler d’encre à son époque. J’aime bien le i-Cockpit. Je le trouve parfaitement bien exécuté sur les 308 & 508 : c’est moderne, élégant, épuré. Sur le 2008, c’est…un peu différent :

Il y a beaucoup de choses, non ? Ça part un peu dans tous les sens. Sur le point positif, il faut noter une très belle qualité de matériaux et d’assemblage. Pas grand chose à redire de ce côté-là. Les rangements, eux, sont particulièrement nombreux ; une petite pensée pour celui en bas du tableau de bord, qui s’ouvre et fait découvrir un système de recharge par induction ainsi qu’un ingénieux support pour téléphone. L’allongement de 14 cm (soit 4,30 m de long), majoritairement au bénéfice de l’empattement (+ 6 cm à 2,60 m), donne un clair avantage à l’habitabilité. A l’avant comme à l’arrière, rien n’est à signaler que ce soit au niveau de la tête, des jambes ou des épaules. Le coffre, lui, annonce 434 litres sous tablette, soit 21 litres moins qu’un Captur pourtant plus court de 7 cm.

Ce qui me gêne un peu plus, c’est l’ergonomie générale. Il y a beaucoup de fonctions sur un tout petit espace en dessous des aérateurs centraux, et je dois avouer m’y être perdu plus d’une fois. Sans compter que c’est en noir laqué et je déteste le noir laqué : ça ne sert qu’à choper la poussière et les traces de doigt tout en se rayant dès le premier coup de chiffon. C’est non pour moi. C’est également non pour le placage en faux carbone, très qualitatif au toucher certes mais d’une originalité absolument inexistante. Je ne comprends toujours pas pourquoi les designers de la marque refusent de reprendre l’idée des placages en tissu des 3008/5008… C’est tellement plus beau !

Une dernière revue de détails concernant l’habitacle : les écrans. Commençons par celui dédié au conducteur. Peugeot est très fier de reprendre l’idée du i-Cockpit 3D vu sur la 208. Sur le papier, ça claque : les informations sont traitées sur plusieurs niveaux, un peu à la manière d’un hologramme. Ce sera peut-être plus parlant avec un GIF fait maison de déplorable qualité :

Sur le papier, c’est wahou…et quand on monte pour la première fois dans le 2008 également. Et puis, au bout de cinq minutes, bah…on ne le remarque plus du tout. D’un côté ça montre que la technologie est parfaitement mise au point pour que le rendu se fonde de manière ultra rapide dans le paysage, mais de l’autre ça veut peut-être aussi dire que ça ne sert pas à grand chose. Ça me fait un peu penser au volant à moyeu fixe des anciennes Citroën C4 en fait… Dernier point concernant la partie statique : un écran central de 10 pouces est proposé sur les versions haut de gamme. Alors 10″ ça commence à être assez impressionnant, surtout pour la catégorie, mais je vais émettre un petit bémol : la seule différence avec l’affichage de l’écran “normal” de 7 pouces se résume à deux barres à gauche et à droite de l’écran, chacun s’occupant d’afficher la température désirée. C’est très bien lorsque la clim est bizone. Le seul problème, c’est que le 2008 ne dispose que d’une clim…monozone. Du coup au moins un des deux affichages ne sert à rien, et je n’aime pas les choses qui ne servent à rien.

Fini de déblatérer, passons à la partie dynamique. Quand je dis que le 2008 est chargé, je parle au sens le plus littéral du terme : comme le SUV Peugeot repose sur la plateforme CMP, il a logiquement droit à une version purement électrique. Sur le papier, aucune surprise, il reprend mot pour mot les caractéristiques des e-208, e-Corsa et DS 3 Crossback E-Tense. En d’autres termes, on a une batterie de 50 kWh alimentant un moteur de 100 kW/136 ch & 260 Nm de couple. Batterie qui peut se recharger jusqu’à une puissance de 100 kW, pouvant ainsi récupérer 80 % de son autonomie en 30 petites minutes.

