Le site normand du constructeur français produit des véhicules depuis 1964. A l’heure d’un changement de production, il est temps de faire une rétrospective.

Un site industriel cinquantenaire en reconversion

Construite au milieu des années 1960, l’usine de Sandouville a pour but de produire les modèles haut de gamme de la RNUR. Son emplacement est idéal : en lisière de l’estuaire de la Seine, proche du noeud portuaire roulier Havrais tout en n’étant qu’à 200 km de la capitale, la production peut aisément s’exporter par containers ou rejoindre l’intérieur des terres en barges. Après avoir réalisé la production de la R16, Sandouville suit l’histoire tumultueuse de ce qu’on n’appelait pas encore le premium de la Régie nationale : le duo R15/R17, puis l’autre duo R20/R30, la R25, la Safrane, mais aussi la Laguna, l’Espace depuis 2002, un an après la Vel Satis et cinq ans avant la Laguna III. On compte aussi, au tableau de production de Sandouville, la sortie de chaîne de 9 R4, dans les années 70.

Depuis l’arrivée de la déclinaison Coupé en 2009, aucun nouveau modèle sur les chaînes Sandouvillaises. Et pour cause : méventes du haut de gamme, remise en question du positionnement du Losange, et crise économique se sont conjugués pour faire échouer le renouvellement de l’Espace (initialement attendu en 2009), et l’option de rebadgeage de la Latitude pour remplacer la Vel Satis a enlevé un modèle à Sandouville, puisque cette voiture est produite en Corée du Sud. Après une longue attente, faite de chômage partiel, arrêt de la seconde ligne de production et de suppressions d’emplois, Carlos Ghosn décide finalement de transformer radicalement l’usine, qui produira désormais des utilitaires : le Trafic III, annoncé pour cet automne, sera le premier avatar de cette « révolution » pour Sandouville. De lourds aménagement de structure sont réalisés en 2011 pour modifier les plafonds de l’usine notamment, et la préproduction du nouveau VUL intermédiaire du Losange, mais aussi d’Opel/Vauxhall-Vivaro- et de Nissan -Primastar- est sur le point de débuter.

Une exposition rétrospective

Pour célébrer les cinquante ans de Sandouville, le département collection de Renault, Renault Classic, a eu la judicieuse idée d’installer une exposition temporaire. L’objectif est de (re)présenter les modèles produits par l’usine, recontextualisés dans leur époque à travers les décors choisis. Cette exposition, ouverte au public seulement les mercredi de 10 à 16 h, est cependant gratuite, et évoluera avec le temps. Ainsi, si des R16, R17 et Estafette sont exposés cet hiver, ce seront à l’automne prochain les Trafic II et III ainsi que les derniers véhicules haut de gamme des années 2000 qui seront proposés.

Le programme aura lieu comme suit :

– Du 24 janvier au 6 février : R16 TL et R17 TS (découvrable), Estafette « marchand de glace »
– Du 17 mars au 3 avril : R12, R20/30 et R18, Estafette
– Du 18 au 28 mai : R21 et R25
– Du 7 au 24 juillet : Safrane, Laguna I, Trafic I
– Du 15 septembre au 2 octobre : Laguna II, Vel Satis, Espace, Trafic II et III.

L’exposition se trouve au 5106 route du Noroit, 76 340, Sandouville, dans l’enceinte de l’usine.

R16, R17 et Estafette !

La présence de l’Estafette est une référence au Trafic III : en effet, célèbre utilitaire de l’histoire du Losange, l’Estafette a marqué les générations au moins autant que Citroën avec son « Tube » et Peugeot avec le D4. Pour autant, jamais Sandouville n’a produit d’Estafette, au contraire des R16 et R17 qui sortirent toutes de l’usine de Haute-Normandie. Au total, 1 845 959 R16 et 135 407 R15/R17 (même si la caisse de ces deux dernières était produite à Maubeuge) sortirent de chaîne. On remarquera que la R16 « Renault Classic » est un véhicule un peu spécial : elle est équipée de double-commandes car il s’agissait d’une auto-école pour l’Armée de l’Air !

Une belle initiative de communication, qui aurait le mérite d’être davantage proposée au public et sur une amplitude de jours et d’heures supérieure. Mais au-delà, on en revient à l’éternelle question : Renault, comme Citroën, aime à présenter son patrimoine de collection, entretenu avec soin, à travers les salons, les showrooms champs-elyséens, ou les opérations de com’ locales (à l’image du Pavillon sur l’île Seguin). Mais à quand un véritable musée rassemblant ces trésors du patrimoine automobile français ? Reste que le plus important pour Sandouville est que l’embauche repart à la hausse en prévision du Trafic III : y travaillent environ 2500 personnes aujourd’hui ; on en comptait 12000 au plus fort des années 1980.

Grâce à l’INA, retrouvez la fabrication d’une R16 à Sandouville à son lancement en 1965.

Source : Paris-Normandie / Presse Havraise Crédit photographique : Amicale R15/R17, Paris-Normandie / Christophe Frébou