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Vous connaissez tous le Soul, son style & ses hamsters. Mais que vaut son pendant électrique, apparu dernièrement dans les concessions ? Une semaine et 400 km à son volant m’aura permis de m’en faire une idée plus précise…

Kia n’est pas à son coup d’essai en termes d’électrification de ses modèles. Quelques Ray étaient passés au moteur électrique pour une expérimentation en Corée, tandis qu’Eric a essayé l’Optima Hybrid il y a quelques semaines. Mais on parle ici du premier véhicule 100% électrique commercialisé à grande échelle. Ça rend quoi ?

« Oh c’est marrant, on ne dirait pas une voiture électrique »

Comprenez : elle ne ressemble pas à un suppo sur roues. Une des plus importantes caractéristiques de ce Soul EV réside pour moi dans le fait qu’il soit la première électrique du marché –hors Twizy– à avoir un vrai style, osé et expressif. La Leaf et l’i3 n’ont pas forcément un physique facile, la Model S est d’un classicisme discret, la ZOE est gentiment mignonne, tandis que les e-up! et e-Golf sont d’un anonymat absolu. Avec le Soul EV, ça pète ! Solidement posée sur ses quatre roues, la Kia nous offre un design assez cubique, avec des lignes bien marquées et enveloppantes, très dans l’air du temps. Notre version électrique ne se démarque de la version thermique que par quelques détails, comme la calandre plus large et complètement obstruée, un bouclier redessiné ou encore par l’apparition de stries sur le toit sensées mieux guider l’écoulement de l’air. Et c’est tout. Kia nous propose un petit crossover sympathique et plein de caractère : on aimera ou on n’aimera pas, mais c’est –pour moi- une bonne chose qu’on puisse trouver sur le marché des VE une voiture dont le style fasse autant appel aux sentiments.

Concernant les couleurs, le choix est limité : outre ce bleu électrique/toit blanc, vous avez le choix entre un blanc/toit bleu ciel ou noir/toit rouge… Les –sympathiques- jantes, malgré un timide 16’’, réussissent miraculeusement à ne pas faire roulette, ce qui n’était pas forcément gagné vu les dimensions de l’engin (4m14 de long x 1m80 de large x 1m59 de haut) et la petitesse des surfaces vitrées.

 

Et si on a une vie sociale ?

Eh bien, un jour ou l’autre, vous allez devoir faire le Sam (vous savez, le mec qui passe une soirée horriblement chiante à boire du Fanta en attendant que les amis qu’il raccompagne daignent rentrer chez eux). Pas de souci cependant pour entasser tous vos passagers : grâce à un habitacle particulièrement spacieux, que ce soit au niveau de la tête, des jambes ou des coudes, 4 (voir 5 en se tassant un peu) adultes peuvent prendre place et il faudrait être gros particulièrement adipeux pour se sentir à l’étroit. A l’arrière, la légère élévation du plancher –due aux batteries sous la moquette- a été compensée par une augmentation de la hauteur de la banquette : aucune impression d’avoir les genoux dans la mâchoire n’est donc à relever.

Seul le coffre pâtit de cette architecture : on ne peut pas dire que le Soul thermique soit une référence dans le secteur (340l alors qu’une ZOE, 6 cm plus courte, en offre autant), mais l’électrification du coréen fera passer la malle à un maigre 281 litres. Et dans ce coffre se cache un truc qui m’a soulé de la plus extrême des manières : le cache-bagage n’est pas attaché au hayon. En d’autres termes, il ne se soulèvera pas lorsque vous ouvrez le coffre. Alors, certes, une partie peut se rabattre mais 1) si la voiture est stationnée en pente, il se remettra tout seul et 2) si vous le pliez, vous oublierez de le remettre en place 9 fois sur 10, ce qui signifie que la visibilité arrière sera réduite… Et elle n’en n’avait clairement pas besoin, comme on le verra plus tard. Heureusement que la profonde boîte à gant, les généreux bacs de porte et les nombreux vide-poches de l’habitacle permettent de rattraper un peu la partie rangements.

