« Oh, c’est la nouvelle 508 ? » Troisième pause pipi photos, troisième attroupement de cyclistes dans la montée du col du Turini. Elle est manifestement attendue, cette nouvelle 508.

Et puis on la voit de loin. Dans cette déclinaison GT, avec ses grosses jantes et ce sublimissime Rouge Ultimate, la nouvelle Peugeot 508 est superbe. C’est un vrai coup de cœur pour ma part : quelle allure, quelle prestance ! Dans la circulation, il y a elle et les autres. Tout en elle attire le regard. La peinture, les optiques à la fois classiques et sophistiquées, les crocs de LED qui rendent l’avant trapu au possible, les barrettes lumineuses à l’arrière -héritage direct des derniers concepts- qui se découvrent les unes après les autres lorsqu’on tourne autour de la voiture… Et puis les volumes, les proportions. Il y a dans cette 508 un classicisme quasiment intemporel. Peugeot avait eu la bonne idée d’amener dans sa flotte une 504, celle-là même qui a parcouru le Tour Auto au printemps. Et la filiation saute aux yeux ! Le modelé du capot, la ligne qui se casse au niveau de la malle, l’air de famille est indéniable.

Il y a un côté diablement sensuel dans cette 508, peut-être même sexy. Car elle n’oublie pas son côté félin et se dote d’un soupçon d’agressivité avec beaucoup de justesse. La calandre en est un bel exemple, avec ce bord supérieur éclipsé par le capot. Côté profil, les vitres sans encadrement et la griffe du concept Exalt qui lacère les portières jouent la partition de la finesse.

L’intérieur doit lui aussi beaucoup à l’Exalt. Car oui, on connaissait à 85 % l’intérieur de la 508 dès…2014 ! Tout y est, avec l’instrumentation digitale, le volant à double méplat, la planche de bord à double étage, les touches piano, l’écran central posé comme un cadre photo. Un joli placage en bois est disponible sur nos versions hautes GT, mais quel dommage que les autres finitions n’aient droit qu’à une vilaine imitation carbone. Pourquoi ne pas avoir repris la géniale idée des inserts en tissu du 3008 ?

Le style c’est bien, mais la 508 reste tout de même une berline. Et, à l’évocation de ce mot, c’est toute une palanquée de besoins et de demandes qui déboulent, le tout regroupé sous un terme fort peu glamour : la praticité. Et la 508, bien que son style soit manifestement passé avant tout, n’oublie pas d’être accueillante : ok, la voiture est basse, mais les vitres sans encadrement permettent d’accéder à l’habitacle sans vrai problème ; ok, la chute de toit est prononcée, mais le ciel de pavillon est suffisamment creusé pour que la garde au toit ne soit pas (trop) un problème. Tout juste faudra-t-il relever un espace aux pieds pas folichon, la faute aux sièges avant implantés très bas. Et, niveau coffre, la présence d’un hayon permet d’accéder aux 487 litres du coffre sans se poser de question.

Bien. Jusqu’ici, j’ai été d’un factuel assez désarment ; les choses vont sûrement changer puisque le temps est venu d’enfoncer le bouton Start. Si le programme initial prévoyait deux boucles d’essai avec trois motorisations différentes, j’avoue être sorti des sentiers battus en allant me promener toute la journée avec une seule voiture, une GT doté du PureTech 225 ch et couplé à la boîte automatique EAT8. J’étais heureux de retrouver cette association moteur-boîte que j’avais tant aimé sur la 308 GT de cet hiver, avec tout de même quelques doutes sur la réussite de la greffe sur la 508. A 1 420 kg, c’est une très légère berline (une VW Arteon ou une Audi A5 Sportback équivalente pèsent 100 kg de plus), mais c’est tout de même 220 kg de plus que la 308 !

Ceci dit, les perfs n’ont rien de ridicule : un 0 à 100 km/h expédié en 7.3 secondes, ça commence à causer. Dès les premiers mètres cependant, c’est une autre facette de la 508 qui s’illustre : son confort. Le bloc c’est d’une souplesse proverbiale, et la boîte EAT8 semble avoir gommé les petits à-coups à très basses vitesses rencontrés sur le Rifter et à 308. Et, comme sur la 308, le confort des suspensions est assez bluffant, d’autant plus que nous avions de grosses jantes de 19 pouces. Du coup, sortir des embouteillages monégasques n’est qu’une formalité et je rejoins l’arrière-pays encore tout frais et dispo. Il est temps de hausser le rythme !

