MéganeMégane. Diesel. Rien qui ne fasse rêver a priori. D’ailleurs dans mon entourage lorsqu’on m’a demandé quelle voiture j’allais essayer prochainement, ces deux mots n’ont pas suscité énormément d’enthousiasme « Quoi, pas de Mercedes ou de Béhème ? Une Renault ? ». Hé bien oui, parce que le marché de l’auto en France ce ne sont pas que les hauts de gamme ou les petites sportives que, il est vrai, nous aimons bien essayer. Il y a aussi et surtout ces voitures faites pour le quotidien, qui doivent vous amener à bon port tous les jours, trimballer vos packs d’eau, vos sacs de voyage et la poussette (et même le chat !), ne pas tomber en panne et savoir faire tout ça pour le meilleur prix. La Mégane 4 nous l’avons déjà essayée, mais en mettant l’accent sur sa déclinaison en survêt : la GT. Voici donc l’essai de la version « costume gris » ou « jean baskets ». Et c’est une bonne surprise !

Perception de la Mégane 4 chez Renault à Boulogne. Je croise sur le parking une Mégane GT toute bleue, identique à celle essayée par Victor. Belle gueule. Mais la mienne n’est pas mal non plus : grise certes, mais posée sur des belles jantes alu de 18″. Première réaction : elle a quand même pas mal d’allure, plutôt sportive, bien posée sur ses roues. Mais pour une soi-disant « compacte », elle est grande : 4,35 m, soit la longueur d’un Scénic 3. Plus vraiment compacte, mais c’est la loi du marché : une 308 ou une Golf mesurent 4,25 m.

En en faisant le tour, je trouve que cette quatrième itération du modèle est plutôt une grosse évolution de style de la Mégane 3 (avec certains traits d’une Clio 4) plutôt qu’un chamboulement complet. Il faut dire que le style chez Renault a souvent été compliqué : à chaque nouveau modèle, on change tout. Au hasard : Renault 14, 11, 19, Mégane 1 à 4. La continuité entre 3 et 4 me semble assez évidente !

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Tour du propriétaire : la grosse calandre au logo plus gros que ma main ne choque pas plus. Les phares LED sont assez réussis, effilés et bien intégrés dans le bouclier. Le décroché en forme de C qui forme la signature lumineuse me laisse plus dubitatif : c’est assez artificiel comme effet de style au final. Le capot moteur vient englober le dessus des ailes, comme sur la nouvelle Audi A4, la qualité perçue en profite. Un coup de gouge à la jonction aile-porte, un gros décroché dans le profil pour le dynamiser, elle soigne les détails. Le hayon est paré de feux prenant quasiment toute sa largeur. Pas très discret, ça fait un peu sapin de Noël, et il aurait peut être mieux valu soigner les ajustements de carrosserie à la jonction hayon/aile : un décalage bien visible est présent à cet endroit. Dans le losange Renault se trouve la caméra de recul, insuffisamment protégée des chocs ou de la pluie. Impression générale plutôt bonne : c’est valorisant sans être ostensible, rassurant et fédérateur. Le temps de l’essai, on m’a dit plusieurs fois : « elle a une belle allure, c’est la version sport ? » Allez, validé !

À l’ouverture de la porte, plusieurs bons points. Tout d’abord la portière est équipée de beaux joints doubles, assurant une bonne étanchéité de l’habitacle. Ensuite, ça fait plutôt sérieux, très germanique. Tout en noir, ça manque singulièrement de joie de vivre et de » youplala ! », mais ça ira bien avec mon costume du jour. Et puis, Renault a dégainé l’arme secrète-qui-met-de-la-couleur : l’éclairage d’ambiance à LED sur les contre-portes et la console. Les jolis sièges non-baquets sont en cuir, option à 1500 € qui inclut aussi le chauffage et le massage pour le conducteur mais oublie, ô mesquinerie, les réglages électriques dudit siège.

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Le combiné d’instrumentation est intégralement repris du SUV Kadjar (que j’avais testé ici) : deux classiques indicateurs à aiguille encadrent un écran LCD paramétrable. Le volant cuir à méplat est bardé d’un kyrielle de boutons mais la voiture dispose aussi du traditionnel satellite radio Renault (de quoi plaire à celles et ceux qui veulent tourner le volant tout en baissant le volume de la radio, fin du message personnel).

