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L’école de la glisse, tout le monde en rêve. Mais nous avons mis un photographe au volant et un rédacteur derrière le boîtier. Trajectoires approximatives et photos floues ? Ou pas ?

Amis lecteurs du blog, vous vous êtes peut-être habitués à lire mes essais depuis le début de l’année, mis en images dans la plupart des cas par Benoît Meulin. Cette fois-ci, nous avons décidé d’inverser les rôles : Ben faisant le cobaye dans une école de pilotage et votre serviteur occupé avec un truc ayant plus de possibilités de réglage qu’un Drive Selector. C’était fun. Pour nous deux…

Cher lecteur du blog, si tu n’as jamais lu le crédit photo des articles du formidable Gabriel L (essayeur émérite, pilote chevronné, recordman du monde de vitesse, philosophe de l’accélérateur et journaliste pointilleux), je suis la personne créditée comme étant le réalisateur de ses visuels. Et crois moi, cher lecteur, ma vie n’est pas simple. Entre les photos dynamiques, réalisées du bord (ou au milieu) de la route au péril de ma vie, les photos de détails, couché à même le bitume ou, comme vous l’avez vu (ici : http://blogautomobile.fr/kia-ceed-gt-262580#axzz3gPZabYaI), allongé sur le béton froid d’un parking de centre commercial en pleine nuit, ma vie est dure et je vous demande de ne pas en douter. Alors que fait-on quand comme moi, on n’a pas de talent de pilote, pas de connaissances, et qu’accessoirement, quand on est passager, on a facilement le ventre au bord des lèvres ? On se révolte ! On s’insurge ! On brandit les banderoles et on hurle que l’on veut s’émanciper !

Mais Gabriel L (dit « Le Fourbe » – ou plutôt « le pédagogue », note de lui-même), plutôt que de me contraindre à rester dans ma triste condition d’esclave photographique, m’a donné quelques tuyaux de conduite soutenue et surtout, avec le concours d’autres amis fourbes, m’a offert un stage de pilotage. J’ai donc pris contact, sur leurs recommandations, avec Pilotage Concept en vue d’un stage de Rallye-Cross sur le circuit de Dreux.

C’est ainsi qu’un doux samedi matin de Juillet je me suis retrouvé, sous un soleil radieux, au briefing du stage.

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(Benoît M., studieux, t-shirt bleu et lunettes noires)

Ce briefing est animé par Renaud, patron de Pilotage Concept, titulaire d’un beau petit palmarès à quatre roues en vitesse et passionné par la transmission de son savoir. Le briefing le démontre bien : on n’est pas là pour se prendre la tête, mais pour autant on ne va pas y faire n’importe quoi ! On y présente l’école, les véhicules disponibles et leurs spécifications (sans omettre de mentionner la consommation journalière en carburant et en pneus) puis on y aborde la partie technique propre au stage. Comment marche un transfert de masse, comme tenir son volant (à tous ceux qui pensent passer un virage en glisse en faisant un seflie avec le coude à la portière, passez votre chemin).. Renaud pose LA question « Vous avez tous, je pense, déjà essayé de faire glisser une voiture ? ». Bah non, pas moi en fait. À part peut être un petit frein à main mais sinon, toutes mes glisses étaient involontaires. Un pur débutant, j’vous dis, ne cherchant pas vraiment à vivre l’Automobile qu’en cruisant au volant de mon cabriolet Volvo 5 cylindres Diesel !! Par contre, quand Renaud nous parle de l’importance de bien placer son regard, ça me parle plus ! Ca, je pratique au guidon de ma KTM 990 et j’ai hâte de voir comment dupliquer ça en auto. Allez, fin du briefing et direction le paddock !

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Avant de prendre le volant d’une des quatre Subaru Impreza de 285 canassons (groupe A), nous allons faire un tour avec un pilote-instructeur. Je monte devant (mettant ainsi toutes les chances de mon côté pour ne pas restituer mon frugal petit déjeuner) et nous partons pour 2 tours. Le premier, abordé à vitesse assez raisonnable, nous montre le tracé, le second, abordé à vitesse un peu déraisonnable nous montre ce que l’on devra faire.

Le tracé de la piste mixte de Dreux (constitué de terre et de bitume basse adhérence) est assez simple pour être assimilé rapidement. Départ, pif paf dans la terre avec option glisse, parabolique, ligne droite, pif paf bitume, grand gauche en appui , pif paf,puis retour.  La présence de terre est amusante et l’idée de jeter une voiture dans un droite-gauche terreux à plus de 80 km/h n’est pas forcément quelque chose de naturel chez moi. Bref, le petit pipi de la peur sera nécessaire (note de GL : tu parles, tu as disparu un quart d’heure !)

On m’appelle, je monte dans la Subaru numéro 11. Casqué, déterminé, le regard sombre tel Steve McQueen dans « Le Mans » (cf. ici), je m’assois dans le baquet.