Côté style, idem que sur les autres VE de PSA : quasiment aucun changement niveau style. On pourra simplement noter un petit “e” bleu devant le sigle “2008” et des inserts couleur carrosserie sur la calandre ; calandre qui reçoit un lion “dichroïque” (bicolore, quoi). Et c’est tout.

Et côté conduite ? Bah… Je sais pas trop. Le e-2008 était restreint à une boucle de 25 km…avec changement de conducteur au milieu. Un peu plus de dix kilomètres pour juger une voiture, c’est bien évidemment trop peu pour donner un avis objectif et complet. Cependant -et là encore, sans surprise-, j’ai retrouvé deux grandes sensations de conduite qu’au volant du DS 3 Crossback électrique : du peps (sauf en mode Eco) et un frein régénératif bien trop discret à mon goût, même en mode B, sensé augmenter son intensité. Et de découvrir que le 2008 électrique avait un sacré toucher de route.

C’est en prenant le volant d’un 2008 motorisé par un 3 cylindres PureTech de 155 ch que j’ai effectivement pu creuser un peu ce toucher de route. L’agilité est bien là, de même qu’une vraie précision de la direction et des mouvements de caisse remarquablement bien maîtrisés. Le tout sans oublier un confort assez bluffant. Pour continuer sur les félicitations, le silence à bord est de très haut niveau, ce qui nous permet de profiter d’autant plus de l’excellente sono Focal. Non, vraiment, les qualités dynamiques de ce 2008 sont fort louables. Ce qui l’est moins, c’est le moteur en lui-même : le PureTech 155 n’a pas franchement de charisme. Pas grand chose à dire dessus, d’ailleurs. Il est certes plutôt pêchu avec un 0 à 100 km/h expédié en 8,2 s, mais manque salement de caractère. Sans oublier que je me suis rendu compte de quelque chose. Je l’avais déjà suspecté lors de l’essai du DS 3 Crossback PureTech 130 mais j’ai eu ici la confirmation : la boîte auto EAT8 s’accorde fort mal avec les trois cylindres. C’est lent, ça fait des à-coups aux réaccélérations, bref, ça manque d’agrément. Des versions PureTech 130 BVM étaient à l’essai mais le temps m’a manqué pour me mettre derrière le volant. Il faudra s’y repencher…

En revanche, j’ai pu passer un peu plus de temps avec les motorisations diesel. Passons rapidement sur la version de 100 ch en BVM, très peu intéressante : bruyant, manquant de reprises, on ne peut pas dire que j’ai kiffé la vibe. En revanche, et c’est sans doute la plus grande surprise de l’essai, j’ai adoré l’agrément du BlueHDi 130. Vraiment. Couple intéressant de 300 Nm, boîte EAT8 aux petits oignons, c’est pour moi (avec l’électrique) la version la plus désirable de la gamme. On enroule, on joue sur le couple et on profite à fond des qualités dynamiques du 2008. Un super bon moment.

Dernier point sur lequel le 2008 est chargé : les tarifs. On le sait, depuis le 3008, la marque a une certaine tendance à se la toucher sévère niveau tarification et le 2008 ne fait pas exception. Comptez entre 21 500 € pour l’entrée de gamme et 37 000 € (bonus déduit) pour l’extrême opposé : la version GT électrique. Le cœur de gamme se situe autour des 25/26 000 €, ce qui est plutôt élevé par rapport à la concurrence (Renault Captur, Citroën C3 Aircross, Volkswagen T-Roc etc etc). Ça commence à faire…

Qu’en retenir, de ce 2008 ? Déjà que, niveau tenue de route, c’est indéniablement une Peugeot. Notons également une qualité perçue au top, des équipements parfaitement à la page, une vraie diversité au niveau des motorisations. Non, ce qui me gêne le plus, c’est la politique de tarification. Ça passe ou ça casse. Mais au vu des derniers succès commerciaux de la marque, je penche franchement pour un des deux choix…

Crédits photos : Jean-Baptiste Passieux

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