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Au centre de la planche de bord trône l’immmmmmense système R-Link 2 dont est équipé ma Mégane en finition haut-de-gamme Intens. J’avais apprécié le R-Link dans le Kadjar : très réactif, muni de plein de petits fonctions sympas (dont un Sudoku), il nécessiterait quasiment un article à lui tout seul. Je le retrouve donc avec plaisir et je m’empresse de désactiver toutes ses notifications sonores qui sont extrêmement anxiogènes. La dalle est extraite telle quelle d’une Talisman et en reprend le format « portrait ». Les finitions inférieures de la Mégane ont droit, elles, à un écran « paysage » plus petit. La dalle gère dorénavant le « zoom pincé » comme sur votre téléphone. Elle est réactive, mais il n’en est pas tout à fait de même avec l’OS embarqué, ce qui change du Kadjar.

Plusieurs fois le système s’est grippé légèrement et, surtout, la diffusion de musique en bluetooth depuis mon téléphone s’interrompait souvent lors du changement de fonction, c’était assez gênant. Et tant qu’on y est, une petite simplification des menus serait aussi la bienvenue, sans parler d’une petite touche de couleur, parce que c’est tout gris. Le GPS est des plus corrects, et je ne résiste pas à l’envie de vous montrer le menu de choix de l’icône qui représentera votre voiture sur la carte. Par contre, pas de Mégane dans les choix proposés, dommage.

Le R-Link 2 gère aussi la ventilation : plus de boutons mais un écran de contrôle plutôt complet. J’apprécie moyennement : c’est souvent plus rapide avec une platine dédiée. A propos de boutons, Renault, si tu me lis : il reste de la place sur la partie droite de l’écran, ce serait sympa d’y ajouter quelques boutons de raccourcis pour, par exemple accéder rapidement au menu « destination » ou « multimédia ». Le plastique brillant plutôt quelconque autour de l’écran m’inquiète un peu pour sa durée de vie confronté à des ongles longs, au contraire du reste de la planche constituée d’un beau plastique moussé. La partie inférieure est nettement plus quelconque : plastiques durs qui font toc, dommage. Quelques ajustements et finitions mériteraient d’être améliorés eux aussi : la jonction porte/ tableau de bord n’est pas des plus heureuse, et le couvercle de boîte à gant s’ouvre en plein sur les genoux du passager. Ah, il manque aussi quelques rangements, jamais assez nombreux. Encore quelques efforts à fournir M. Renault, mais l’impression générale de qualité est plutôt bonne.

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Testé avec quatre personnes à bord, l’habitabilité est fort correcte, même si cela n’atteint pas bien sûr le confort d’une familiale. Les places arrières bénéficient d’aérateurs dédiés et d’aumonières dans les sièges avants. Les fixations isofix sont bien protégées par des caches rotatifs, et un accoudoir central arrière est inclus dans le pack cuir. La garde au toit reste bonne partout, la ligne de la voiture y aide beaucoup. L’espace aux jambes des passagers arrières est correct pour des enfants, mais sera serré avec des adultes de grande taille. Le coffre (oui, il faut en parler, parce qu’une voiture ça sert aussi à transporter des objets), a un volume de 434 l, très bien pour un départ en week-end et même un peu plus. L’accès est hélas peu commode : seuil de coffre haut, et ouverture plutôt étroite. J’attends donc l’Estate avec impatience !

Sous le coffre… aahh surprise : pas de roue de secours, mais le caisson de basse du système audio Bose optionnel (600 €). Ce système est, comment dire…. mettons qu’il doit sûrement être meilleur que le système de base, mais on est très loin d’avoir du son de qualité. « Oui, mais tu compares toujours avec du premium, c’est pas pareil ». Oui d’accord, mais mes oreilles ne sont pas premium et l’audio Bose ne m’a absolument pas convaincu. Ça manque de tout : puissance, définition, spatialisation. À revoir rapidement ! Un autre point qui me fâche : comme sur le Kadjar, le bouton d’activation du régulateur de vitesse se trouve sur la console centrale, plutôt en arrière. Outre le fait que cela nécessite une petite séance de contorsionnisme pour l’activer, c’est surtout dangereux, car placé juste à côté du frein de parking. D’ailleurs, ça n’a pas loupé, j’ai par mégarde actionné le frein alors que je roulais à 130 sur autoroute. Il semble y avoir une sécurité quelconque, sinon je ne serai peut être pas en train de vous en parler.

