SAM_0079Renault Twizy, Fluence ZE, Kangoo ZE, ZOE, BMW ActiveE, Lumeneo Neoma, Bolloré Bluecar, Chevrolet Volt, Citroën C-Zéro, Tesla Model S, Nissan Leaf… La liste des voitures électriques essayées sur le site commençait à être plutôt exhaustive. Il en manquait cependant une à l’appel : la Mia. Et il aurait été dommage de passer à côté…

Ah, la Mia… Tout d’abord baptisée Heuliez Friendly, elle fut sauvée in extremis de la faillite de l’équipementier en 2010 par la création d’une nouvelle entreprise à son nom, mia electric. Depuis ce temps, elle trace sa route, faisant le bonheur de ses conducteurs (vous pouvez retrouver le témoignage de Renaud Roubaudi, possesseur d’une Mia, dans ses vidéos). Afin de satisfaire ma curiosité, j’ai donc décidé d’en prendre une pendant 5 jours, histoire de voir ce que valait cette voiture dans la vraie vie…

« Ah non mais c’est mort, je rentre pas là-dedans »

Je vous l’accorde bien volontiers : rouler en Mia risque fort de faire durablement baisser votre street credibility. Alors qu’une voiture « normale » est constituée d’un habitacle prolongé vers l’avant par un capot dont la taille varie selon la grosseur du moteur (et/ou inversement proportionnel à l’organe intime l’ego du conducteur), la Mia pourrait bien être la seule voiture que je pourrais dessiner sans trop de souci : pour faire simple, c’est un cube sur roues. Un petit cube sur petites roues, pour être précis : avec quasiment les mêmes dimensions qu’une Smart Fortwo (2,87 m de long pour 1,64 de large), on a vu plus gros… En tout cas, c’est fou comme la Mia aiguise l’inventivité des personnes qui la croisent : on l’a par exemple comparée à un minibus ou une poubelle JCDecaux. Cependant, ils sont tous d’accord pour l’identifier comme étant une voiture sans permis (ce qui m’a valu d’être arrêté au péage de l’A14, mais passons)… On peut aussi noter une symétrie des faces avant et arrière, avec la surface vitrée noire et les 6 feux ronds (ils sont à LED à l’arrière). Le bilan n’est pas arrangé par le logo de la marque repris un peu partout sur la carrosserie : une adorable petite fleur, virile au possible. Seules les jantes alu de 14’’, au joli design à 3 branches, remontent un peu la note. Et si vous espériez tout de même rester un tant soit peu incognito à son volant, détrompez-vous : la Mia est tellement différente des autres propositions du marché que tout le monde vous regarde. Le retour de l’effet Twizy, en quelque sorte. Il n’a pas été rare de voir un groupe entier de personnes s’arrêter de marcher et commencer à vous dévisager au feu rouge, vous prendre en photo, toquer à la vitre et demander des informations sur ce « drôle de machin ». Mais il serait malhonnête de réduire la Mia à son physique : pénétrons à l’intérieur !

 

Et si le vrai luxe, c’était l’espace ?

Déjà, quelque chose interpelle à l’ouverture des portes : celles-ci sont coulissantes, et emportent avec elles une partie du plancher. L’avantage est double : en plus de faciliter l’accès à bord dans les étroites places de parkings souterrains (oui, on a tous eu le voisin qui se colle trop près de nous), on pénètre à l’intérieur de façon totalement normale : pas besoin de se contorsionner, de se pencher ou  d’escalader quoi que ce soit, on s’assoit dans son siège comme on s’assiérait sur n’importe quelle chaise. Mais quel siège ? Car la principale curiosité de la Mia réside dans son aménagement intérieur, avec le conducteur au milieu de l’habitacle (si, si, comme une McLaren F1) et ses deux passagers à l’arrière, à droite et à gauche. Et c’est là qu’on commence à vraiment toucher du doigt le génie de la voiture : en choisissant la propulsion électrique, les concepteurs de la Mia se sont épargné un encombrant bloc thermique et de non moins encombrants moyens de refroidissement et de dépollution. Le petit moteur électrique de 13 ch (25 en crête) se situe donc sous les fesses du passager droit, les batteries sous celles du conducteur, et cela laisse un espace intérieur absolument incroyable : dans combien de voitures vos passagers pourront totalement déplier leurs jambes ? Sans compter que le coffre reste digne puisque vous pourrez le remplir avec deux cabas de courses. Tout cela dans le gabarit d’une Smart : chapeau.

