Nous avons essayé la Renault Mégane CC restylée avec la motorisation 1.6 l dCi 130 chevaux.

Les beaux jours arrivent, et il est une catégorie plus que toute autre sur le marché automobile qui y est sensible : celle des cabriolets et découvrables en tous genres. Ainsi, pour s’y présenter de la façon la plus neuve possible aux clients, Renault repoudre-t-il enfin la face avant de sa Mégane CC, elle qui avait sauté le précédent restylage (de janvier 2012) et qui est désormais la seule offre « cheveux aux vents » du Losange. L’enjeu, bien qu’anecdotique sur un véhicule « plaisir », est néanmoins de taille : dans une catégorie sinistrée où la Mégane CC s’écoule peu (environ un millier d’exemplaires en 2013), le leadership est assuré par la Peugeot 308 CC (sur le départ) suivi par le duopole VW (Coccinelle et Golf). Pour que le cabriolet le plus vendu en France continue d’être Français (la Mégane CC est la seule de la famille à sortir de l’usine de Douai), et pour que surtout ce long cabriolet relance sa carrière, Renault l’a donc révélé au Salon de Bruxelles avec son nouveau faciès et nous l’a fait essayer sur les routes de l’arrière-pays Varois. Des routes où, l’an passé, nous avions pu prendre le volant d’un autre véhicule restylé : le Toyota Verso.

Nouveau look pour nouvelle vie ?

L’enveloppe confiée aux équipes de Laurens Van Den Acker contenait un ordre de mission simple: faire que la Mégane CC soit en accord esthétique avec le reste de la gamme. D’où une nouvelle face avant dans laquelle les optiques légèrement redessinées sont liées l’une à l’autre par une épaisse barre de plastique noir laqué affichant fièrement en son centre le Losange du constructeur. Le bas de pare-choc est également retouché, avec un liseré chromé pour la bouche et des diodes pour les feux de jour accolées aux antibrouillards. Pour ceux qui ont une impression de déjà-vu, sachez que ce n’est ni plus ni moins que le bouclier du reste de la gamme habituelle… du moins pour la finition Intens de notre modèle d’essai, monté sur roues de 18″ Kanjara ; un autre bouclier est en effet disponible sur la finition GT-Line (le même que pour toutes les Mégane GT-Line), cette fois avec des jantes de 17″ Celsium Dark Metal.

Nous aimerions dire que le reste de la voiture est retouché…. mais non. Bien évidemment on n’allait pas transformer la structure même du véhicule, cela aurait été trop coûteux, mais ne serait-ce qu’une nouvelle texture pour les feux aurait permis peut-être d’améliorer la physionomie d’un postérieur pour le moins massif. D’ailleurs, sur l’ensemble des photos officielles fournies par le dossier de presse du constructeur, seuls 2 clichés la montrent de 3/4 arrière, contre plus d’une vingtaine de 3/4 avant. C’est le lot de tous les coupés-cabriolets on le sait, mais c’est particulièrement prégnant sur la Mégane. En effet, lors de sa conception, il fut décidé de reconduire le toit de la précédente Mégane CC, lancée en 2003, obligeant donc à le greffer à une voiture structurellement et esthétiquement bien différente. Avec une longueur de 4,49 m dont près d’1 mètre de porte-à-faux sur l’essieu arrière, la silhouette générale est donc un peu déséquilibrée. La Mégane CC est aussi large d’1,81 m et haute d’1,43 m. De profil, on remarquera les rétroviseurs posés en porte-drapeau -ce sont ceux du Scénic fabriqué lui aussi à Douai- et la position basse des poignées de portières, pour des raisons de solidité en cas de chocs latéraux.

A bord, peu de choses nouvelles dans ce qui est l’un des intérieurs les mieux finis de toute la gamme Renault. Le système d’infodivertissement R-Link prend place sur l’écran -fixe, d’une diagonale de 18 cm- du haut de tableau de bord : tactile, on peut cependant le manipuler depuis un joystick entre les sièges ; réactif et intuitif, il propose 6 univers pour la vie à bord quotidienne, le tout pouvant être résumé en un seul écran mêlant cartographie GPS, sélection musicale et consommation, par exemple. Une lecture des SMS (TTS : Text To Speech) est théoriquement proposée, même si dans la réalité il fut difficile de connecter par Bluetooth un smartphone Android ne serait-ce que pour en parcourir la bibliothèque musicale, tandis que la connexion par le port USB en façade d’un iPhone 5 fit que ce dernier ne cessa de le faire sonner sur vibreur. Mystères de la technologie… La sellerie de notre modèle d’essai, finition Intens donc haut-de-gamme, était un agréable cuir beige, qui s’étend y compris sur le contre-portes. Les sièges avant sont chauffants (compris dans le pack confort à 500 € incluant le filet anti-remous) et le système audio signé Arkamys est  de bonne facture.

