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Au cas où vous ne le sauriez pas, Mini est une marque à part entière. Ce qui signifie qu’elle doit avoir une gamme de modèles suffisamment importante pour satisfaire le plus grand nombre, quitte à se laisser aller à quelques bizarreries, comme ajouter 2 portes à la mythique citadine.

 

Attention, cette partie traitant du design extérieur renferme un maximum de subjectivité.

Pourquoi vous le cacher ? Je n’aime pas le style de cette Mini 5 portes. Déjà, j’avoue avoir un peu pleuré lors de la publication des premières photos de la déclinaison 3 portes, en début d’année. Entre l’important porte-à-faux avant (le principe des « 4 roues dans les coins » en prend un sacré coup), la face avant grasse et les feux arrières démesurés, la pauvre n’était pas spécialement à la fête. Mais, en bon optimiste que je suis, j’ai tout de suite pensé « oh mais t’inquiètes pas, de toute façon toutes les voitures actuelles sont difformes sur les photos officielles, tu l’aimeras bien en vrai ». Hmm… Non. J’ai continué de pleurer lorsque j’ai croisé les premiers exemplaires dans les concessions, malgré des finitions hautes et un certain nombre d’options, tandis que je tairai pudiquement les désagréments gastriques occasionnés à la vue d’un exemplaire sans grosses jantes ou phares LED.

La greffe de deux portes supplémentaires n’a donc pas arrangé les choses, bien au contraire. Le profil se voit étiré de 16 (!!) cm, de quoi venir titiller les 4m de long (3,98m très exactement). Le résultat n’est pas très gracieux : on dirait qu’on a mis une Mini 3p dans un étau et qu’on a tiré. Mais le plus cruel pour la petite revient à la vue ¾ arrière : pour augmenter la taille du coffre, les designers ont incliné la lunette arrière, « extrudé » le panneau de coffre et augmenté le porte-à-faux de 9 cm. S’en résulte un résultat très bancal et –osons le dire- franchement pas beau. Et, tant qu’on y est, dommage que les vitres sans encadrement ne soient pas reprises sur ce modèle. Alors, oui, les phares sont toujours ronds, oui, la calandre hexagonale est là, oui, le pare-brise est très droit, oui, on garde le toit flottant, mais ce n’est pas parce qu’on a tous les ingrédients qu’une recette marche à coup sûr : le charme des deux premières Mini de l’ère BMW a pour moi disparu. Dommage. (sans compter que, dès 2008, Lifan proposait la 320, une vulgaire copie de la Mini… Mais déjà avec 5 portes. Du coup, on pourrait presque -pour une fois- les considérer comme des précurseurs)

J’espère que ça n’aura pas servi à rien… Que vaut l’habitacle ?

Rassurez-vous, ça va beaucoup mieux une fois qu’on ouvre les portes. Ça commence avec une planche de bord bien quali comme il faut : si certains pourront regretter la migration du tachymètre du centre du tableau de bord vers une plus conventionnelle place derrière le volant (je n’en fais pas partie), on ne pourra que féliciter Mini pour le design général, la qualité des matériaux et leurs assemblages. Tout est là où il devrait être, aucune faute de goût : difficile de chipoter sur quoi que ce soit. On pourra également être impressionné par les équipements disponibles : on y retrouve pêle-mêle le parfait GPS Professional by BMW accompagné de sa molette tactile, un affichage tête-haute couleur, une caméra de recul et même un régulateur de vitesse adaptatif secondé par un système d’arrêt d’urgence entre 10 et 60 km/h, capable de détecter piétons et cyclistes (et si vous voulez enregistrer les embouteillages quotidiens sur votre route du travail, il suffit de poser quelques GoPro sur votre Mini et de les contrôler à partir du GPS. Si si, c’est vrai). Aucun doute : cette Mini se dote de tout ce qu’il faut pour asseoir sa position de petite citadine chic & premium (attention à toi, Audi A1). Et c’est aussi là où on se dit que, malgré toute leur bonne volonté, il faudra un certain paquet d’années à DS pour arriver au niveau de ces marques…