Par contre, l’implantation centrale du conducteur oblige à réinventer quelque peu le poste de conduite : oubliez par exemple l’idée de console centrale, il n’y en n’a pas. Le tableau de bord est extrêmement dépouillé, puisqu’on n’y trouve que 3 boutons à gauche (sélecteur/warning/mode Eco), la ventilation à droite, et… Basta. L’affichage numérique regroupe l’essentiel : vitesse, batterie et autonomie restante, totaliseur partiel, point final. Deux larges tablettes de part et d’autre du volant permettent de déposer les clés, tickets, stylos et autres petites bêtises de la vie quotidienne. Les plastiques uniformément durs et brillants, les vis apparentes et l’assemblage…léger contribuent à une ambiance franchement dépouillée où les beaux sièges en cuir fauve finissent par détonner quelque peu. Mais, assez étonnamment, on se sent vraiment à l’aise dans cette Mia, et ce à n’importe quelle place : la surface vitrée très importante rend l’habitacle particulièrement lumineux, et cette implantation où personne ne se situe jamais totalement devant (ou derrière) quelqu’un permet de converser bien plus naturellement entre passagers, sans hausser la voix d’un seul décibel pour se faire entendre. Les seuls défauts qu’on pourrait faire remonter seraient l’absence totale de rangement fermé (dommage pour une voiture urbaine), mais aussi la galère que représente le fait de boucler sa ceinture pour les passagers arrière, la partie fixe étant pratiquement collée au siège (mais peut-être cela était-il spécifique à ma voiture).

 

« Heu, t’es à fond là ? »

Une fois la découverte statique terminée, c’est parti pour 5 jours à conduire la Mia dans mes déplacements quotidiens : autoroute, Paris, routes de campagne, rien ne lui aura été épargné.

En ville, la Mia est incontestablement dans son élément. Son gabarit y fait merveille, le rayon de braquage ultra faible permet de se faufiler partout et la visibilité périphérique est excellente : la position de conduite centrale ne mérite que des applaudissements nourris. Il faudra juste oublier le rétroviseur intérieur, qui ne sert qu’à regarder le passager droit… Concernant les accélérations, la Mia déçoit un peu : alors que j’étais habitué aux démarrages de folie des VE, on démarre en Mia comme toute voiture thermique « traditionnelle » du style Twingo. Pas le grand frisson donc, mais aucun souci dans le trafic, d’autant plus que, passé les 30 km/h, l’accélération devient nettement plus vive, et ce même lorsque le mode Eco est activé (il est strictement inutile de le désactiver en agglomération). Autre différence avec une électrique « normale » : le bruit. Comme le Twizy, le moteur est audible dès le démarrage, et, sur les pavés, la légèreté de l’assemblage ressort immédiatement avec un joli bruit de quincaille pas franchement quali. A part ça, l’amortissement est très prévenant, même à basse vitesse, et quitter votre place de parking sans bruit fera toujours de vous une star, même au volant d’une Mia. D’ailleurs, plus je la conduisais, plus son design était pardonnable. Je ne vois désormais plus que le bon côté de ce style : quelle forme géométrique permet de remplir le plus efficacement possible un volume donné ? Je vous le donne en mille : un cube. La Mia n’est donc pas moche, elle est simplement dotée d’un design ultra fonctionnel, et qui fait miracle en ville où le moindre centimètre carré disponible est ardemment recherché. CQFD. De plus, sa carrosserie en plastique la rend peu vulnérable aux petits chocs du quotidien.