Mais une chose est sûre, vos passagers seront agréablement surpris par l’ambiance intérieure : des matériaux clairs et de bonne facture rendront l’habitacle lumineux et accueillant. Kia a beaucoup communiqué sur l’apparition de nombreux matériaux recyclés et écologiques un peu partout (montant A, sièges…) sans que la qualité n’en souffre (à part le plafonnier très moche au toucher). La première chose qui attire l’œil est bien entendu cet énorme écran central de 8’’, entouré de plastique blanc laqué. Un écran qui ne mérite que des félicitations : entre une excellente réactivité du tactile, des menus compréhensibles, un GPS prompt à s’exécuter et une interface à mon goût sympathique, je n’ai pas eu beaucoup de défauts à relever… Et vos passagers seront aussi charmés par un truc kitschissime : le contour des haut-parleurs avant s’illumine selon 2 modes. Ou bien Mood, qui variera de couleur au cours de temps, ou bien Music, qui est sensé suivre les pulsations du morceau que vous écoutez. Dans la réalité, il faut un truc très très boom boom + un volume sonore exagérément élevé pour voir quelque chose…

Et si on a envie de revenir en 1970 ?

Plus précisément le 2 janvier, le jour où vous avez embrassé pour la première fois la petite Julie de 5°B du collège Jules Ferry. Eh bien avec le Soul EV, c’est possible ! L’ordinateur de bord m’a indiqué y avoir parcouru 9 km dans le plus grand des calmes, entouré de R16 et de Simca 1000.

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Plus sérieusement, cette coquille se glissait dans le sous-menu  uniquement dédié à la partie VE. En d’autres termes, plein d’infos concernant la motorisation et l’autonomie. Notons par exemple la consommation instantanée du moteur ou des équipements, un suivi de la consommation pour chaque trajet effectué (dont celui du 02/01/1970), mais aussi un menu indiquant l’emplacement des bornes de recharge les plus proches. Effort louable, mais… Très peu fiable : non seulement les bornes Autolib’ ne sont pas répertoriées (alors que la voiture est parfaitement compatible avec), mais certaines stations de recharge sont tout simplement aux abonnés absents. J’en prends pour exemple les 2 bornes et 4 places de la station de la mairie de Poissy (78), qui ne date pas d’hier et parfaitement fonctionnelle (j’ai l’habitude d’y brancher tous mes VE à l’essai lorsque je pars travailler à la médiathèque ou que j’ai des courses à faire)… Mais invisible dans le GPS, le Soul préférant m’emmener au centre commercial le plus proche. Etrange. Messieurs dames de chez Kia, il existe pourtant des plateformes parfaitement fonctionnelles et à jour

Et si on a froid ?

Bonne nouvelle ! Le gros plus de ce Soul EV se situe dans la partie chauffage/climatisation (aka HVAC quand on pèse dans le game). Pourquoi ? Parce qu’il y a plein de petites astuces qui permettent de pouvoir rouler sans trois doudounes sur le dos tout en pouvant faire plus de25m avec une charge. Comme vous le savez sûrement, la quasi-absence de dégagement de chaleur du moteur électrique oblige toutes les VE à créer de la chaleur d’elles-mêmes. Pour la majorité d’entre elles, de grosses résistances permettent de réchauffer l’habitacle, occasionnant une consommation gargantuesque d’électricité, et donc une autonomie dramatiquement réduite. Pas le Soul EV, puisqu’il est livré de série avec une pompe à chaleur, qui capte les calories de l’air ambiant pour les restituer dans l’habitacle. D’après Kia, une baisse de la consommation liée au chauffage de l’ordre de 30% est attendue.

Continuons avec un petit bouton plutôt malin, intitulé « Driver Only ». Mais encore ? Eh bien, si vous êtes seul dans votre auto (ce qui arrive quand même plutôt souvent, convenez-en), appuyer sur cette touche fera que seule la zone du conducteur sera ventilée/chauffée/refroidie. Pas bête du tout. Vous êtes plusieurs dans la voiture ? Aucun souci : les sièges avant sont chauffants et ventilés. C’est toujours plus économique de faire fonctionner quelques résistances dans un siège que plusieurs grosses pour l’habitacle entier… A noter que le volant chauffera aussi vos petites mimines lors des durs matins d’hiver. Vos passagers arrière ne seront pas en reste non plus ! Il faut d’ailleurs le souligner, vu la rareté de cet équipement (même dans les hautes strates des constructeurs), mais les sièges arrières sont eux aussi chauffants, et sur 2 niveaux s’il vous plaît. Autant de petites attentions qui permettent de garder une autonomie convenable.

 

Et si on discute avec Mr Tout-le-monde ?