Mon coach se présente. Il s’appelle Chris.

Chris est beau, Chris est tatoué. Chris est diplômé d’état en voiture, moto et plongée. J’ai même le sentiment qu’il est gentil avec les enfants et capable de cuisiner une tarte au citron de la mort qui tue. Chris a le sourire ultrabrite, des bras gros comme mes cuisses mais le pire, au delà de l’immonde constat précédent, c’est qu’en plus, Chris est sympa ! Putain, y’a pas de justice !

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(Chris est beau. Ben est à gauche)

En plus, Chris est pédagogue et me met en confiance. On sent chez cet individu le même sens du partage de la passion que chez Renaud. Chris a un palmarès lui aussi mais dans la moto (le cross). Cela étant je peux être certain d »une chose : la terre, il connaît.

La Subaru numéro 11 est spartiate. Pas moyen de lier mon téléphone en BT (qui n’existe pas) au système audio (qui n’existe pas) de la voiture, pas de GPS, pas de sièges chauffant, pas de toit ouvrant. Deux baquets, un harnais 4 points : voilà pour le confort. Je vous avoue avoir failli m’insurger car Gab’ m’a habitué à me transporter dans un certain standing (iciici et encore ) et franchement, on s’habitue. De qui se moque-t-on ?

Bref.

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Je pars sous les conseils avisés de Chris. La voiture véhicule (ce qui est cohérent) une vraie ambiance de sports mécaniques. Tout est vidé, dénué de tout superflu et orienté vers la performance. Tout participe à se sentir au volant d’un réel bolide : une direction très précise et sans aucune latence, des suspensions réglées au quart de poil pour bien sentir la voiture, une boîte précise et très directe (on sent presque les pignons) et un bruit. Ce bruit est celui du boxer qui anime la Subaru. L’accélération est franche et sans temps mort, sans même parler des déclenchements de turbo (qui déclenchent des sourires dans l’habitacle). Dans l’auditif, je me rendrais aussi compte que la voiture renvoie à mes oreilles tout ce qui se passe sous les pneus. Les graviers tapent une carrosserie qui ne filtre plus rien (les intérieurs de portière ont disparu), les crissements de pneus etc… l’expérience m’apprendra combien il est important de ressentir, d’entendre, de voir tout cela pour juger et comprendre les réactions de la voiture. Dans ma Volvo, c’est la philosophie contraire : tout est fait pour m’isoler de la route.

Un tour « à blanc » pour prendre la mesure de la piste et de la voiture et au tour suivant on attaque. On attaque oui. Et j’ai perdu… l’arrière de la voiture. L’amorce de dérapage était bonne, trop peut être ou alors ma reprise de gaz trop timide. Bilan, un drift, un contre-braquage de trop et zou, demi-tour… face à la piste mais dans le mauvais sens.

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(joli ballet !)

Chris sourit. Il a les dents blanches. Je le déteste. Temporairement, du moins. Il me dit que c’est dans l’ordre des choses et que ça va le faire, je n’ai pas à m’inquiéter. Il est sympa Chris. Je repars.

Tour bouclé, retour dans le coin terreux. Je mets la voiture en direction du cône de visée, volant, freins, la voiture dérive, contre-braquage, accélération et… ça passe ! Yes !

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Soyons clairs, je vous l’ai dit plus haut, jeter une voiture de presque 300 ch dans un virage n’est pas vraiment ce que mon quotidien de conducteur m’a appris à faire. Je pense être un bon conducteur mais piloter, c’est un autre monde. Cet autre monde est fait de châssis qui travaille, de voiture en appui, de corrections de trajectoires à l’accélérateur. Une bonne voiture au quotidien, souvent ça s’oublie, une voiture de sport demande de la concentration, de la méthode et de la précision. Tout ordre donné au bolide génère une réaction quasi immédiate qu’il faut savoir anticiper (et donc comprendre). Ça ne s’improvise pas, croyez moi. Les conseils d’un pro sont les bienvenus et vous éviteront la méthode empirique qui vous fera potentiellement plier un paquet de voitures.

Et force est de constater que tout ceci n’a pas cours dans mes bouchons, avalés quotidiennement au volant de mon fidèle cabriolet au mazout. On peut cependant affirmer que l’expérience du pilotage et du test des limites d’un véhicule peut amener de la sécurité sur la conduite quotidienne (cette phrase vous est offerte par Chantal P. qui a tenu à sponsoriser 1 % de cet article pour montrer à quel point elle est ouverte d’esprit quand on est de son avis)

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Au fil des tours, le geste va devenir plus sûr, la glisse plus maîtrisée et les sensations meilleures, sous les conseils enjoués et les encouragements généreux de mon Maître à piloter. Bien évidemment tout cela se fera à grand renforts de tours de volants, de prises de pied dans le tapis de sol (qui n’existe pas) et pas tout seul (c’est amusant comme sur Forza MotorSport, la Subaru est bien facile à mettre en glisse, même si les 4 roues motrices réagissent à l’image du modèle de ma console lors de la reprise d’adhérence). Il y a du travail, mais cela se fait tour par tour et de manière plutôt amusante et progressive.

