En marge du Goodwood Festival Of Speed, nous avons été conviés par Maserati à essayer le millésime 2019 du Levante. N’en déplaise à certains et pour couper court avec quelconque forme de suspense, c’est une véritable Maserati. Notamment du fait qu’au lieu de reposer sur une plate-forme Jeep, également propriété du groupe FCA, le Levante est grâce à feu M. Sergio Marchionne (qu’il repose en paix) issu d’une base de Maserati Ghibli dont il reprend d’ailleurs les motorisations. Essai du V6 S de 430 ch et zoom sur les nouveautés du nouveau millésime.

Les deux véritables nouveautés attendues pour 2019 sont sous le capot, avec l’apparition de deux versions plus péchues équipées du V8 3.8 L maison qui équipe déjà l’intemporelle Quattroporte (que nous avons d’ailleurs essayée en version GTS ici) : le Trofeo développant 590 ch permettant d’abattre le 0 à 100 km/h e 3,9 secondes et le GTS, présenté quelques heures à peine avant que nous n’atterrissions de l’autre côté de la Manche, équipé lui aussi du V8 quelque peu dégonflé à 550 ch et auteur d’un 0 à 100 km/h en 4,2 secondes. Avec ces deux nouveaux niveaux de motorisations, le Levante pénètre enfin le marché des SUV “ultra-sportifs” (vous me pardonnerez les guillemets) et n’a plus à rougir de ses entrailles face à une concurrence décidément très en forme : Porsche Cayenne Turbo S, Bentley Bentayaga ou plus récemment Jaguar F-Pace SVR et Lamborghini Urus. Le reste de la gamme est composé d’un moteur Diesel (V6 3.0L de 275 ch) et de deux niveaux de puissance pour le V6 3.0L essence, 350 pour le Levante et 430 ch pour le Levante S. Tous trois peuvent en outre opter en option pour le pack GranLusso ou GranSport, selon votre personnalité ou tout simplement vos envies.

Le millésime 2019 se distingue principalement par deux détails : le bouclier avant dynamisé notamment sur la finition GranSport et, ô grande nouveauté immanquable, un nouveau levier de vitesses, emprunté au cousin Alfa Romeo Stelvio (que vous pouvez d’ailleurs retrouver à l’essai ici, ici, ou encore en version QV). Mais comme nous n’avions pas encore eu le privilège de prendre le volant du Levante auparavant (enfin si, Damien lors d’une session tout-terrain et moi lors d’une session glisse sur glace), histoire de vous proposer un véritable essai complet j’entends, attardons nous quelques minutes sur la plastique de l’engin. Pour la ligne générale, sans vouloir céder à la pression incessante du SUV-bashing, je m’excuse par avance, mais ça reste un SUV. Un SUV oui, mais aux lignes dynamiques et Imposantes avec exactement 5 mètres et 3 petits millimètres de long, 1,97 mètres de large et 1,68 mètre de haut. Et le secret d’une ligne si dynamique malgré l’absence de réelle révolution dans le design, c’est le sens des proportions. 5 mètres de long pour 1,68 de haut, et vous obtenez ce que beaucoup de constructeurs cherchent désespérément à créer : une sorte de SUV Coupé. Car je dois bien avouer qu’auparavant, le design du Levante m’avait fortement déçu, je lui associais un fort manque de caractère. Mais une fois devant lui, je dois bien me rendre à l’évidence : Maserati a réussi son coup en proposant une ligne élégante et musclée, qui crie haut et fort son appartenance à la gamme au trident. La face avant malgré des optiques très fines est massive avec un bouclier avant acéré spécifique à la finition GranSport et reprenant le dessin inauguré sur la version Trofeo. Le profil est surligné au niveau des ailes arrières avec une belle arrête saillante tandis que les traditionnelles triples ouïes prennent place sur les ailes avant. Enfin, la poupe est d’une simplicité assez déconcertante et c’est pour moi la partie la moins réussie de l’auto, bien que jupe arrière donne un peu de personnalité à l’ensemble et laisse sous-entendre le nombre d’équidés à disposition du conducteur.

Après quelques kilomètres parcourus sur l’autoroute au volant de la version Diesel, mais pas forcément révélateurs du caractère du Levante, je prends possession avec plaisir de la version V6 S, ici en finition GranSport dans un magnifique Blue Emozione (on aime le bleu chez Blogautomobile !) monté sur des jantes Anteo noires de 21 pouces, le bon goût aurait été complet avec des jantes grises et des étriers rouges. Et comme l’association bleu/tabac fonctionne toujours, Maserati a eu la bonne idée de suivre la tendance avec un habitacle tendu de cuir perforé Pleine Fleur Cuoio et paré d’incrustations carbone sur la console centrale et les portières. Les possibilités de personnalisation sont multiples et le millésime 2019 inaugure d’ailleurs une nouvelle palette de teintes aux effets les plus précieux, je ne me souviens d’ailleurs plus du nom exact du rouge sur la maquette. Ces essais organisés de main de maitre ont permis à quelques privilégiés dont j’ai fait partie de “vivre l’expérience Maserati” à travers des visites, des saveurs et des rencontres hors du commun telles que celle des designers Couleurs & Matières de la marque qui à travers leur discours passionné et leurs yeux illuminés par la perspective de travailler pour cette entreprise chargée d’histoire ont su nous convaincre que comme je l’affirmais quelques lignes plus tôt, le Levante est une véritable Maserati.

