Porsche 962 C (2)

La 81ème édition des 24 Heures du Mans a marqué le 90ème anniversaire de l’épreuve d’Endurance, qui s’est courue pour la première fois en 1923. Atypique et originale, la course proposée par l’Automobile Club de l’Ouest (ACO) voulait se démarquer du Grand Prix de France de l’ACF, plus ancienne épreuve du genre, et qui s’était courue dès 1906 dans la cité Mancelle. Mais le circuit, mal goudronné, ne correspondait pas aux attentes, et le Grand Prix s’était installé très vite à Dieppe puis à Tours. Au tournant des années 1920, l’ACO mit sur pied une nouvelle formule : celle d’une course où chaque voiture aurait un équipage de deux pilotes qui se relaieraient pendant la nuit, sur une course de deux tours de cadrant d’horloge. Les « 24 Heures » étaient nées, et 11 de ses plus belles actrices, des voitures devenues peu à peu prototypes, étaient mises en avant lors de l’exposition des 90 ans baptisée « Les voitures du la légende ». Suivez le guide !

Bentley Speed Six (3)

S’il y avait bien 11 voitures exposées sous le chapiteau, reste que la première vainqueure des 24 Heures, la Chenard & Walcker d’André Lagache et René Léonard, n’y était pas. Permettons-nous un aparté initial à cette revue chronologique, afin de revenir aux origines, car la Chenard & Walker en question était bel et bien présente au Mans, plus précisément au Musée des 24 Heures.

Chenard & Walker Sport

C’est avec une Chenard & Walker de ce type qu’André Lagache et René Léonard remportèrent les premières 24 Heures du Mans. « De ce type » ? Eh oui, la voiture d’origine a mystérieusement disparu, et ce modèle n’en est qu’une réplique, parfaitement fidèle cependant.

Bentley Speed Six

La visite commence véritablement avec la Bentley Speed Six, victorieuse en 1929 et 1930. Le modèle exposé est celle qui termina 2ème en 1930 (n° de châssis HM2868). Avec Bentley, c’est toute l’Angleterre qui se déplace au Mans, au point que l’on dise que « les 24 Heures du Mans sont la plus grande course anglaise en France » ! L’engouement britannique ne s’est pas démenti depuis l’époque des Bentley Boys, à savoir des gentleman drivers fortunés menés par Woolf Barnato et John Duff (affectueusement surnommé « jaune d’oeuf » !), qui soutinrent Walter Owen Bentley pour engager sa marque dans la Sarthe.

La première victoire de Bentley au Mans remonte à 1924, soit la deuxième édition de l’épreuve, qui se signale également par la première participation en tant que manufacturier des Pneumatiques Dunlop. Bentley reviendra au Mans, gagnera en 1927, 1928, 1929 et 1930 ; leur dernière participation victorieuse remonte à 2003 avec la Bentley Speed 8.

Alfa Romeo 8C 2300

Alors qu’elle fut exposée au MotorVillage de Paris, l’Alfa Romeo 8C est également présente au Mans. Le département Histoire de la marque italienne a en effet dépêché le modèle vainqueur de 1931 sur place, n° de châssis 2111002. Entre les mains de Lord Howe et Henry Birkin, engagés sous le n°16, l’Alfa Romeo signe la première d’une voiture italienne au Mans, au bout de 184 tours à une moyenne de 125,735 km/h. Le même modèle Alfa Romeo 8C 2300 remportera également les éditions 1932 à 1934. Si la marque participa jusque dans les années 70 aux 24 Heures, jamais plus elle n’en décrocha la victoire.

Ferrari 166 MM

La victoire de cette Ferrari est synonyme de renouveau à plus d’un titre. D’abord parce que c’est la première victoire d’une Ferrari, et surtout parce que c’est le retour des 24 Heures en 1949, 10 ans après leur interruption consécutive à la Seconde Guerre Mondiale. Le circuit n’avait pu rouvrir dès la Libération, car il avait été fortement endommagé. Avec Luigi Chinetti et Peter Mitchell-Thomson de l’équipe de Lord Selsdon, la Ferrari 166MM n°22 parcourt 235 tours à une moyenne de 132,420 km/h. Plus tard, Ferrari sortira vainqueur huit fois supplémentaires de l’épreuve.

Jaguar Type D

Encore une anglaise dans la Sarthe ! Et lorsqu’elle débarque en 1954, elle arrive avec un équipement que n’ont pas ses adversaires : des freins à disque, innovation de la firme de pneumatiques Dunlop. Le freinage est beaucoup plus efficace sur la Jaguar, que l’on repère bien à son aileron vertical dû à l’ingénieur en aérodynamique Malcolm Sayer. Le modèle exposé en 2013 était le châssis XKD 501, celui de la voiture qui finit deuxième en 1954. Il faudra en effet attendre 1955 pour voir la Type D vaincre au Mans, ce qu’elle fera jusqu’en 1957. Son moteur, un 6 cylindres en ligne 3,4 l de 250 chevaux, ne sera pas reconduit ensuite, la législation limitant la cylindrée à 3,0 l.