Alors la conversation ressemblera à 99,4% à ça : « Qu’est-ce que c’est ? / C’est un Kia Soul électrique / Ah, une voiture électrique… Et on peut faire combien avec ? [petit sourire goguenard et condescendant] / Oh bah ça dépend de ce qu’on fait avec… En ce moment, avec de l’autoroute et un peu de chauffage, j’arrive à 160 km. / Ah ouais c’est pas mal… Mais si on veut partir en vacances avec il se passe quoi ?  [énorme sourire goguenard et condescendant] » Dans ce cas-là, vous savez très bien que partir dans une explication à base de « oui mais une VE ça sert pas à ça » ne servirait strictement à rien puisque votre interlocuteur n’a rien à foutre de votre argumentaire : il a raison, point. Je me tourne donc vers vous pour développer un peu sur l’autonomie du Kia.

160 km dans ces conditions, c’est pas mal du tout. C’est le maximum que j’obtenais en VW e-up! et c’est la valeur moyenne que j’avais avec la ZOE. Sauf que… Ces deux voitures ont été essayées au printemps, dans ces conditions thermiques optimales : nul besoin de chauffage ou de climatisation. Pour le Soul EV, que j’ai eu mi-novembre, un peu de chauffage était nécessaire pour rouler normalement, et un flux de ventilation continu était obligatoire pour éviter l’apparition de buée sur les vitres. D’autant plus que, dans les 400 km réalisés à son volant, il y en a eu un certain nombre passés sur autoroute (la plupart du temps limitées à 110, mais tout de même). Quelle est donc la botte secrète du petit crossover ? En grande partie, sa grosse batterie. Alors que les i3, Leaf & ZOE embarquent chacune 22 kWh d’accus, le Soul en propose 27, sous forme d’une batterie au Lithium-ion Polymère, avantageuse en terme de densité énergétique (permettant donc une plus grande compacité de l’ensemble).

C’est bien d’avoir une grosse batterie, mais encore faut-il la charger. Pour cela, appuyer sur un petit bouton sur le tableau de bord ouvrira la trappe cachée dans la calandre dans un élégant mouvement. Grâce à son chargeur de 6,6 kW, le Soul peut se charger à partir d’une prise 240V en moins de 5 heures. Chouette, me suis-je dit. Sauf que… Les 5 heures ne sont atteintes qu’avec une prise renforcée à fort ampérage. Chose qui n’existe pas dans mon garage. Résultat : un joli 08h50 d’attente pour reprendre 66% de la batterie… Alors que l’ordinateur de bord m’en garantissait seulement 2h25. Assez limite comme stratégie… Concernant la trappe de recharge, un plus et un moins. Le plus, quelques petites diodes éclairent les prises. C’est une idée toute bête, qui ne coûte rien mais qui rend d’énormes services quand on veut brancher sa voiture de nuit. Le moins, il n’y a pas de verrou sur la prise de charge normale. En d’autres termes, n’importe qui pourra débrancher votre Soul, et même si la voiture est verrouillée.

Si vous voulez charger autre part que chez vous, le Kia est parfaitement compatible avec les bornes Autolib/Bluelib/Bluecub puisque sa prise est identique à celles des Bluecars. Seul souci : à cause de sa disposition à l’avant de l’auto, il sera impossible de brancher le Soul aux bornes, le câble étant trop petit. Deux solutions pour y remédier : se garer à l’envers (souvent dangereux ou impossible) ou trouver les rares stations disposant de places en bataille. Dommage. Sinon, Kia va déployer dans ses concessions des stations de charge rapide proposant un solide 100 kW en standard CHAdeMo, permettant 80% de batterie supplémentaire en 25 minutes.

 

Et si on se meut ?

C’est bien joli de blablater sur du chauffage, un GPS ou des batteries, mais une voiture c’est quand même fait pour rouler. On enfonce donc le bouton Start, une douce mélodie s’échappe des haut-parleurs, il est temps de positionner le levier sur D pour démarrer et s’extirper de notre place de parking dans le total silence… Enfin, pas tant que ça : Kia a équipé son Soul électrique d’un bruiteur artificiel à l’attention des piétons à basse vitesse. En ville, comme tous ses congénères électriques, le Soul EV est un bonheur : dynamique, souple, discret, le tableau est idéal. Un rayon de braquage correct ajoute à la facilité de conduite. Pour les inconditionnels de la conduite « une pédale » (j’en fais partie), un mode B, favorisant le freinage régénératif, est disponible et permet de se passer presque intégralement de la pédale de frein. Pédale de frein qui, au passage, est agréablement « normale », dans le sens où on appuie dessus comme on le ferait avec une thermique. Pas toutes les autres VE peuvent en dire autant. Seule petite défaut : une visibilité arrière très limitée, obligeant le conducteur à se référer à la caméra de recul (d’excellente qualité) pour les créneaux.

