C’est LA grande question qui revient chaque année aux alentours de février : “et toi, comment tu descends à Genève ?”. Si certains prennent un Lyria ou d’autres l’avion, beaucoup choisissent la voiture, de préférence une grande routière, pour rejoindre le salon helvétique. Ainsi, pendant que Thomas avalait les kilomètres à toute berzingue dans sa sublime CLS, je répondais à une drôle d’invitation de Peugeot : rallier Genève depuis Mulhouse…en 205. Récit d’un drôle de road-trip.

C’est sous une météo relativement peu glamour que le TGV nous arrête en gare de Mulhouse. Qu’importe, après un court transfert vers l’usine PSA de la ville (d’où sortent les 2008, DS 7 Crossback et la nouvelle 508), mon coeur s’illumine : devant nous, dix 205 comme neuves se présentent à nous, clé sur le contact. J’avais grand hâte de participer à ce road-trip ; d’une part parce que c’est toujours intéressant de conduire des autos plus vieilles que soi (j’ai encore des souvenirs émus de la MX-5 NA), mais aussi parce que mes premiers souvenirs automobiles se passent à bord de la 205 GT de ma mère. Peut-être est-ce là, sur cette banquette arrière, qu’est née mon inébranlable passion pour l’automobile ?

Déception : de 205 GT je n’en conduirai pas, le modèle disponible étant réservé à un autre groupe. Qu’importe ! On va commencer tout en douceur, puisque les premiers kilomètres sur les 286 prévus s’effectueront à bord d’une…206. Mais une Quicksilver, s’il vous plaît. Que dire de cette auto qui prolifère encore dans nos rues ? Déjà, elle confirme que le style des modèles x06 Peugeot se bonifie avec l’âge. C’est simple, élégant, sans fioriture mais avec une certaine classe qui me plaît beaucoup. A l’intérieur, il y a des airbags, une radio CD, un ABS, des sièges enveloppants : bref, on est sans aucun doute à bord d’une voiture moderne. Le seul souci ? Le volant n’est pas réglable en profondeur, ce qui peut aboutir à une position de conduite un peu scabreuse si jamais vous avez de longues jambes.

Une grosse demie-heure passée derrière son volant confirmera bien que oui, la Peugeot 206 est une voiture moderne : en termes de commandes, de vibrations, de bruits ambiants, il n’y a finalement pas grand chose à redire. On comprend un peu mieux pourquoi elle s’est vendue depuis 1998 à environ…dix millions d’exemplaires !

Mais bon, nous sommes venus pour essayer des 205, ne l’oublions pas. C’est l’heure d’attaquer les choses sérieuses ! Une rutilante Peugeot 205 dans sa série limitée Champion nous attend. Une rare série spéciale de 1990 tirée à 4 500 exemplaires qui, malgré sa pimpante carrosserie rouge, sa moquette et ses ceintures de la même couleur, ses damiers un peu partout et son volant de GTi, n’embarque que le 1.1 essence de 55 ch & 89 Nm de couple. Du coup, je reprends rapidement les réflexes appris à bord de la Micra familiale (RIP) : à fond, tout le temps ! 

Et c’est quand même sacrément drôle de cravacher non stop une voiture. Surtout lorsqu’elle ne pèse que 765 kilos ! On la croirait presque vivante, sautant avec joie de virage en virage dans les contreforts des Alpes Suisses. Grand luxe : nous avions même une boîte à cinq vitesses, permettant au moteur de ne pas trop hurler quand on prenait de la vitesse. Une bien belle mise en bouche, qui nous fait sacrément saliver concernant la suite…

Une suite qui, hélas, pourrait tout à fait être nommée “A la recherche du temps perdu“. Ainsi, lorsque l’heure est venue de changer de monture, on nous avertit qu’on est beaucoup trop en retard sur le planning pour se permettre de changer de conducteur. Tant pis, je découvrirai la prochaine 205, une Lacoste, depuis le siège passager. Très chic, d’ailleurs, cette Lacoste ! Avec sa teinte immaculée, sa moquette verte et ses détails rappelant l’univers du tennis, elle préfigure ce qui deviendra les célèbres séries spéciales Roland Garros de la marque. Sous le capot se cache un 1.4 essence de 60 ch. Cinq chevaux supplémentaires par rapport à la Champion donc, qui semblent -toujours du point de vue du passager, s’entend- donner un peu plus d’allant à la 205.