Mais il est temps de parler ces spécificités apportées par cette greffe de portes : qu’ajoutent les deux ouvrants et les 72mm d’empattement supplémentaires ? Concernant les portes arrière, l’accès à la banquette est forcément simplifié par rapport à une 3 portes. Mais… C’est toujours pas la fête. La faute à des tout petits ouvrants, qui s’ouvrent certes très amplement, mais ça ne fait pas tout. Du coup, quelques contorsions seront parfois nécessaires pour accéder à un espace accueillant…pour deux adultes, la place centrale étant plus là pour faire joli qu’autre chose (ou alors pour transporter 3 Doria Tillier). L’augmentation de 37mm de l’espace aux jambes est appréciable, tandis que la garde au toit est suffisante (normal, avec 13mm de plus). Le coffre, lui, passe à 278l, de quoi accueillir 2 bagages cabine en toute décontraction (pour info, la DS3 accepte 285l et l’A1 270l), tandis que le plancher peut se positionner sur deux niveaux, de quoi garantir un plancher plat si on décide de rabattre la banquette arrière.

Ok ok, ça m’a l’air correct. Mais sur la route, ce « go kart feel », ça rend quoi ?

Bon, désolé, mais je vais devoir encore une fois vous ressortir mon habituel laïus « blablabla première Mini que je conduis blablabla pas moyen de comparer avec ce qui se faisait avant ». En revanche, j’étais sûr d’une chose (et tous ceux qui ont fait un minimum de kart seront d’accord) : l’argumentaire « han une Mini c’est comme un kart » me lassait quand même plutôt froid. Il me semblait compliqué de pouvoir recréer la sensation d’être à 3mm du sol et de se ruiner le dos sur les vibreurs alors qu’on est bien au chaud dans un habitacle douillet. Effectivement, ce n’est pas le cas… Mais je me suis quand même bien amusé. Sur un trajet (curieusement beaucoup moins sinueux que ce que j’avais rencontré la veille à bord de l’Active Tourer) nous menant au cœur de la Camargue sauvage, j’ai pu me glisser au volant de la Cooper S et de son penchant diesel, la SD.

Avant de partir, quelques infos techniques : la Mini 5 portes, tout comme la 3p, repose sur la nouvelle plateforme du groupe, l’UKL (la même que pour l’Active Tourer, donc). On y retrouve aussi les nouveaux moteurs. Ainsi, les Cooper & Cooper D auront droit à des 3 cylindres de respectivement 136 et 116ch, tandis que les variantes musclées, les S & SD, auront droit à des 4 cylindres de 2000 cm3 développant 192ch pour l’essence et 170 pour le diesel (c’est d’ailleurs drôle de constater que le moteur de la Cooper S a augmenté sa cylindrée avec cette nouvelle génération alors que l’époque est au downsizing). C’est donc parti pour un petit tour, avec une bonne surprise dès le départ : pour démarrer le moteur, pas de clé à tourner ou de bouton à appuyer, non… Il suffit de presser un basculeur rouge en bas de la console centrale. L’ambiance est posée.

La journée commence donc avec une Cooper SD, dans cette superbe livrée verte et blanche. Si, au démarrage, on ne peut pas vraiment nier l’origine du carburant alimentant le petite anglaise, le moteur a le bon goût de se taire à vitesse stabilisée et de produire une sonorité assez sympathique lors des montées en régime. Quant au comportement générale, si –encore une fois- on ne peut pas parler d’un kart, l’agilité générale et la précision de la direction donnent le sourire. Sans compter que, 170ch pour 1230 kilos, ça commence quand même à être assez sympathique. A part ça, la position de conduite ne souffre aucun reproche, la consistance de la pédale de frein est très agréable et la commande de boîte, directe et précise, donne envie de jouer du levier (dommage que l’enclenchement de la marche arrière, au forceps, déçoive un peu). Un bon avant-goût de ce qui nous attendait pour l’après-midi.