Et comme on est des dinguos, on enclenche le mode Sport. Avec une petite crainte : sur la 308, il s’accompagnait obligatoirement d’un faux bruit moteur diffusé par les haut-parleurs, mais tellement fort et tellement faux que j’étais vacciné à jamais de ce maudit mode. Mais là, miracle ! Les metteurs au point semblent avoir entendu nos reproches. Alors oui, il y a toujours un bruit artificiel, mais la tonalité et le volume sont infiniment plus acceptables. On laisse le mode Sport activé ! Et on profite donc de la réponse à l’accélérateur plus directe, de la direction plus lourde et des passages de vitesse plus adaptés aux virolos.

Mais…il y a un mais : la voiture n’est pas sportive. Alors je mets les choses au clair de suite : la 508 n’est pas une mauvaise voiture pour autant, oh là là grands dieux non. C’est juste que c’est une voiture taillée pour le Grand Tourisme, pas pour l’arsouille le couteau entre les dents. En d’autres termes : on peut rouler vite plus que rouler fort. Vous voyez ce que je veux dire ? On sent que le châssis peut supporter des motorisations bien bien plus caractérielles, ce qui fait qu’il est parfaitement à l’aise avec « seulement » 225 chevaux. La voiture réagit sainement en toutes circonstances, en glissant juste un peu du nez aux limites –mais il faut rouler comme un idiot pour les atteindre. Dans le reste des cas, la direction est précise, le roulis contenu et, si l’agilité générale n’est pas incroyable, la voiture enroule de bon cœur dans les virages. La mise aux points des trains roulants est juste bluffante : quelle synthèse magnifique entre tenue de route et confort ! C’est franchement au niveau du caractère moteur qu’on sent que des améliorations sont possibles –et nécessaires si Peugeot veut proposer une version plus orientée sport.

Le retour se fera quant à lui par l’autoroute, ce qui ne fait que confirmer que la 508 est faite pour les longs trajets. Tout concourt à notre confort : les sièges confortables, les différents types de massages, l’insonorisation poussée. Ce qui est une bonne nouvelle car la sono Focale, disponible de série sur notre version haut de gamme GT, est un petit bonheur. Les aigus sont justes, les basses pas trop encombrantes, la spatialisation parfaite : ça fait du bien d’entendre un système son si bien équilibré ! L’autoroute est également le lieu rêvé pour tester les différentes aides à la conduite proposées, et notamment le système de conduite semi-autonome, regroupant régulateur adaptatif et maintien en voie. Une assistance plutôt bien fichue, même s’il faut comme d’habitude rester concentré sur la conduite et bien garder ses mains sur le volant : le système est loin d’être infaillible…

Et côté tarif, me direz-vous ? On commence à 32 300 € avec une Active en diesel 130 ch pour culminer à 46 000 € pour cette finition GT et son PureTech 225 ch. C’est peu ou prou les mêmes tarifs qu’une VW Arteon sensiblement équipée, et un chouille moins cher qu’un Audi A5 Sportback, mais tout reste à faire pour Peugeot dans ce segment : les clients auront-ils l’idée d’aller voir une 508 lorsqu’ils voudront acheter une berline premium ? Le temps nous le dira.

Ma conclusion ? Elle sera la même qu’avec la 308 GT : cette 508 GT mérite bien son nom. C’est une voiture de Grand Tourisme au sens noble du terme, capable d’avaler un grand nombre de kilomètres à rythme élevé sans fatiguer ses occupants. Et en plus, elle est divinement belle : que demande le peuple ? Eh bien il se demande ce que va réussir à faire Peugeot de ce châssis qui est capable de prendre tellement plus que 225 chevaux. Et me viennent en tête les 500 ch de la délirante (et avortée) 308 R Hybrid… Croyons mes frères, croyons.

Crédits photos : Jean-Baptiste Passieux

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