Chris m’encouragera à passer plus fort, avec plus de dérive et un rapport de moins pour mieux reprendre l’adhérence. Je ne suis pas seul sur la piste et nous nous retrouvons derrière une autre Subaru au moment de passer le pif-paf et donc j’aborde la manœuvre dans un nuage de poussières à couper au couteau ! pas de visibilité, une vague idée de là où il faut aller, pied dedans quand même et ça passe ! Le pilotage, c’est un truc de braves.

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Je prendrais tout de même 20 bonnes minutes de pause entre les deux séries de huit tours pour assimiler les conseils, me repasser le film de ma prestation et essayer d’en retirer des axes d’amélioration. Le constat est là, je ne freine pas assez longtemps et ne déclenche pas assez de survirage. Constat validé avec Chris à mon retour dans la Subaru numéro 11 et c’est reparti.

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A la fin des deux séries de huit tours, je m’amuse comme un petit fou. Le grand droite en bout de piste devient même le lieu de quelques dérives réalisées en m’appuyant sur les bons conseils du Fourbe. Le droite gauche dans la terre passe de manière plus fluide, avec une dérive appuyée et surtout enfin contrôlée.

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Sous les yeux du Fourbe Gabriel, je prends donc une certaine aisance dans l’exercice et dans ma compréhension de la chose à 4 roues. En suivant les conseils de Chris la progression se fait naturellement. Si on est suffisamment concentré et à l’écoute de ses propos, chaque tour marque un gap dans la prise en main de l’ensemble. Quelques autres stagiaires n’auront pas ma patience et voudront attaquer à toute barde. Bilan : pas un passage propre et des collections de tête-à-queue à faire pâlir Marc Dorcel (note de GL : quel culture, Ben !)

Le fait que le circuit soit simple et que les efforts se concentrent sur un seul virage permet de travailler plus efficacement, bien plus que si chaque virage devait être sujet d’exercice, ce qui rendrait le nombre de choses à assimiler sur un stage de cette durée trop important (surtout pour un esprit simple comme le mien).

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Renaud, patron de pilotage concept, confirme mon point de vue.

« Nous avons été associés aux réflexions sur la construction de la piste mixte avec la ville et l’association sportive automobile. Nous avons ainsi pu veiller à ce que le circuit soit à la fois conforme aux normes de compétition françaises et européennes de Rallye Cross et également un tracé assez simple pour que des stages puissent se dérouler sur un circuit facile à retenir pour les stagiaires ».

J’en ai profité pour lui poser quelques questions sur la bonne manière d’appréhender le stage

Renaud « Il ne faut pas se fixer d’objectifs et se dire que l’on vient prendre du plaisir à piloter. Il faut savoir rester concentré et suivre les conseils. On voit parfois arriver des gens un peu trop fougueux que l’on arrive à détecter et à cadrer de manière à ce que le stage se passe bien. On a parfois aussi des faux calmes plus durs à repérer ou des gens qui une fois dans la voiture perdent leurs moyens, se trompent de pédale etc. Ce sont des cas très rares que l’on a appris à gérer avec le temps. La casse matérielle reste un cas très exceptionnel compte tenu des conditions de sécurité et l’accompagnement ».

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En résumé : Pilotage Concept propose une formule plutôt sympa dans le sens où vous êtes seul maître du véhicule, Le temps de roulage reste plus important qu’une découverte en GT (que l’école propose aussi soit dit en passant). les formules vont de 79 € (Pour 3 tours en passager et 3 tours au volant d’un WRX standard) à 799 € pour une formule racing sur toute la journée, mixant groupe A et groupe N.

J’avais opté pour 2 fois 8 tours en Groupe A ce qui permet une bonne appréhension de la discipline et vous laisse la possibilité de reprendre une série de 8 tours. J’ai même offert à ma Douce un baptême (39€) représentant 2 tours avec un pilote (évidemment, c’était Chris qui en  profité pour finir un pneu).

Chaque véhicule est équipé d’un système vidéo qui enregistrera directement vos exploits sur la clé USB qui vous sera donné en début de stage. Vous pouvez, moyennant 39 €, repartir avec. C’est un moyen sympa de se souvenir de cette découverte et des sensations qui vont avec. Et puis pourquoi pas une base de travail si vous souhaitez y retourner. Moi perso, j’y referai un tour !

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Photos : Gabriel Lecouvreur

Plus d’infos, tarifs, formules et contacts : www.pilotage-concept.com et leur page Facebook.