 

Car oui, pour revenir à l’aéroport, une Cooper S nous tendait les bras. Même look que la SD (double sortie d’échappement centrale, prise d’air sur le capot), mais une configuration moins excentrique, avec un marron très foncé et des jantes de plus petit diamètre. Oui mais… Quelle machine ! Ce qui est marrant avec une Cooper S, c’est qu’on en voit tellement à tous les coins de rue qu’on en oublie son pedigree. Mais une petite balade vous remettra vite les idées en place, tant l’expérience vous prendra aux tripes. Notre exemplaire était doté d’une boîte de vitesses automatique à 6 rapports agréablement réactive, de quoi se focaliser sur la conduite de ce gros jouet qui pousse quand même très forts : le 0 à 100 en 6,8s est parfaitement crédible et, même si les 232 km/h de pointe n’ont –heureusement- pas été atteints, j’ai été bluffé des reprises. A n’importe quelle allure et/ou régime moteur, il suffit d’écraser la pédale d’accélérateur pour sentir la voiture réagir immédiatement : grisant. L’agilité, l’absence de roulis, la direction ultra directe m’auront tiré de larges sourires dans les –trop rares- enchaînements du parcours, surtout lorsque le mode Sport était enclenché (attention cependant à bien le désactiver une fois en ville car sinon la voiture devient inconduisible). Cherry on the cake, la sonorité suit ! Si vous tendez l’oreille, vous pourrez même entendre l’échappement gentiment crapoter au lever de pied. Conclusion, je suis arrivé à l’aéroport avec le même état d’excitation que lorsque j’ai découvert que le dernier Mr Oizo était sorti.

 

Ouais, donc en gros la Mini devient une citadine chic comme les autres.

Et c’est ça qui me gêne un peu. Vous voyez, la première chose que j’ai fait une fois rentré chez moi a été d’aller voir sur Internet les prix d’une Clubman, le chic urbain ultime à mon goût : ils avaient réussi à rendre la Mini (un peu) plus pratique et (un peu) plus logeable, tout en gardant une excentricité et un style que j’adorais, et que j’adore toujours. Là, qu’est-ce qu’ils ont fait ? Ils se sont contentés de s’aligner sur la concurrence, et je trouve ça dommage. Sur ce point de vue, il y a quand même énormément de ressemblances entre cette nouvelle Mini et l’Active Tourer de BMW, dans le sens où ils partagent cette philosophie du marché roi, quitte à perdre un peu de vue son pedigree. Ont-ils raison ? Dans le pur sens commercial, bien sûr que oui : en s’appuyant sur une solide image de marque, les marketeux pourront réussir à vendre à peu près n’importe quoi. D’autant plus que dire que cette Mini 5 portes est ratée serait un énorme mensonge : à part son style –et encore, c’est 100% subjectif-, je n’ai pas trouvé beaucoup de défauts à relever. Mais il se passe quand même quelque chose dans mon petit cœur de passionné, quelque chose d’assez difficile à décrire. Une pointe de tristesse, un peu de regret, je ne sais pas. Je me suis retrouvé à dire du bien d’une voiture (parce que, objectivement, elle est réussie), tout en n’étant pas du tout emballé par le package global, subjectivement parlant. Comme si j’avais l’impression qu’ils s’enfonçaient dans une mauvaise direction : la voiture se vendra bien, mais qu’en restera-t-il dans 2, 3 générations ? C’est là la grande question, et je dois dire qu’y répondre me fait un peu peur…

IMG_1003Un grand merci aux équipes BMW/Mini pour l’invitation et l’organisation.

Crédits photos : Jean-Baptiste Passieux

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