Quant aux trajets extra-urbains, c’est…un peu moins positif, dans le sens où des défauts qui pourraient passer lors de courts trajets ne peuvent être évités si on roule un peu plus longtemps. Commençons par un bruit du moteur électrique à mon goût un peu trop présent à partir de 90 km/h (sans musique ou discussion). Passons ensuite à la position de conduite. Je n’ai pas l’impression d’avoir les jambes de Gisele Bündchen (Gisele, tout est fini entre nous, tu n’aurais jamais dû faire cette atroce reprise de Blondie), mais la faible amplitude de réglage du volant faisait que je devais choisir entre avoir les jambes correctement tendues et les bras trop près du volant ou l’inverse. Ajoutez à cela des sièges pas oufissimes en terme de maintien latéral et vous obtenez ce qui m’est arrivé : malgré un trajet qui n’a absolument rien d’extraordinaire (bois de Vincennes – Poissy via Paris, soit 60 km), je suis arrivé chez moi en ayant mal au dos et aux fesses, et ce malgré des suspensions très prévenantes en toutes conditions. Dommage…

Dernier petit point : la tenue de route. J’avais remarqué, lors de la séance photo, une certaine hyperprésence de l’ESP. Je me suis donc demandé « mais qu’est-ce qu’il se passe si je coupe le système ? » La réponse ne se fit pas attendre, avec un avant tirant tout droit quasiment immédiatement, rapidement suivi par les roues arrières. Conclusion : on se retrouve avec un engin glissant des 4 roues, certes facilement rattrapable, mais pas spécialement rassurant. D’autant plus que les vitesses atteintes n’avaient rien d’atrocement rapide. Qui blâmer ? Le châssis ? Je ne pense pas. L’ajout des batteries a rendu l’ensemble plus rigide et je n’ai jamais senti l’ensemble en difficulté. Non, je viserais plutôt les pneus, des Nexen Eco. Nexen n’a jamais été reconnu comme étant le fabricant neumbeur ouane en termes de qualité, et les pneus à basse résistance au roulement dégradent généralement la tenue de route. Conclusion, chaussez votre Soul EV de vrais pneus et vous ne devriez plus avoir aucun souci.

 

Et si on veut l’acheter ?

Deux solutions classiques s’offrent à vous : ou bien au comptant, ou bien en LOA. Pour la première option, il faudra compter au minimum 35 290 €, auxquels il faudra retrancher le bonus de 6 300 € pour arriver à une note finale de 28 990 €, batterie incluse. Pour ce prix-là, la dotation est très complète : GPS, caméra de recul, Bluetooth, entrée et démarrage mains-libres… Sans oublier la légendaire garantie 7 ans Kia, qui prend en compte la batterie. Et si vous craquez pour la sellerie cuir, les 4 sièges chauffants ou le radar de parking avant, il faudra passer à la version haut de gamme, sobrement appelée « Ultimate », et ce pour 30 490 €. C’est certes très bien équipé, mais ça commence à faire cher pour une auto de 4,14m de long. Une Nissan Leaf, 30 cm plus grande et aussi bien fournie coûtera entre 23 990 et 29 390 € bonus déduit et batterie incluse.

Vous pouvez aussi passer par une location longue durée pour 249€/mois, sur 37 mois et 37 500 km. Dans ce cas-là, il est intéressant de comparer avec l’offre de Renault, qui propose sa ZOE pour 169€/mois sur 37 mois également mais ne proposant que 15 000 km durant ces 3 années. A vous de voir.

Et si tu nous donnais ton avis sur ce Soul EV ?

Dommage qu’il soit si cher, car le Soul EV a le mérite d’apporter un peu de fun et de sexy dans l’univers pas toujours réjouissant des voitures électriques. Il n’a pas toutes les qualités qu’on peut retrouver dans une Renault Zoe mais apporte un peu de gaîté, sans oublier une autonomie (un peu) supérieure à la moyenne. Mais difficile de voir le Kia crever les plafonds de ventes. La marque elle-même le considère avant tout comme un produit d’image et ne compte en écouler que quelques centaines par an… Mais reconnaissons à la marque un produit vraiment abouti pour une première expérience grand public. Et qui sait, peut-être que la prochaine génération se montrera au top niveau pour un prix contenu…

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Crédits photos : Ugo Missana, Jean-Baptiste Passieux

Merci à Kia France pour l’aimable prêt !