Une fois n’est pas coutume, nous vous proposons une interview réalisée par nos confrères d’Automotive News Europe auprès du nouveau patron du groupe automobile français, PSA.

Carlos Tavares prend le pouvoir opérationnel chez PSA

Alors que M. Carlos Tavares s’apprête, ce lundi 14 avril, à présenter son plan « PSA back in the race » à la presse, nous vous proposons une interview réalisée récemment où le nouveau boss de PSA explique les raisons de son départ de la Direction Générale de Renault, lui qui avait auparavant fait toute sa carrière chez Renault et Nissan, après une surprenante interview accordée à Bloomberg où il annonçait vouloir diriger « un grand groupe automobile ». C’est au rédacteur en chef Luca Ciferri que l’on doit d’avoir recueilli ces propos, traduits par nos soins.

Luca Ciferri : Quand et comment avez-vous su que l’on allait vous proposer la direction de PSA ?

Carlos Tavares : C’était à l’automne de l’an passé : un chasseur de tête a pris contact avec moi.

L.C. : Qu’est-il arrivé ensuite ?

C.T. : J’ai rencontré chacun des membres du conseil de surveillance : les discussions étaient très intéressantes. Ce sont des personnes remarquables. J’ai été vraiment heureux de recueillir leur soutien à l’unanimité lors du vote [qui l’a porté à la tête du conseil de surveillance, en février dernier].

L.C. : Etiez-vous en train d’étudier d’autres offres de recrutement ?

C.T. : Plusieurs options s’offraient à moi, mais PSA était celle qui représentait le plus gros challenge en terme d’enjeu.

L.C. : Combien de temps avez-vous pris pour accepter ?

C.T. : Le temps d’en discuter avec mon épouse.

L.C. : Peut-on dire que vous avez le poste le plus difficile de toute l’industrie automobile ?

C.T. : Non, ce serait arrogant que de dire ça. J’ai certainement le poste le plus exaltant qui soit, car lorsque vous avez l’opportunité de participer à un changement, je pense que c’est excitant.

L.C. : Comment perceviez-vous le groupe PSA avant d’arriver à sa tête, et comment comparez-vous ce ressenti avec la réalité ?

C.T. : La chose la plus évidente de l’extérieur était que c’était une entreprise européenne avec un focus important sur le marché européen, et un appétit légèrement plus réduit pour les marchés d’autres continents. Ce qui était aussi visible en dehors était la qualité et la cohérence de leurs produits. Il y a une signature vraiment spécifique à Peugeot et à Citroën, c’était perceptible à l’extérieur et c’est encore plus prégnant à l’intérieur. J’ai estimé que j’y trouverais de personnes de très grand talent équivalent à celles que je connaissais chez Renault. Et ce fut le cas. Beaucoup de personnes dans cette entreprise ont la même formation scolaire qu’eux, ils sont allés dans les mêmes écoles d’ingénieurs, de design ou de commerce. Je pense que c’est un grand atout.

L.C. : Quelle a été votre plus mauvaise surprise ?

C.T. : C’est là une autre chose que l’on ressentait depuis l’extérieur : la culture du profit n’est pas suffisamment développée dans l’entreprise. Gagner de l’argent n’était pas au centre des préoccupations de PSA. Maintenant le groupe comprend que si l’on ne fait pas de profit, on se met en difficulté. Je pense que cela servira de leçon pour la génération actuelle de gens qui travaillent chez nous.

Propos recueillis par Luca Ciferri pour Automotive News Europe. Retrouvez l’entretien original en anglais à ce lien.