On peut le dire sans les vexer, car ils sont au courant : l’ancien Koleos était une catastrophe. Moche et sans grâce, il s’est pris un gros bide commercial. Heureusement, le nouveau est nettement plus convaincant. Tellement, d’ailleurs, que c’est une vraie bonne surprise. Essai de la version la plus huppée, l’Initiale Paris avec le dCi 175, la boîte CVT et la transmission intégrale…

Je ne sais pas si vous êtes au fait de la vie des grandes entreprises, mais globalement, c’est rempli de cadres moyens qui font des réunions. En fait, ils ne font pas que ça : littéralement, ils VIVENT en réunion, avec des agendas surbookés sur les six mois à venir. Du coup, ils sont fatigués, surmenés, plus trop concentrés sur ce qu’ils font (les ravages du multitasking) et à un moment, forcément, tout part en couille.

C’est écrit dessus…

D’ailleurs, que la légende urbaine dise que Koleos, en grec, ça veut dire « vagin » et qu’en latin, ça veut dire « couille », ce n’est pas très  grave. Une langue, c’est riche, ça évolue en permanence. Et puis, après avoir sorti une voiture qui s’appelle Poire, en sortir une autre qui s’appelle Couille : bravo Renault, enfin une marque rock’n roll, dans l’univers aseptisé d’aujourd’hui !

Par contre, que, lors de l’une de ces innombrables réunions, une équipe présente ça :

… et que tout le monde dise : « c’est super, coco, on la fait et on va se gaver ! », ça illustre les ravages du surmenage.

Du coup, ce qui était attendu arriva : bide commercial (en France, car il s’est quand même un peu vendu dans le reste du monde et notamment en Corée, où en réalité il était un Samsung SM5 et où les gens l’ont acheté par atavisme) et zéro contribution positive à l’image de Renault sur le segment. Bref, un ratage.

Hallelujah !

Sauf qu’à un moment, les mecs ont réagi. Bon, ils ont gardé le nom (sic) mais ils ont conçu une toute nouvelle auto : basée sur une plateforme moderne (celle des Kadjar et Espace) et dotée d’un look qui interpelle (comme nous avons déjà eu l’occasion d’en débattre, le blogessayeur de base arrive à saisir si une auto interpelle ses contemporains) et nul doute que dans ce coloris clair, avec ses belles jantes de 19 pouces et sa signature lumineuse si particulière, le Koleos ne passe pas inaperçu, avec ses airs de Talisman break réhaussé et body-buildé. Ce qui constitue une première belle victoire, tellement l’ancien méritait d’être illustré à l’entrée « insignifiance » de l’Encyclopédie Universalis.

Il faut dire que c’est, en fait, un beau bébé. Je m’en rends compte dans le trafic parisien : ses formes bulbeuses ne sont pas super évidentes à prendre en compte au début et on a l’impression que le Koleos déborde de partout ; c’est vrai qu’il fait 2,01 mètres de large avec les rétroviseurs et dans Paris, ça compte. En même temps, avec 4,67 mètres de long et des ailes rebondies, il en impose un peu, ce Koleos II. Et il fait aussi plus de 1800 kilos dans cette version d’essai…  Ah ouais, quand même. Autre bon point : côté look, impossible de dire que c’est le cousin technique du Nissan X-Trail, construit sur la plateforme CMF/C-D de l’Alliance.

Et à l’intérieur aussi : dans cette finition Initiale Paris, l’espace à bord est juste gigantesque. L’empattement de 2,7 m laisse sur la banquette arrière de quoi emmener quelques Harlem Globe Trotters (qui seront ravis d’avoir deux prises USB et une prise 12V) et le coffre, qui va de 542 à 1677 litres, permet de faire ses courses. La banquette, par contre, est peu modulable.

L’intérieur, avec les sièges en cuir bi-ton de cette version Initiale Paris, est d’une belle présentation et d’une belle finition, avec de jolis inserts bien qualitatifs.

Sur ce Koleos, Renault a conservé la grande tablette tactile et verticale que l’on retrouve sur l’essentiel de la gamme, des Megane, Espace et Talisman. Du coup, rien à dire sur l’ergonomie, qui certes demande un tout petit temps d’adaptation pour bien gérer la dalle tactile. Dois-je vous dire que les sièges (ventilés et chauffés) sont super confortables, que la position de conduite idéale se trouve facilement, que la première envie que l’on ressent au volant de gros engin, c’est d’aller tailler la route ? Car le cuir est de bonne qualité, les appuie-tête sont bien enveloppants, on se sent bien.