On l’a donc vu : la Mia a été crée pour la ville. Mais si on en sort, comment ça se passe ? Sur les départementales et nationales, bonne nouvelle : la voiture ne rend pas ses armes, loin de là. L’accélération reste honnête et la Mia, une fois stabilisée à 80/90 km/h, reste parfaitement prévenante, que ce soit au niveau de la direction que du freinage. Et on se rend compte d’une caractéristique qui ne viendrait pas forcément à l’esprit en la regardant : la bougresse tient incroyablement bien la route. Même en essayant de la brusquer dans des virages parfois un peu pièges, la Mia ne se démonte jamais : elle reste rivée au sol, sans prise de roulis, sans tirer de l’avant ou se déhancher… Certains modèles supposés sportifs pourraient en prendre de la graine (oui, Juke Nismo, je pense à toi). On ne gêne donc nullement la circulation… Quand le terrain est plat. Car, lorsque j’ai pris ma première côte à son volant (qui n’avait pourtant rien d’extraordinaire), j’ai vu ma vitesse réduire, réduire, jusqu’à 60 km/h. Un petit bouchon commençait à se former derrière moi, et c’est à ce moment que je me suis rendu compte que le mode Eco était resté activé. Une fois désactivé, la Mia reprend des couleurs (ouf) et attaque vaillamment la côte à une vitesse cette-fois ci normale. La leçon rentre donc très rapidement : la moindre petite côte => désactiver le mode Eco…

 

Ce manque de pêche aurait d’ailleurs pu avoir des conséquences un peu plus fâcheuses sur la suite de l’essai : l’ayant garée dans ma montée de garage le premier soir, j’eus la surprise de découvrir, le lendemain suivant, que la Mia refusait de démarrer… Renseignements pris, la côte était trop pentue pour la petite. Il m’a donc fallu enlever les cales, la démarrer pied au plancher, la laisser reculer d’une paire de mètres (toujours pied au plancher…) pour qu’elle puisse remonter la côte à 1 km/h aidé de mon père qui la poussait en même temps. Un peu échaudé par l’expérience, j’éviterai précautionneusement tout relief trop exagéré (cad beaucoup de routes) et/ou pouvant nécessiter un démarrage en côte les jours suivants. Mais, si j’avais eu à faire ce genre d’exercice, qu’aurais-je du faire ? Griller le feu rouge, avec comme excuse « je ne peux pas redémarrer » ? Demander aux voitures derrière  de laisser 5 mètres derrière moi, et de me pousser lorsque le feu passe au vert ? Un petit travail est à réaliser de ce côté-là…

La Mia est homologuée comme une voiture, ce qui signifie qu’elle est supposée pouvoir rouler sur l’autoroute. N’écoutant que ma conscience professionnelle, me voilà donc embarqué sur l’A14. Verdict ? La vitesse limite de la voiture est de 100 km/h. Cette vitesse est facilement atteinte, et peut même être largement dépassée, puisque j’atteindrai la folle vitesse de 121 km/h dans une descente de l’A13. Très clairement, je vous déconseille cette expérience : on sent bien qu’il serait regrettable de bouger le volant d’un demi-degré, la voiture craque de partout… On calme donc l’allure, se calant à 100/105 km/h. A ces vitesses, tout va nettement mieux. Alors, certes, l’aérodynamisme tout relatif de la voiture la rend plutôt réceptive aux vents latéraux (attention lorsque vous dépassez un camion, vous vous ferez déporter) et les changements de cap rapides paraissent déconseillés. Mais à part ça, R.A.S, la Mia se comporte dignement : la bravitude de l’auto à Ségo me surprend agréablement. On regrette cependant la qualité de l’installation audio, clairement pas à la hauteur, ainsi que l’absence de ventilation digne de ce nom : malgré des températures qui n’avaient rien d’exceptionnel, l’habitacle de la Mia a la manie de se transformer très rapidement en sauna (merci les vitres XXL) et vous n’aurez droit qu’à une soufflerie ultra bruyante et assez inefficace pour vous rafraîchir. La seule solution semble donc de faire coulisser les fenêtres, au risque de ruiner le chignon de vos passagères… Pour le dépannage, vous pourrez donc emprunter l’autoroute en Mia sans trop de souci, mais, si vous la prenez plus fréquemment, je vous conseille de vous orienter vers quelque chose de plus polyvalent.