Ford GT 40 MkII

Si le défi d’Henry Ford, premier du nom, fut de démocratiser l’automobile pour en faire un produit de consommation courante, le but que se fixa son petit-fils Henry Ford second du nom était beaucoup plus sportif, au sens littéral. Il voulait tout simplement que l’ovale bleu batte Ferrari aux 24 Heures du Mans, qui étaient alors la chasse gardée des « Rouges » au Cheval cabré. En 1966, Ford tient enfin son succès avec la GT40, que la marque a engagé avec 6 équipages différents ! C’est d’ailleurs le châssis 1046 vainqueur en 1966 qui est exposé. Les Américains gagneront quatre fois consécutives jusqu’en 1969 les 24 Heures. Et pourquoi « 40  » dans GT40 ? A cause de la hauteur de sa caisse, 40 pouces, soit 1,02 m.

Porsche 917 K

Née notamment de l’inspiration de l’ingénieur Ferdinand Piëch, la Porsche 917 est pour beaucoup la « Voiture de compétition du siècle ». C’est avec elle que Porsche gagne pour la première fois le classement général en 1970 au Mans, terre où elle décrochera 15 autres succès. La 917 exposée est une 917 K, pour « Kurz », à la différence de la 917 LH « Lang Heck », c’est-à-dire « Longue Queue ». Rapide (406 km/h en pointe pour la 917 LH) ou maniable (917 K), il fallait choisir ! Le record de vitesse moyenne établi par Porsche en 1971 (soit 222 km/h de moyenne) tiendra jusqu’en 2010, le tracé du circuit ayant été modifié entre temps. La voiture présentée était le châssis 023 vainqueur en 1970.

Porsche 962 C

Au milieu des années 80, Porsche met au point la 962 C, dont la lettre finale répond au nom de la catégorie FIA dans laquelle elle s’engage, le Groupe C. Cette 962 C remporte trois fois la course, en 1986, 87… et 94, tandis qu’elle finit deuxième en 1988. D’une puissance de 700 chevaux, la 962 C atteignait les 350 km/h en pointe, pour un poids d’à peine plus de 800 kg. Nous sommes là à des valeurs somme toute proches de ce qu’annoncent les prototypes récents des 24 Heures, sauf que la 962 roule à l’essence et sans batteries électriques ! La version exposée est le châssis 006 vainqueur en 1987.

Mazda 787 B

Beaucoup se souviennent encore du bruit si caractéristique de son moteur ! La Mazda 787 B et son moteur rotatif remportent les 24 Heures 1991, consacrant les longs efforts de la firme Japonaise à faire reconnaître la pertinence de son architecture au Monde de la compétition. Las, les moteurs de type Wankel seront par la suite prohibés. Fiable, rapide, mais aussi extrêmement sonore, le quadrirotor de 700 chevaux portait la 787 B de 0 à 100 km/h en 2,5 secondes, et atteignait les 250 km/h en moins de 10 secondes. C’est la grande gagnante de 1991, le châssis 002, qui est présentée au Mans.

Peugeot 905 Evo 1B

Après avoir gagné en rallyes et en rallyes-raid, l’équipe Peugeot-Talbot Sport de Jean Todt se fixe un nouveau défi à la fin des années 80 : dompter les courses d’endurance et la première d’entre elles, les 24 Heures du Mans. C’est en 1992 que l’objectif est atteint, avec la première victoire sur place de Peugeot avec la 905, qui viendra de nouveau l’année suivante signer un triplé. En 17 courses, la 905 remporte 9 succès. Le châssis exposé, l’EV16, est celui de la gagnante de 1993, propriété de Rupert Clevely, et pilotée par le trio Christophe Bouchut/Eric Hélary/Geoff Brabham.

Audi R10 TDi

Toutes les voitures exposées précédemment carburaient à l’essence. Or, au milieu des années 2000, Audi, marque connue aussi pour ses diesel « TDi », décide d’exploiter les possibilités ouvertes par le gazole, permettant notamment un gain de consommation donc de temps consacré aux arrêts ravitaillement, plus espacés. Le diesel avait déjà couru en 1949, mais c’est en 2006 qu’il signe une victoire avec le châssis R10-103, exposé au Mans. Depuis cette date, les prototypes vainqueurs en LMP1 ont tous carburé au gazole…

Audi R18 e-Tron Quattro

Après la victoire du diesel, Audi décroche la première victoire d’un prototype à motorisation Hybride avec sa R18 e-Tron Quattro en 2012. Dans une course qui devait la voir s’opposer aux Peugeot 908 HY4, c’est finalement des Toyota TS030 que le team Joest dut se méfier. Première victoire « écologique », du moins avec un souci franc de réutiliser la colossale énergie cinétique régulièrement engrangée aux freinages, la R18 e-Tron Quattro s’est de nouveau imposée en cette année 2013. Le châssis exposé était la R18H-208, vainqueur en 2012, et exposée lors du Mondial de l’Automobile.

Mais que seraient ces bolides sans leurs photos de gloire ? C’est lorsqu’ils sont en mouvement qu’ils font des miracles. Voici donc, pour chacune et quelques autres, des clichés « d’époque »…

Cette rétrospective, courte mais efficacement synthétique, permit de brosser 90 ans d’une histoire marquée par les évolutions techniques et technologiques, ainsi que par une professionnalisation intense d’une épreuve devenue mythique où s’affrontent non plus de simples gentlemen drivers mais de véritables armadas adossées à des constructeurs. Rendez-vous en 2023 pour les 100 ans des 24 Heures du Mans !

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Crédit photographique : François Mortier

Retrouvez à ce lien l’article de Romuald qui prit lui aussi en photos les prototypes, à leur départ de l’exposition.