Je t’aime moi non plus

Pourtant, le Koleos mkII ne fait pas de zèle sur les motorisations. Pas d’essence au programme (alors que le 1.8 225 ch fonctionne carrément bien dans l’Espace, essayé pour vous ici), seulement deux Diesel sont proposés : un 1.6 de 130 chevaux et ce 2.0 de 175 chevaux, de mon modèle d’essai. Côté transmission, le petit moteur n’a droit qu’à la BVM6 tandis que le gros vient avec une CVT, tandis qu’il peut être aussi, et c’est suffisamment rare dans un véhicule français pour le signaler, être dispo en 4×4. On notera que Renault a ressorti un vieux moteur, car le 1.6 dCi biturbo est pourtant au catalogue et en plus il délivre son couple maxi plus tôt que sur le 2.0…

C’est la version CVT que j’avais à l’essai : or, je hais les CVT. Une des dernières fois que j’en ai essayé, dans des Honda Jazz et Honda HR-V, c’était presque horrible, avec ce moteur qui hurle à pleine charge et le sentiment d’être là-desssus :

Bon, je vais être direct : le Koleos m’a réconcilié avec la CVT.

Bravo !

Le patinage c’est bien, mais quand on fait faire des figures à une fille avec une robe satinée. Sinon, bof. En fait, ce qui est vraiment bien, c’est que toute notion de patinage a quasiment disparu. Du coup, on roule en douceur, en souplesse (un peu moins en silence, car le 2.0 reste audible) et dans du Paris et du péri-urbain un peu chargé (forcément), on se retrouve en permanence aux environs de 1500 / 2000 tr/mn, zen, avec un bon sentiment de traction et une bonne réponse à l’accélérateur. Mais ça, on le savait, les CVT sont réputées pour être douces au quotidien. En tous cas, les 7 faux rapports s’enchaînent en douceur et on ne sent pas grand-chose ; mais en ville et à basse vitesse, on entend une sorte chuintement provenant de la transmission.

La bonne nouvelle, c’est que ça continue comme ça sur la route : le moteur ne s’emballe jamais vraiment et on reste, là encore, zen en toutes circonstances. Certes, vu le poids de l’engin, on sent plus les 380 Nm (à 2000 tr/mn) que réellement les 175 chevaux (à 3750 tr/mn). D’ailleurs, les performances sont justes dans la norme avec le 0 à 100 annoncé en 9,3 secondes et 196 km/h chrono en pointe. En tous cas, sur route, même les dépassements se font sans que l’on ait à envoyer l’aiguille du compte-tours dans la boîte à gants.

De toute manière, les réglages du châssis et la boîte CVT incitent à rouler cool. Cela tombe bien, car curieusement, et à la différence des Espace, Talisman, Megane et autre, pas de Multi-Sense dans le Koleos, qui agirait sur le dynamisme éventuel de l’engin. Pas de palettes au volant non plus, pas de mode sport sur la boîte, et une gestion des rapports « en manuel » qui donne vite envie de tout remettre en automatique. Du coup, ça ne sera utile que pour avoir du frein moteur en montagne, par exemple.

Jantes de 19 pouces

Vu ce qui vient de se dire, on s’imagine que le Koleos est le roi du confort : c’est vrai pour les sièges, c’est vrai pour l’acoustique en rythme de croisière, c’est vrai pour l’ambience et le côté relax dans lequel elle vous place, c’est un peu moins vrai pour les roues de 19 pouces qui tabassent un peu sur les petites irrégularités. Autrement, on a effectivement envie d’avaler des kilomètres, même les passagers arrière qui disposent d’un espace assez gigantesque, et d’une banquette un peu surélevée qui permet de bien voir la route.

Au final, c’est, dans cette définition 2.0 & CVT, un engin étonnant car pas directement en concurrence avec le reste du marché, notamment aussi parce que malgré son gabarit, il n’offre pas de sièges d’appoint au troisième rang contrairement à un Kia Sorento, par exemple, ou surtout à son cousin le X-Trail ! Il joue donc sur ces particularités et aussi sur son physique de SUV décomplexé, qui plaît ! Et il faut aussi considérer que ce Koleos est une auto « mondiale », puisqu’elle sera vendue en Amérique Latine, en Asie, en Australie et dans les pays du Golfe…

Pas assez chère, mon fils

La gamme Koleos commence à 30800 €, une version Initiale Paris commence à 41900 € ; voire 43900 € avec la transmission intégrale, tandis qu’il faut compter 740 € pour la peinture « beige minéral » de mon modèle d’essai, et on peut rajouter 400 € pour le pack hiver avec entre autre volant et sièges chauffants, même à l’arrière, 199 € pour le Coyote, et encore 1200 pour le toit ouvrant.

Côté conso, ce n’est pas les 5,8 l officiels annoncés, j’ai tourné aux environs des 9 l/100.

En tous cas, zen, confortable et prédisposé aux grands voyages, le Koleos m’a réconcilié avec la CVT et ça, franchement, c’est une belle surprise !

Photos : Gabriel Lecouvreur