En avril, on ne se découvre  pas d’un fil

Au diable les dictons, après avoir découvert la Mégane CC, découvrons-la !… en lui ôtant son toit rétractable. L’opération, qui ne se fait qu’à l’arrêt, prend 21 secondes, est assez spectaculaire visuellement, mais elle oblige le conducteur à garder le doigt sur la molette de manipulation du toit, située devant le levier de vitesses. Si l’on relâche la touche, la rétractation s’arrête, laissant grande ouverte la machinerie du véhicule : on la croirait alors échappée des films « Transformers » . Une fois le toit replié, le volume du coffre passe de 417 à 211 dm3. La fin de l’opération voit le volet de coffre se refermer assez durement, alors que d’ordinaire les coffres électriques sont connus pour la douceur de leur verrouillage. Au moins, on est sûr que le toit est bien rentré en entier !

Si l’on veut remettre le toit, cela vous prendra le même temps, et cela vous obligera aussi à rester le doigt appuyé sur le bouton de manipulation. Toutefois, une fois le toit refermé, on se croirait encore en plein air. Non à cause de l’isolation phonique, qui est très satisfaisante, mais à cause de la large surface vitrée intérieure, près d’1 m² de vélux fumé. L’idée n’est pas nouvelle et remonte même à la première Mégane CC, mais elle est toujours aussi agréable à vivre. Autre bonne idée, le bouton « grand air », qui permet d’abaisser toutes les vitres en même temps.

La Mégane CC est un cabriolet 4 places : l’accès aux places arrières est relativement aisé, et les assises sont bien creusées pour permettre aux dossiers de ne pas être trop droits. La place aux jambes est suffisante y compris lorsqu’on mesure 1,80 m. Toit ouvert comme toit fermé, on y est bien installé.

Une voiture à vivre… au volant ?

Cabriolet, diesel, 4,49 mètres : la nature technique de la Mégane CC dCi n’en fait pas une sportive. Et c’est tant mieux, car avec 1620 kg de masse totale, elle ne tente pas de s’improviser radicale. Au contraire, sa conduite est douce et le moteur onctueux, au point d’en oublier la taille du véhicule. On regrettera un certain flou dans la direction à assistance électrique, qui n’inscrit pas le véhicule de façon instinctive et oblige parfois à corriger l’angle de braquage pour rester dans sa trajectoire. Ce n’est toutefois pas trop gênant car, plus on gagne en vitesse et plus la direction gagne en consistance. Le moteur est, comme  tout diesel, assez bruyant à bas régimes et m’a paru surtout très creux en 2ème ; sur les autres rapports, il fait montre de bonnes reprises (320 Nm de couple disponible à 80 % dès 1500 tr/min et à 100 % à 1750 tr/min). Les accélérations sont linéaires, malgré une commande de boîte parfois un peu floue, ce qui confère à cette Mégane CC un plaisir de conduire en toute quiétude, tout en décontraction. La descente des rapports est bien guidée, et, pour avoir pu tester le moteur essence TCe de même puissance dans une Mégane berline, le diesel est le plus agréable à vivre des deux. Pour le dCi 130, pas de boîte à double embrayage EDC (disponible uniquement avec le dCi 110 sur la Mégane CC), mais un invité surprise : le stop & start. Autant dire qu’il gagnerait à redémarrer le moteur plus doucement pour se rendre supportable.

La position de conduite est bonne : on est évidemment loin d’une position ultra-basse de type Roadster comme on peut la connaître sur une Mazda MX-5, mais on n’est pas haut perché non plus. L’essentiel est que l’on domine correctement la route. Les sièges sont moelleux et absorbent très bien les aspérités que le châssis, aux réglages de suspension plutôt durs, retransmet avec fidélité.

