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Ah, la griffe DS… Censée représenter le luxe et le savoir-faire à la française, elle souhaite, par ce biais, pouvoir se frotter aux premiums allemands (entre autre). Par exemple, avec cette DS4, Citroën aimerait bien titiller les Mercedes Classe A, Audi A3, et, tant qu’on y est, Volvo V40, Alfa Giulietta et Lexus CT200h. Mission réussie ?

 

Premium à l’extérieur ?

Dans le sens « valorisante », oui, plutôt. La DS4, du moins avec toutes ses options (jantes 18’’, baguettes latérales, feux xénon…) et ce joli Bleu Bourrasque, se montre plutôt cossue, avec sa calandre proéminente, ses antibrouillards surlignés par les feux de jour en virgule, le capot  nervuré et, bien sûr, l’indispensable petit logo DS au-dessus des chevrons. Les flancs sont agréablement accompagnés d’une petite baguette ton carrosserie (hélas en option) qui, bien que discrète, donne une touche chic à l’ensemble et remplit efficacement le côté latéral. L’arrière, quant à lui, est toujours aussi séduisant à mon goût, tout en courbes, avec la fausse sortie d’échappement chromée (la vraie se cache derrière le pare-choc, bien à l’abri des regards). D’une façon générale, le chrome est assez présent mais n’est jamais ostentatoire, attirant le regard sans toutefois tomber dans le racoleur.

Concernant la hauteur de la voiture, elle est due à son positionnement : pour faire simple, les concepteurs de la DS4 se sont rendu compte que les gens aimaient le style d’un coupé, l’habitabilité d’une compacte et la position de conduite en hauteur d’un 4×4. Ils ont donc passé ces 3 silhouettes au mixer et ont sorti la DS4 : une base de C4 (pour le côté compacte), des portes arrière avec poignées cachées (pour le coupé) et une garde au sol un peu réhaussée. Mais, surtout dans cette livrée foncée, ces quelques centimètres supplémentaires sont très discrets, et il faut vraiment se focaliser sur les passages de roues pour remarquer qu’elles sont un peu plus vides que d’habitude. Pour continuer sur les roues, les jantes sont, comme toujours avec Citroën, magnifiques. Mais ce mélange des genres n’apporte pas que des avantages : les portes arrière offrent une découpe très torturée, très peu large en bas et, au contraire, dangereusement longue et pointue à l’autre extrémité, la faute à la poignée implantée dans la continuité du vitrage. Il faut cependant remarquer que cette découpe ne gêne que très peu l’accès à bord, et c’est sans doute le plus important.

 

Premium à l’intérieur ?

C’est ici que les choses se gâtent un peu. Non pas à cause de la qualité des cuirs ou des différents matériaux, tout à fait satisfaisants (comme par exemple la belle coiffe de planche de bord, intégralement reprise de la C4). Non, le souci vient plutôt des équipements et de l’ergonomie générale. Sur une Audi, une BMW ou une Volvo, même en piochant dans les options, vous aurez quasiment toujours accès à un toit vitré panoramique, une caméra de recul, un système GPS évolué (parfois même connecté), des aides à la conduite avancées avec une multitude de radars surveillant constamment la distance avec le véhicule de devant, capable de freiner la voiture d’eux-mêmes, pouvant réaliser un créneau parfait ou encore savoir décrypter les panneaux de signalisation. Sur la DS4, rien de tout ça : tout juste aurez-vous droit à l’avertisseur de franchissement involontaire de ligne (AFIL pour les intimes, qui vous fera vibrer la fesse droite ou gauche, suivant le côté où vous mordez), un détecteur d’angle mort et un GPS aux graphismes complètement dépassés, et encore, en option. Continuons avec le GPS, tout sauf intuitif, avec d’interminables menus, sous-menus et sous-sous-menus… L’absence de commande vocale et de dalle tactile rend en outre les entrées d’adresse longues et pénibles. Même les actions les plus basiques, comme connecter son téléphone via Bluetooth ou afficher, sur un même écran, station de radio et carte GPS prend des allures de parcours du combattant. Le volant est du même acabit, avec pas moins de 4 molettes et 12 boutons… Combien de fois ais-je modifié la source du système audio en voulant augmenter le volume ? Le régulateur/limiteur est lui aussi mal fichu car je ne suis pas arrivé à fixer le dispositif à la vitesse à laquelle j’évoluais : je devais sélectionner la vitesse à partir d’allures présélectionnées… Au final, autant de moyens qui nous obligent à quitter la route des yeux, ce qui n’est pas forcément le but recherché lorsqu’on conduit. Mais bon, consolons-nous avec l’habitabilité très satisfaisante et le coffre vraiment généreux, même si son accès est assez haut perché.