Moteur

Sous le capot : un diesel dCi 1.6 l, déjà essayé par l’excellentissime collègue Gabriel sous le capot d’une Talisman ici. Il développe toujours ses 130 ch à 4000 tr/min pour 320 Nm de couple, mais il n’aura ici que 1318 kg à mouvoir, contre 1505 pour la Talisman. 200 kg de moins, de quoi changer de vie. Boîte 6 vitesses manuelle ici aussi, et c’est tant mieux, car je garde un fort mauvais souvenir de l’EDC 6 rapports vue sur le Kadjar. Lente, filtrant le moteur de 110 ch, elle imposait de réfléchir longtemps à toute velléité de dépasser, ne serait-ce qu’un tracteur.

La gamme Mégane est pour l’instant composée de 3 moteurs essence (100, 130 et 205 ch) et de 3 diesels (90, 110, 130). La gamme essence présente un sacré « trou » entre les deux versions hautes, tandis que la gamme diesel est limitée à un petit 130 ch, quand la concurrence Peugeot (au hasard) propose du 150 voire même du 180 ch. Évolutions moteur probables donc, d’autant que cela existe dans le catalogue d’organes de Renault. Dans le registre des bizarreries, hormis la GT, une seule version est équipable d’une boîte automatique EDC : la dCi 110. J’avoue avoir du mal à comprendre l’idée de limiter la boîte auto à un moteur de puissance tout juste suffisante, et exclusivement diesel !

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Démarrage du moteur. Pas de doutes, c’est un diesel, mais il reste assez discret : aucune vibration parasite, juste le tactactac qui reste assez léger. Mon coude se pose sur l’accoudoir central, la main sur le pommeau et on y va. La direction est douce et précise, assez filtrante, laissant passer peu de sensations de route. Le levier de vitesse est pour sa part plutôt déroutant dans son maniement. Il est très léger, et on nage dans le flou artistique jusqu’à verrouiller totalement le rapport, ce qui se fait en forçant un tout petit peu. Pour autant, elle est bien guidée et je n’ai jamais loupé un passage. Plutôt étrange mais je m’y suis fait, au point d’apprécier ce mode de fonctionnement plutôt doux. Je m’insère dans la circulation boulonnaise sans soucis. Le petit moteur semble bien à son aise dans cette compacte, aidé par la boîte dont les premiers rapports sont bien étagés.

J’ai malgré tout eu du mal durant quasiment tout l’essai sur le passage de la première à la seconde : ça rue un peu et ça manque de souplesse. En montant vers 3000 tours, ça passe mieux, et il faut bien décomposer le mouvement. Les rapports supérieurs passent quant à eux sans à-coups. En dehors de ce petit problème de boîte (lié peut être au conducteur…), une chose me frappe : c’est doux, calme et confortable. Les nids de poules sont absorbés en douceur et l’on se prend à se délasser.

I Got the Feeling

C’est le moment de tester le système Multi Sense dont est équipée cette Mégane. Par le biais d’un interrupteur placé sur la console centrale, plusieurs ambiances de conduite sont disponibles : Sport, Confort, Eco, Drift, etc… Malheureusement, pas de suspension pilotée ou de quatre roues directrices ici, mais les temps de réponse de l’accélérateur et la dureté de la direction seront impactés. Pour ce qui est des modifications cosmétiques, les modes vont modifier l’agencement des compteurs, le coloris des LED de l’éclairage d’ambiance, ajouter une sonorité moteur (en mode sport), ou mettre en action le massage du siège conducteur.

En dehors de la sonorisation artificielle du moteur qui s’avère carrément inutile et de mauvais goût, l’idée du Multi Sense est assez bonne. Il existe une réelle différence de toucher de pédale et de réactivité entre sport et confort. Le mode « sport » est évidemment le plus agréable et la voiture se révèle alors très plaisante à conduire. Oh, n’attendez pas un dragster fumant tout le monde au démarrage ou une bombinette de course de côte, mais c’est plutôt vif, d’autant que la boîte à guidage par logique floue est bien étagée jusqu’au 5ème rapport, qui est hélas un peu trop long, tout comme le 6ème. La Vmax théorique est de 198 km/h tandis que le 0 à 100 se fait en 10 secondes tout rond. C’est dans les standards de la catégorie et je n’ai senti à aucun moment de manque crucial de puissance sur une conduite plutôt « pépère ». Le châssis va de toute façon vous rappeler à l’ordre si vous avez envie de faire la course. Trop souple, la Mégane va prendre un peu de roulis en virage. La tenue de route reste neutre en toute circonstances, de manière très sécurisante. Sur un parcours un peu sinueux, elle s’en sort bien et ne montre pas de faute particulière, à condition de rester à allure tranquille, ou juste un peu plus que la limite. Le freinage est quant à lui efficace mais manque de sensations de mordant.