Et niveau autonomie ? Là aussi, bonne surprise. Mon exemplaire était équipé de la « grosse » batterie de 12 kWh (une autre, de 8 kWh, est aussi disponible). Sachant qu’une Fluence ZE, avec ses batteries presque deux fois plus grosses (22 kWh), dépasse difficilement les 120 kms, je me faisais un peu de mouron sur l’autonomie réelle de ma petite Mia. J’ai eu tort : même après avoir courageusement affronté l’autoroute, je ne suis jamais descendu en dessous des 110 km d’autonomie (résultats obtenus par extrapolation du kilométrage parcouru et du pourcentage de batterie restante). En évitant tout trajet autoroutier, l’ordinateur de bord m’affichera même jusqu’à 127 kilomètres avant la prochaine recharge. Ceci s’explique encore une fois par l’intelligence du concept : avec sa carrosserie en ABS et sa taille de guêpe, la Mia est légère comme un Paper Plane (j’étais obligé) avec un poids compris entre 765 et 850 kgs selon la batterie et la version (longue ou courte). Ajoutons à cela une consommation électrique des composants de confort réduit à zéro (pas de clim, pas de GPS, pas d’écran tactile, pas de sièges massants, pas de radars de tous les côtés…) et vous obtenez une consommation électrique record de 100 Wh / km (en même temps, c’était facile à calculer). A titre de comparaison et dans des circonstances similaires, la Fluence ZE consommera 185 Wh / km et une Tesla Model S, avec ses batteries de 85 kWh et une autonomie d’environ 450 km, consommera à peu près autant que la Renault. Well done, Mia.

Economique à la recharge, donc. Mais pas seulement : avec un prix d’attaque à 8 830 € (bonus déduit), la Mia est tout simplement la voiture électrique la moins chère du marché. Pour ce prix là, il faudra certes rajouter 75 € par mois pour la location de la batterie 12 kWh, mais vous pouvez aussi acheter la voiture dans sa globalité, batterie comprise. Il vous faudra donc payer 10 469 € pour une Mia 8 kWh ou 12 365 € pour la version 12 kWh, ce qui, même dans cette configuration, reste moins cher qu’une Smart Fortwo ED avec location de batterie, sa principale rivale (facturée 12 450 € + 65 / mois) ! Pour plus d’espace, une version rallongée de 32 cm est disponible contre 440 € supplémentaires. Ajoutez à cela une prime d’assurance ridicule, une carte grise souvent gratuite pour les VE, des pneus pas trop chers à changer et des révisions inexistantes, et vous obtiendrez l’une des voitures (la voiture ?) la moins chère à acheter et à entretenir du marché.

 

Vous l’aurez compris : après 5 jours à son volant, je suis totalement conquis par l’intelligence et l’aboutissement du concept de la Mia. On pourrait voir cette voiture comme la personnification de l’ennui et d’une recherche désespérée du moindre centime(tre) par des ingénieurs névrosés, se foutant royalement de la moindre passion du conducteur. Raté : la Mia se révèle très, très attachante à conduire. A tel point qu’elle me manque. Elle ne procure peut-être pas le frisson magique d’un V8 au démarrage, elle n’est peut-être pas une reine de beauté, mais elle est simple, efficace, et apporte une véritable joie de vivre au conducteur, une certaine forme de bonheur dans le retour à l’essentiel. En poussant un peu, je dirais que cette voiture a une âme, ce qui me semble bien rare de nos jours. Une 2CV des temps modernes, en quelque sorte. Twizy, Mia, même combat : ces deux engins semblent partager une même vision, celle d’un « futur sobre et intelligent » comme dirait un de nos lecteurs. Je ne sais pas vous, mais j’ai hâte de voir nos centre-villes se remplir de tels engins. Rendez-vous dans 10 ans ?

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Crédits photos : Jean-Baptiste Passieux

Merci à Roy Zemmour de Mia Paris pour l’organisation du prêt et sa disponibilité.