 

Premium à conduire ?

Contact. Le bloc essayé, le HDi 135 (dernier arrivé dans le gamme), s’ébroue assez discrètement. Ce diesel, uniquement proposé sur la DS4 en boîte manuelle avec la seule finition intermédiaire So Chic (vive le choix), permet à la Citroën de passer de 0 à 100 km/h en 9,4 secondes et promet une consommation moyenne de 5,1 l/100 kms. Lors de mon essai, en conduisant très sagement sur des parcours variés, alternant villes, routes et autoroutes, l’ordinateur de bord n’en n’aura affiché pas moins de 6,7… Ce qui reste relativement raisonnable, mais qui aurait pu être amélioré si le moteur avait reçu l’excellent et très discret Stop&Start maison. Concernant les impressions de conduite, ça commence mal lorsqu’on prend en main le volant : sa jante est beaucoup trop fine pour inspirer une quelconque impression de qualité et donc de « premiumitude » (oui, on aime bien inventer des mots au BlogAutomobile). Pour continuer avec le volant, la direction est très (trop ?) légère et isole totalement de la route : on l’aura donc compris, la conduite un brin sportive n’est clairement pas la tasse de thé de la DS4.

On prend donc la direction de l’autoroute, passe la sixième, (essaye) d’enclencher le régulateur à 130 et on se laisse porter, assis dans les fermes mais confortables sièges. Les 135 chevaux n’ont aucun mal à relancer efficacement la Citroën dans les côtes (il faudra juste penser à rétrograder sous 1 500 tr/min, le moteur étant -comme d’habitude- un poil creux à ces régimes) et on se rend compte très rapidement que la DS4 est parfaitement dans son élément. Les sièges chauffants et massants (basiquement, le réglage lombaire qui monte et qui descend) achèvent de vous sentir à l’aise. Mais bon, force est de constater qu’on s’ennuie un peu à son volant…

Mais si l’autoroute est son terrain de prédilection, elle ne se déshonore pas non plus en ville, où, bien aidée par un rayon de braquage assez court et un bloc souple, elle se trouve ici aussi très agréable à conduire. C’est juste au moment de se garer qu’on peste envers l’absence de caméra de recul, étant donné la visibilité arrière plus que limitée… Heureusement, la taille respectable des rétroviseurs et les radars de recul permettent de s’en tirer sans trop de soucis.

 

Premium dans ses prix ?

Facturée à partir de 22 490 € en finition de base Chic, la DS4 s’affiche, avec le HDi 135, dès 28 100 €. Comparée à une A3, une Classe A ou une V40 à puissance et équipements équivalents, la française est environ 1 000 à 2 000 € moins chère que ses rivales premiums. Mais si sa concurrente la plus féroce se trouvait être… Sa propre sœur ? Car, si les DS3 et DS5 offrent une réelle complémentarité avec les modèles équivalents dans la gamme C (soit, respectivement, C3 et C5), la DS4, comparativement à la C4, ne peut qu’offrir moins d’aspects pratiques (places arrières plus compliquées d’accès, coffre plus réduit) sans pour autant innover au niveau des équipements (aucun n’est spécifique à la DS4) ou apporter un quelconque plus au niveau des sensations de conduite. Et payer environ 2 000 € de plus uniquement pour une présentation un peu plus cossue, ça fait quand même réfléchir…

 

En conclusion, je suis tout de même plutôt déçu par cette DS4 : bien que très loin d’être une mauvaise voiture, elle veut se frotter aux premiums mais ne s’en donne pas les moyens. Elle se retrouve donc en concurrence frontale avec la C4, certes plus typée « papi », mais offrant objectivement plus pour moins cher. Elle se retrouve aussi prise en sandwich entre ses deux sœurs, les DS3 et DS5, nettement plus connues et charismatiques qu’elle. Ajoutons aussi (mais c’est nettement plus personnel) des campagnes de publicité moyennement réussies, entre la campagne de lancement, certes très graphique mais finalement relativement dénuée de sens, voulant réapprendre au téléspectateur à dire « non », et l’autre, préférant une teinte mate à l’enseignement de la philosophie… Pour remonter la barre, il est donc urgent que Citroën implante les équipements high-tech vus notamment sur le C4 Picasso (écran tactile, caméra de recul, régulateur semi-adaptatif…) pour espérer progresser dans les ventes et commencer à inquiéter ne serait-ce qu’un minimum les ténors de ce segment très concurrentiel.

Crédit photos : Jean-Baptiste Passieux

Merci à Citroën pour l’aimable prêt.