En mouvement, l’insonorisation de la Mégane CC est très satisfaisante. Toit replié, et vitres latérales baissées, sa conduite est correcte jusqu’à 90 km/h ; au-delà, il est difficile de converser avec ses passagers sans être gêné par le vent, y compris avec la petite vitre saute-vente installée entre les assises arrière. Le filet anti-remous disposé derrière les sièges avant, condamnant les sièges arrière, est en option sur GT-Line et de série sur Intens, et permet de gagner quelques km/h cheveux au vent tout en évitant les bourrasques. On supporte d’ailleurs moins le vent parce qu’il est bruyant que parce qu’il fait battre sur l’épaule la ceinture de sécurité, ce qui devient assez vite agaçant ! Si vous remettez les vitres latérales et conservez le filet anti-remous, vous pouvez rouler en toute tranquillité jusqu’à 110 km/h, mais c’est encore largement soutenable à 130 km/h. Toit en place, l’isolation phonique du véhicule est très bonne.

L’équation économique

La motorisation dCi 130 est le « haut de gamme » de la Mégane CC. Vous pouvez, si vous préférez, l’acheter en dCi 110 ou en TCe 130. Seul le dCi 110 peut se voir équipé de la boîte EDC, la boîte de vitesse à double embrayage maison qui a le bon goût de ne pas passer trop vite les rapports lors d’accélérations soutenues laissant le moteur monter haut dans les tours. Avec le dCi 130, on dispose d’une boîte manuelle 6 vitesses avec un couple de 360 Nm. Reste que la gamme débute à 29 950 € par la finition GT-Line avec l’offre essence, le TCe 130, tarif auquel il faut ajouter un malus de 500 € ; les prix grimpent jusqu’à 34 050 € pour notre version d’essai, 1,6 l dCi 130 Intens. C’est une gamme de prix similaire à celle de l’Opel Cascada, qui est 20 cm plus longue et avec une capote en toile ; pour les « toits en dur », la Peugeot 308 cc débute à 27 250 € et la Volkswagen Eos à 28 800 €.

Au rayon des économies réalisées par Renault sur ce modèle, notons les réglages de sièges : le siège conducteur est électrique, celui du passager est à réglages manuels. Côté consommation, le dCi 130 qui nous était promis pour 4,4 l/100 km s’est finalement révéler consommer 6,7 l/100 km d’après l’ordinateur de bord. Le cycle NEDC fait une nouvelle fois preuve de son indéfectible et irréaliste optimisme ; il fallait bien que les 1600 kg de la Mégane CC aient un impact quelque part…

Un ménage de printemps satisfaisant

Les modifications apportées à cette Mégane CC sont donc d’ordre esthétique et technique. A l’extérieur, l’identité de gamme s’adapte aisément au véhicule, tandis que l’original camaïeu de couleur de notre modèle d’essai aubergine/beige amincit un peu la silhouette tout en allant très bien à la voiture. Le toit, peint en noir, mêlé aux montants de pare-brise en aluminium brossé ajoutent du cachet et masquent visuellement la présence du toit une fois celui-ci déployé. A bord, l’habitacle est bien agencé, le R-Link bien pensé, et la conduite « cheveux au vent » peut ne pas être qu’une expression si on le souhaite vraiment. L’usage d’un tel véhicule possède les défauts de ses qualités : volume important, mais grand coffre et toit rétractable ; accueil restreint des passagers, même s’il reste accessible, et conduite paisible, parce que c’est une voiture plaisir pensée pour les balades allegro ma non troppo.

Sur le marché depuis 2010, la Mégane CC y connaît un succès somme toute modeste : comptée officiellement avec la variante Coupé, ce sont 5181 exemplaires qui se sont écoulées, mais c’est en réalité moins d’un millier de Mégane CC qui a trouvé preneur en 2013, dans un marché dominé par la Peugeot 308 CC et la triade VW (Coccinelle, Golf  et Eos). La Renault n’est que quatrième, devant l’Eos. La Peugeot n’étant pas reconduite en l’état ni dans l’immédiat, le leadership est à prendre et ce restylage vient à point nommé pour que la Mégane CC se le permette. Reste à savoir si cela sera suffisant pour attirer les clients : il faudrait pour cela une campagne de communication ciblée lors des jours de beau temps, dans les toutes prochaines semaines donc. Sachez enfin que la Mégane CC est un véhicule d’export : quelques dizaines trouvent preneur chaque année, en Australie !

Crédit photographique : François Mortier pour BlogAutomobile.fr
Remerciements à Dominique-William Jacson pour l’invitation à l’essai et à Céline Loiseleux pour son accueil durant l’essai
Photos prises sur les rives du lac Saint-Cassien en compagnie de Clémence de Bernis du site « Les Enjoliveuses ».