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Ça freine, mais comme dans du coton, tout semble filtré, lissé. Quant à l’autoroute, les rampes d’accès et longues montées se prennent sereinement, le moteur ne s’essoufflant pas. Tout au plus faudra-t’il rétrograder en cas de camion-bouchon, la 6ème étant un peu longue. Les reprises, aidées par le confortable couple de 300 Nm, se font sans sourciller.

Vous allez me dire que franchement, c’est pas terrible, je ne vends pas du rêve ? Vous auriez pourtant tort de passer à côté car il ne faut pas oublier sa cible. C’est une petite familiale, une voiture de tous les jours, pas une sportive. Et pour ce qui est du confort, de la douceur et de la souplesse de fonctionnement, c’est une des voitures les plus agréables que j’ai conduit dernièrement. Hé oui, c’est dit. D’ailleurs, un test imparable : ma fille âgée de 7 ans, bien calée dans son réhausseur nous a dit tout à trac : « Papa, j’aime bien cette voiture, il y a des jolies lumières dedans et puis c’est confortable ». Voilà voilà…. Mais vu qu’elle ne remplit pas le réservoir, je dois vous parler de la consommation. Sur plus de 1000 km d’essais, composé pour moitié d’autoroute et pour moitié d’autre chose (un mix ville/départementales difficile à quantifier), la moyenne s’est établie à 5,5 l/100 km. Très honorable pour la puissance, même si, pris au jeu de la conduite douce, j’ai rarement roulé à des vitesses que la morale réprouve. Tant que nous y sommes, parlons aussi du tarif. Cette Mégane dCi 130 en finition haut de gamme Intens est au prix de base de 29 420 €. Moyennant plusieurs options (pack cuir à 1500 €, sono Bose à 600 €, affichage tête haute à 400 € ou régulateur adaptatif à 300 €) le prix atteint 32 720 €. En m’amusant avec les configurateurs, j’atteint 32 860 € pour une Peugeot 308 Féline HDi 120 et 35 241 € pour une Golf Carat TDI 110, toutes deux moins puissantes que la Mégane. Les équipements sont à peu près équivalents, même si il est parfois difficile de trouver son chemin dans les méandres des options, surtout chez Volkswagen.

Voici venu le moment de conclure. Arrivant sur un marché déjà très encombré et rempli de valeurs sûres (308, Golf, Focus, Astra, etc…), la Mégane 4 va avoir fort à faire pour se faire sa place, mais elle a de très sérieux arguments pour y arriver. Tout d’abord, son imparable douceur de fonctionnement et de conduite. Luxe, calme et volupté ? Il ne faut pas exagérer. Pour le luxe, plusieurs points de finition ou de détails sont à revoir (changez moi ce système audio !!!), et même le joli pack cuir ne cache pas l’absence de réglages électriques des sièges. Quant à un toit vitré, il s’avère introuvable, même en option ! Calme, oui certainement. L’insonorisation est de très bonne qualité et, une fois à bonne température, le moteur se fera discret, pour se faire totalement oublier sur la route. Même en conduite plus soutenue, la qualité du châssis saura vous accompagner dans votre voyage sans défaillir. Il faut juste ne pas oublier qu’elle n’est pas une sportive mais une familiale à tout faire. Quant à la volupté, des détails sont aussi à revoir : le start/stop n’a jamais fonctionné sans que j’en connaisse la raison et le R-Link gagnerait bien quelques ajustements. Mais les derniers gadgets à la mode ont bien fonctionné : le Park Assist vous gare tout seul, le régulateur adaptatif conserve vos distances de sécurité et le système mains-libres Renault, c’est quand même bien.

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Pour résumer en un mot : polyvalente. Capable de faire quasiment tout bien, la Mégane 4 est une voiture bien née. Une petite revue de détails sur les finitions et l’ergonomie de certaines fonctions, quelques motorisations plus sympas pour combler les trous dans la gamme, et je pense qu’on aura là l’une des toutes meilleures voitures du segment en Europe. Ah tiens, et une version hybride, ça serait une bonne idée aussi ! Parce que mine de rien, Renault est en train de prendre du retard sur ce plan.

Je remercie bien sûr Renault pour le prêt de la voiture.

Crédits photos : Régis Krol