L’histoire est cocasse. La semaine dernière, j’étais au téléphone avec un très cher ami travaillant chez Toyota. Alors que je me lamentais de n’avoir pas eu de voiture depuis longtemps, il me répond du tac au tac “ben prends une Aygo” (oui, le mec est corpo). Réaction immédiate de ma part : “qu’est-ce que tu veux que je foute d’une Aygo ?”. Pour lui laisser tout de même une chance, je fais une recherche pour savoir si Toyota en a une de disponible. La réponse ne se fait pas attendre : il y a bien une Aygo, couleur bleu électrique. Et comme je n’ai jamais pu résister à une citadine flashy, je l’ai réservée. Me voilà donc au volant d’une Aygo Bleu Cyan pour cinq jours.

En faisant ça, j’ai violé une règle d’or : décider quelque chose sous le coup de l’émotion n’est jamais une bonne idée. Ainsi, après avoir retrouvé mes esprits, vient cette question dans ma tête : “mais qu’est-ce que j’ai fait ?”. Non seulement l’Aygo n’a strictement plus aucune actualité produit, mais j’ai déjà essayé ses deux clones, la Peugeot 108 (il y a certes très longtemps) et la Citroën C1. Que vais-je bien pouvoir vous raconter ?

C’est donc avec une certaine anxiété que je me retrouve au siège de Toyota France. Mais, en me retrouvant face à l’Aygo, tout s’envole. Elle est si mignonne ! Déjà, le bleu pète sa race, mais les jantes diamantées de 15 pouces sont absolument craquantes. L’Aygo a toujours eu un dessin très différent des françaises, et la face avant hyper expressive du dernier restylage n’a pas arrangé les choses. Ça pète ! Le X que Toyota essaye de faire adopter à tous ses modèles crève les yeux, les phares adoptent un petit liseré LED pour affirmer le regard et d’originales paupières (qui a dit cernes ?) font leur apparition. A l’arrière, le restylage n’a pas apporté grand chose, si ce n’est, ici aussi, un petit liseré soulignant l’architecture interne des optiques. Bref, les designers se sont permis une petite folie et c’est tant mieux, car le segment des citadines est un des seuls où on peut se permettre d’avoir une voiture originale en termes de formes et de couleurs. Et, au risque de me répéter, mon Aygo est juste bien trop mignonne.

L’intérieur est moins gai. Faites fi du cerclage des aérateurs et vous vous retrouvez avec une planche de bord uniformément grise, sans grande recherche d’agencement, bref, triste. Pas grand chose à dire dessus, si ce n’est que l’écran central peut accueillir, depuis le restylage, les systèmes Android Auto & Apple CarPlay -on y reviendra.  Côté habitabilité, il faut se rappeler que l’Aygo mesure 3,46 mètres de long ; partant de ça, il n’y a pas de miracle à attendre. Si les places avant sont tout à fait accueillantes en termes de sièges ou de côtes d’habitabilité, les passagers de la banquette arrière seront moins à la fête, avec la tête dans le pavillon, les genoux dans le siège avant, le dos bien trop vertical et le derrière pas au top. Mais les enfants seront bien plus à l’aise, ceci dit -et des fixations Isofix sont là pour les plus petits. Le coffre, lui, est réduit à la portion congrue : 168 litres.

Sous le capot ? Pas beaucoup de choix, vu qu’il n’y a qu’un seul moteur disponible : un 3 pattes atmosphérique 1.0 VVT-i proposant 70 ch et un couple décoiffant de 93 Nm obtenus à 4 400 tr/min. 70 ch, c’est 12 ch de moins que la C1 que j’avais essayé, et douze chevaux de moins quand on en a 70, ça se ressent clairement. Du coup, pas de surprise ici non plus : si l’Aygo pétille en ville, grâce à ses deux premiers rapports très courts et son bon rayon de braquage, c’est moins la fête dès qu’on en sort. Passe encore jusqu’à 70 km/h ; au-delà, c’est plus compliqué. N’hésitez pas à rétrograder de un ou deux rapports pour gagner un peu de pêche, au prix d’un bruit ambiant encore un peu moins acceptable. Et puis quand il y a du vent, bah…ça tangue.

Vous l’aurez donc compris : l’Aygo est une petite voiture pour des petits trajets. Rien de passionnant…et pourtant je l’adore.

Pour savoir pourquoi, il faut revenir un peu en arrière. Les voitures que j’ai eu récemment en main ? L’Audi RS 6 Avant, monstre de 600 ch à transmission intégrale avec tout plein de machins pour aller vite ; le Lexus UX 250h, gainé de cuir des jantes au toit ; le Peugeot 2008, avec toutes les aides à la conduite possibles et imaginables et même des compteurs numériques à effet 3D ; ou encore une Tesla Model S et son énorme écran au milieu de la planche de bord. Sans parler des 707 ch du Jeep Grand Cherokee Trackhawk. Bref, beaucoup de sophistication, beaucoup de puissance, beaucoup de technologie. Et là ? Introducing une voiture de 70 ch, passant le 0 à 100 km/h en 14 secondes, sans radar de recul ni régulateur de vitesse disponible.

L’horreur ? Pas du tout, au contraire ! J’ai ressenti quelque chose de similaire à ce que j’avais vécu à bord de la C1 : l’Aygo est joyeuse. Ça n’avance pas mais le bruit du 3 cylindres qui prend ses tours est sympa comme tout, tout en consommant que dalle : j’ai rendu la voiture avec 4,3 l/100 km de moyenne. L’intérieur est dépouillé, mais l’essentiel est là : oublions l’entrée de gamme affreusement mal équipée, mais le second niveau de finition x-play, à partir de 10 840 €, propose la clim manuelle, le limiteur de vitesse, l’écran central avec la compatibilité smartphone et (grand luxe !) une caméra de recul, tandis que le volant de pare d’une soyeuse croûte de cuir (probablement issue d’un ragondin écrasé sur l’A86). A la conduite, on sent la légèreté de la voiture et la direction agréablement calibrée permet de se jouer de la ville.

Et puis même, au-delà de ces considérations purement objectives, il se dégage de l’Aygo une belle énergie, une bonhomie, une bonne humeur communicative. Je pense que c’est dû à la simplicité de sa proposition, en fait. C’est comme le pschit à l’ouverture d’une canette bien fraîche, la peau d’un poulet rôti qui craque sous la dent, le parfum de votre bien-aimé.e : c’est tout simple mais ça fait un bien fou. C’est ça, l’Aygo.

Crédits photos : Jean-Baptiste Passieux

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