Une fois le repas englouti, la route se rappelle à notre bon souvenir et je suis content parce qu’à côté de mon nom s’inscrivent trois petites lettres qui veulent dire beaucoup : C, T, i. Eh oui ! Je vais conduire la version cabriolet de la mythiquissime 205 GTi, ici dans sa version 1.6 de 115 ch. C’est donc tout excité que je découvre les sièges (presque) baquets, la moquette rouge, le petit volant. On part et je commence à découvrir un p’tit caractère bien fougueux comme on aime, avec un moteur qui ne demande à monter dans les tours et une commande de boîte de vitesses parfaite. Et…on nous arrête un peu en catastrophe au milieu des champs, nous demandant de faire demi-tour – et de changer de conducteur, après à peu près cinq kilomètres depuis le restaurant. C’est donc sur le siège passager que j’apprécierai le reste de la balade.

Je n’aurai pas beaucoup d’impressions de conduite non plus à propos de la suivante, la terrible version Rallye et son 1.3 de 102 ch…puisque je ne l’ai pas conduite. C’est donc cette fois sur la banquette arrière que je me remémore une partie bien précise de ma vie. Je vous ai un peu menti en ne vous disant que je ne connaissais que la 205 GT de ma mère. Non, voyez-vous, il se trouve que j’ai vécu quelques mois dans la charmante (lol) ville de Montbéliard où, chaque matin, mon poto Guillaume venait me chercher dans sa 205 Rallye et son pot…pas très légal – ce qui m’arrangeait : je l’entendais arriver à l’autre bout de la rue, ça me permettait de me préparer. Bon, elle a fini dans un champ sur le toit, mais passons sur ce fâcheux détail.

Du coup, c’est quoi une Rallye ? C’est, en gros, une 205 GTi qui se veut être, comme son nom l’indique, homologable en rallye dans la catégorie “moins de 1.3 L de cylindrée” avec le moins de modifications et au prix le plus serré possibles. Du coup, ça veut principalement dire qu’on vire tout ce qui n’est pas nécessaire. Ciao ciao les phares additionnels, les aérateurs centraux, le becquet de hayon, les jantes alu, les baguettes latérales et leurs liserés, l’essuie-glace arrière, les vitres électriques, le pré-équipement radio, le manomètre d’huile, le cendrier arrière et l’éclairage de coffre. Le poids tombe donc à 790 kg (soit tout de même 60 kg de gagnés), ce qui, couplé à un châssis quasiment identique à une GTi 1.6, promet beaucoup de fun. Ce sera pour une prochaine fois !

Allez, on passe à la dernière du convoi. Et c’est du lourd : il s’agit d’une GTi i16V préparée par Gutmann. Par qui ? Gutmann ! Un préparateur allemand qui a manifestement un peu craqué et a décidé de mettre un moteur de 405 Mi16 dans une 205. 160 ch, 220 km/h de pointe… Ça promet du velu. Ce qui est cool, c’est que c’est à moi de la conduire. Ce qui l’est moins, c’est que la totalité du chemin que je parcourrai sera de l’autoroute. Au moins, je peux dire que les bretelles d’accès sont avalées comme un rien…

Eeeet le Palexpo nous fait désormais face. L’heure est venue de laisser nos 205 sur le parking et d’aller découvrir les dernières nouveautés genevoises… Que retenir de ce road-trip ? Un peu de frustration, évidemment. Mais énormément de bons souvenirs, également ! C’était ma première fois au volant d’une 205, et j’espère que ce n’était pas la dernière. C’est marrant de voir à quel point les voitures populaires peuvent créer ces instants de complicité entre elles et le conducteur. Maman, quand je serai grand, moi aussi j’aurai une 205 !

Crédits photos : Nicolas Zwickel pour Peugeot

Merci à Peugeot pour cette belle idée !

Je suis sur Twitter : @JBPssx.