Une véritable Maserati qui n’a pas oublié de se mettre au goût du jour côté technique et technologie puisque là aussi, la compétition fait rage sur le segment, et les ténors de la catégorie n’entendent laisser aucune chance aux italiens qui commencent également à vouloir profiter de la poule aux oeufs d’or mais qui doivent faire face à une clientèle habituée à la rigueur germanique et qui ne laissera rien au hasard.

  • Techniquement, le Levante dispose des dernières avancées en la matière. Le système de transmission intégrale Q4 qui laisse la main aux roues arrières la majeure partie du temps lorsque les conditions le permettent est secondé par une suspension pneumatique dynamique qui dispose de 3 niveaux de réglage de hauteur de caisse : Sport, Normal et Offroad. Suspension d’ailleurs paramètrable indépendamment du mode de conduite.
  • Technologiquement, CarPlay a fait son apparition chez Maserati et le MTC+ offre d’ailleurs une prise en main assez facile bien qu’il arrive régulièrement de chercher un réglage dans les menus nombreux et interminables. L’écran TFT est également facilement impacté par la luminosité ambiante et sa lecture s’en trouve altérée fréquemment.
  • Enfin du côté des ADAS, la panoplie est tout à fait complète avec surveillance des angles morts, aide au freinage d’urgence, aide au maintien sur la voie de circulation, régulateur de vitesse adaptatif et le système d’assistance à la conduite sur autoroute qui mêlant l’ensemble de ces systèmes fait un pas de pus vers le véhicule autonome. Une Maserati autonome vous y croyez vous ? Encore une couche, le Maserati Stability Program, nouveauté commune au reste de la gamme depuis début 2018 consiste en une espèce d’ESP actif en agissant sur les freins mais également sur le couple moteur. Vous en voulez plus ? C’est tout ce que j’ai dans me besace à cette heure.

Mais une vraie Maserati, c’est aussi un bruit. Et je pense que vous me croyez sans mal si je vous dis que c’est ce qui me manquait avec le Diesel. Le V6 ne trahit pas ses ainés, même si certains lui reprocheront qui manque encore 2 cylindres. Ce dernier est en tout point identique à celui installé dans la Ghibli et la Quattroporte pour vous rappeler des références plus familières, et je n’ai sans doute pas été le seul à louer ses vocalises. Un peu artificielles toutefois car on entend nettement la différence en pressant sur le bouton magique actionnant le mode Sport. Sur voie rapide, la suspension pneumatique me rappelle ce qu’il y a de meilleur dans un SUV équipé de cette technologie, il effleure littéralement le bitume dans un feulement aiguë loin d’être désagréable. Discret mais onctueux, chantant mais pas sauvage, le V6 donne des envies de folies, chopper les palettes (pas aussi large que la GranTurismo) à pleines mains et enfoncer la pédale de droite en empruntant le chemin des écoliers. Malgré des envolées lyriques à n’en plus finir, la nature de l’engin se fait vite sentir et ses plus de 2 tonnes sur la balance sont difficiles à freiner à haut rythme. La suspension pneumatique qui dispose de nombre d’avantages avec le confort de roulement en chef de file, fournit un toucher de route inhabituellement doux et trop filtré pour tenter le diable sur route ouverte, d’autant que chacun des mouvements de caisse qui mesure plus de 5 mètres je le rappelle peut se traduire inévitablement par l’occupation des 3/4 d’une route toute entière avec trop d’optimisme. Optimisme qui se ressent également au compte tours car la zone rouge est atteinte rapidement, sans hurlement particulièrement significatif du V6 indiquant la nécessité de passer au rapport supérieur de la boite ZF. Zone rouge que l’on ne peut d’ailleurs que chatouiller, à peine, puisque chaque tentative de dépassement du seuil limite se traduit par un essoufflement désagréable, comparable à un troupeau de moutons enragés qui mettraient fin à leur course brutalement en voyant le chien berger changer de direction. Ce sera donc du dynamisme mesuré qui ne grève toutefois pas mon plaisir puisque c’est bien ainsi qu’il dévoile son potentiel, le transport routier à haute vitesse. Je crois que la Mafia italienne a trouvé son nouveau poulain… (je tremble déjà à écrire ces lignes).

Sauf que nous sommes en Maserati, et ce fameux chemin des écoliers ne nous mène finalement pas au doux foyer familial mais bien dans des lieux d’exception tel que le très mystérieux château Highclere Castle (hôte de la fameuse série Downton Abbey) ou la distillerie du Gin Bombay Sapphire. Découverte du patrimoine, d’une fameuse Garden Party à l’anglaise ou encore de la grande cuisine locale, c’est donc cela la vie en Maserati ? Au quotidien ? Bien évidemment vous n’aviez d’yeux que pour Madame lors de ce genre d’échappées, l’heure est maintenant venue d’emmener les 3 enfants avec !

Aurai-je oublié quelque chose ? Le prix ? Quelle vulgarité… Bon, dans l’oreille alors. 76 200 €, c’est le prix d’appel, pour le V6 Diesel. Pour obtenir l’équivalent de notre configuration présentée sur ces quelques lignes, il faudra débourser près de 117 000 €. Une broutille pour la vie de château.

Merci infiniment à Maserati et à Angélique pour l’invitation,
Crédits Photos : Maserati & Maurice Cernay